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lundi 23 septembre 2019
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Débrouillardise et petits commerces en Côte d’Ivoire // Sur les traces des travailleurs saisonniers nigériens à Abidjan

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Débrouillardise et   petits  commerces en Côte d’Ivoire //      Sur les traces  des  travailleurs saisonniers nigériens à Abidjan

Tentés par l’aventure et l’envie de faire fortune, ils sont nombreux les  aventuriers  africains qui arrivent en Côte d’Ivoire par la route.  Parmi ceux-ci, il y a  les   ressortissants  nigériens vendeurs et  de colas et  tenanciers  de rôtisseries communément  appelées Choukouya. Enquête…  Chétifs  comme des enfants souffrant  de la  malnutrition et parfois habillés quasiment en aillons, ils arpentent tous les jours,  les grandes  artères et ruelles d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, à la recherche d’éventuels clients. A qui,  ces petits débrouillards venus du Sahel   proposent leurs produits. Eux,  ce sont les petits nigériens, vendeurs de colas et de consommables électroménagers. Ces petits commerçants  dont l’âge oscille entre 15 et  20 ans  sont pour  la plupart d’origine nigérienne. Ils sont    de jeunes   Haoussa  et des Zerma qui viennent  plus précisément de Tahoua.  Zone  presque désertique située  dans le Nord- Ouest du Niger. Leur activité principale, à Abidjan tourne autour du   petit  commerce ambulant de noix de  colas et  de petits colas.  Soigneusement disposées sur un  morceau de sac jute imbibé d’eau fraîche et le tout sur un plateau posé sur la main droite. (C’est selon).  Des grosses noix de colas blanches en passant par   celles de couleur rouge aux noisettes de petits colas fraîche  ou  séchées. En tous cas,  il y en a de tous les goûts et pour  toutes bourses. L’un d’entre eux, accosté à Adjamé 220 logements, se nomme Aguibou. Il a  16 ans environ et est  de nationalité  nigérienne, natif de la région de  Zinder,  située   au Centre-est du pays  et faisant frontière avec le Nigeria voisin.  Aguibou vit  depuis quelques années à Abobo, une commune populeuse située dans la partie Nord d’Abidjan. Aguibou a décidé de s’associer à d’autres petits compatriotes.  Avec lesquels, il va  s’approvisionner à   Anyama ‘la cité de la Cola’  située plus au Nord du District d’Abidjan. «  Au lieu d’aller me ravitailler à Adjamé.,  moi je vais prendre mes noix de colas à Anyama. Ensemble,  nous achetons un panier de 50 kg à 65 mille Fcfa. Après la vente au détail nous arrivons  à atteindre facilement les 85 mille Fcfa.  Après la soustraction des différentes charges, nous mettons de côté  notre bénéfice et retournons nous ravitailler à nouveau à Anyama » explique-t-il,   avec son plateau  de noix  de  cola  sur la main. Autre  vendeur, autre explication. Salifou Moussa, 19 ans est arrivé en  Côte d’Ivoire depuis environ deux ans.   Les dents jaunies à fosse de croquer de cola,  squelettique  et les cheveux ébouriffés témoignent de l’effort qu’il fournit  dans la quête de la pitance journalière. A l’image de ses compatriotes, Salifou  se rend quant à lui,  régulièrement à  Adjamé non loin du grand marché, plus  précisément au « Black Market » (marché noir) pour  s’approvisionner  dans  ses produits du cru. « J’ai 19 ans    et je  suis originaire de Maradi au Niger.  C’est en  début 2016  que je suis arrivé en Côte d’Ivoire. Avec le secret espoir  de me faire de l’argent et retourner au pays pour aider mes parents et me marier.  Pour l’instant,  n’ayant pas trouvé mieux, je  suis dans le petit commerce de   colas, des petits colas et de  datte  », se confie-t-il, le visage sensiblement  tuméfié par la fatigue.  Pour gagner combien ? « Très tôt chaque matin, j’achète  des  noix  de cola à 1100Fcfa le kg,  un autre de datte et un autre de petit colas que je viens placer sur le marché auprès des consommateurs de la commune de Cocody. Ce,  à 50Fcfa la noix. Ainsi  à la fin de la journée,  rien que sur les noix  de   cola, j’arrive à recouvrer  mon prix d’achat, mais aussi je réalise un petit bénéfice de 600 Fcfa à 800Fcfa », soutient Salifou, l’air très frileux. Pour sa part, Moumouni Abdoulaye, originaire du Niger, de la  région  de  Tahoua,  la quinzaine  révolue  est quant à lui aussi  vendeur de cola  ambulant à Abidjan.  Il y   est arrivé pour la première fois, en  2018  grâce  à  un compatriote  qui à l’époque était vendeur  de « Garba » au sous quartier  « Adjamé 220 logements » dans la commune d’Adjamé.  Chaque matin, l’adolescent  Marouane, habillé d’un tricot polo aux couleurs de l’équipe nationale de football de son pays natal, ‘Les mena du Niger’ va  s’approvisionner   dans un magasin de cola, non loin de son lieu d’habitation. Très fier  et derrière un sourire que cachent ses yeux de  gazelle perdue dans la savane, il nous apprend un peu plus. «Chaque jour, je vais acheter au moins deux kilogrammes de colas  dont le kg oscille entre  1500 et 1400 Fcfa que j’arrive à placer en moins de deux jours sur le marché. Avec le petit bénéfice dégagé, j’arrive à me nourrir et envoyer un peu d’argent à ma mère restée au pays quand j’y retourne au  par moment. »Mais que viennent-ils chercher en Côte d’Ivoire ? Les propos de  Arouna, la vingtaine à peine, baragouinant  à peine la langue de Molière  et   opérant  dans la même filière  donne  plus de précisions quand il dit : «  Il  y a  seulement 15 mois que je suis arrivé en  Côte d’Ivoire, précisément à Abidjan. Sur conseil d’un  cousin  retourné au pays, mon père  s’est engagé à payer   le frais  de transport  qui s’élève à  45 mille Fcfa,  de  Tahoua à Abidjan via Niamey.  Comme ce cousin, je suis venus non seulement   à l’aventure mais aussi  me faire de l’argent et retourner doter ma fiancée restée au pays. Mais pour l’instant, je n’ai trouvé mieux que vendre des noix de colas que j’achète régulièrement dans un grand magasin  situé dans le sous quartier d’Adjamé où j’habite ».Une activité qui ne semble pas être facile à mener, selon lui. « Pas vraiment. C’est difficile. Très difficile. Quand nous finissons de nous approvisionner dans les noix dont le prix du kg varie en fonction de la qualité et de la couleur, il faut parcourir des dizaines de kilomètres d’Adjamé en passant par  la Riviera  jusqu’à Akouédo pour  écouler nos marchandises. C’est très pénible mais,  ça vaut mieux que voler… », nous  indique Oumar, lui aussi originaire de Tahoua. Par ailleurs compagnie de route de  Arouna que nous avons rencontré au Rond- Point de la Riviera II dans la commune de Cocody. Dans le petit commerce ambulant, des consommables d’appareil électroménagers aussi…Outre  ce créneau   de revendeurs de cola au détail, ces petits nigériens se  retrouvent également dans l’univers de vente de consommables d’appareils électroménagers.  Des télécommandes en passant par  les antennes pour des  postes    téléviseurs,   au fer à repasser, ces petits  commerçants offrent  pour toutes les bourses. Malheureusement, ces produits vendus à prix très abordables sont pour la  plupart de mauvaises qualités.  Ils sont nombreux les Abidjanais à avoir acheté ces consommables  et qui ont été déçus par la suite,  par la mauvaise qualité. Au nombre des victimes, T. M., employé  de bureau dans une entreprise de communication  de la place. Très déçu,  Eugène D., un professionnel  de la communication âgé   de plus de  quarante   ans révèle : «  J’ai  acheté  au moins trois fois  des télécommandes avec ces petits  vendeurs ambulants, mais à chaque fois elles n’ont pas fonctionné ». Avant d’être plus incisif : « Ce sont des arnaqueurs… ». Mais qui se cachent derrière ces petits travailleurs saisonniers  qu’on trouve dans les rues de certaines  capitales de la sous- région ? Existe-t-il une filière de placement de ‘petits esclaves  nigériens’ ? Sur les activités de ces petits travailleurs saisonniers,  les   données du Bureau international du travail (Bit) ne donnent pas assez de  détails mais  en dit plus tout de même.  Aux dires de  M.  Sigui  Mokié Hyacinthe, alors administrateur national de Programme au Bit ( Bit/Ipec), «  une enquête de 2010 indique  que  près de 9 000 enfants seraient victimes de traite en Côte d'Ivoire et 37 359 seraient contraints à travailler.  Par ailleurs, le rapport  en question  ne parle pas spécifiquement des enfants  Ahoussa. ( voir encadré)  Aboki,  Garbadrome  et revendeurs dans les boutiques au détail… ces petites chasses-gardées.En  attendant de prospérer comme les  gros vendeurs de bois de construction, de fer  à béton et autres  matériaux  pour  bâtiment  dont ils ont  à la  limite le monopole dans certaines villes ivoiriennes, d’autres ressortissants nigériens  estimés à un million,  tiennent  pour certains,  des  café chaud et  des points de ventes d’attiéké dont  les noms  riment avec leur nationalité. Il s’agit des Aboki et des Garbadromes. Quant  à ces  ressortissants nigériens, qui exploitent jalousement le segment de vente d’Attiéké( semoule de Manioc cuite à la vapeur) au thon grillé   dans les « garbadrome »,  et de cafétéria populaire communément appelés ‘ Aboki’. En outre,  nous avons ceux qui prospèrent dans la  vente de bois de construction, de tôles, de fer à bêton  et de vente d’oignon  avec le célèbre ‘ violet de Galmi ‘( Oignon  produit exclusivement au Niger et dont le brevet est déposé à l’Office africaine de la propriété intellectuelles, (Oapi). Désormais,  il faut compter avec ceux qui enregistrent  des  percées ailleurs. Notamment   la constitution  d’un réseau de détaillants avec des boutiquiers d’ethnie Ahoussa et  très interconnectés. Sans oublier la gestion des rôtisseries traditionnelles qu’ils maîtrisent  à volonté avec le fameux choukouya bien  épicé et très bien apprécié par les consommateurs ivoiriens.  Le  Choukouya ?   Ce  sont ces grillades de viande (poulet, bœuf…) bien assaisonnées, incroyablement bonnes et confectionné   par  des rôtisseurs artisanaux  nigériens. Là aussi,  selon   des confidences à nous faites par   le journaliste- formateur Zio Moussa, «  le commerce du Choukouya en Côte d’Ivoire  rapporte  à la filière qui prend ses racines  au Niger,  plus de 9 milliards de Fcfa  à ce dernier pays cité.  Ces chiffres  datent de dix ans (…) ». Donc, il  faut  les  revoir à la hausse en tenant compte de la croissance rapide de la population, de l’évolution des habitudes alimentaires et  du développement de l’industrie de la nuit  en Côte d’Ivoire depuis quelques années.    Bamba Mafoumgbé, ( In Lginfos du 27 aout 2019, 22heures 43mn) Légende photo : Les rôtisseries traditionnelles   de Choukouya rapportent gros aux acteurs de cette filière transnationale    Encadré : Aller à  l’aventure ; un   phénomène culturel… Aussi, l’éclairage de  M. Alkassoum Atahirou, cadre  nigérien et  le représentant du Conseil Nigérien des Utilisateurs des transports publics( Cnut) nous donne davantage de précision sur  ce phénomène transfrontalier. «Ces  enfants sont  majoritairement originaire de Tahoua,  région du Nord –Ouest  de notre pays. Au Niger,  les ressortissants de Tahoua,  une zone presque désertique, sont reconnus comme de grands aventuriers qu’on retrouve  en grande majorité en Côte d’Ivoire,  en Afrique Centrale au Cameroun et au Gabon   mais aussi en Lybie ( de Kadaffi) La plupart des gens de Tahoua qui sont en Côte d’Ivoire, sont riches et ont fait fortune ici », fait-t-il  savoir. Avant de révéler  que c’est un phénomène culturel.  «Plus qu’une pratique passagère, c’est un phénomène  culturel  qui ne date pas de maintenant. Ceux  qui sont venus  à Abidjan et qui ont fait fortune sont des modèles pour ceux qui sont  restés au pays. La célèbre cantatrice Zabiya Houssey  Bonbon   qui est venue faire une tournée à Abidjan, incite, dans ses chansons,  les Nigériens à   venir y faire fortune », soutient notre interlocuteur. Tout comme ces  petits acteurs du commerce informel qui vivent  à Abidjan chez des parents et dans  des maisons de fortunes dans les quartiers précaires,  nous avons les  travailleurs saisonniers et les  vendeurs dans les boutiques au détail qui pullulent dans  des  quartiers du District d’Abidjan.  B. Mafoumgbé   Légende  photo :  La  vente de Choukouya rapporte gros aux acteurs de  cette filière transnationale