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mardi 22 octobre 2019
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Interview /Jean Likane-Yagui(Député à l’Assemblée Nationale)// « La Côte d’Ivoire possède le plus grand potentiel aurifère de l’Afrique de l’Ouest »

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Interview /Jean Likane-Yagui(Député à l’Assemblée Nationale)//    «  La  Côte d’Ivoire possède  le plus grand potentiel aurifère de  l’Afrique de l’Ouest »

L’orpaillage clandestin démeure une question d’actualité en Côte d’Ivoire. M. Jean Likane-Yagui, Député à l’Assemblée Nationale, et ancien Directeur général de la Société de développement minier,( Sodemi) Interview.

Honorable, vous avez été Directeur général de la Société pour le développement minier( Sodemi), donc un tout sachant sur le bassin minier ivoirien. Pourquoi tant d’agitation autour du sol ivoirien ces dernières années ?

La Côte d’Ivoire est un pays qui regorge d’importantes ressources minières telles que le Fer, le Nickel, le Manganèse, la Bauxite, le Diamant et surtout l’Or. En effet, le territoire ivoirien possède 35 % de roches birimiènnes (ceintures vertes) de l’Afrique de l’Ouest. Ces roches sont porteuses de gisements aurifères faisant de notre pays le plus grand potentiel aurifère de toute l’Afrique de l’Ouest devant les pays comme le Ghana, le Mali, le Burkina Faso, etc.. Cet atout géologique associé aux différents problèmes de sécurité dans les pays sahéliens entraînent la ruée vers l’or en Côte d’Ivoire, tant pour de grandes entreprises minières internationales que pour des orpailleurs.
C’est quoi l’orpaillage clandestin ?
L’orpaillage est la recherche et l’exploitation artisanale de l’Or dans les rivières et les placers aurifères. C’est donc une activité de type informel, exploitant cette ressource de manière non planifiée, en utilisant principalement des méthodes manuelles et recourant à des outils rudimentaires. L’orpaillage clandestin est donc celui non autorisé et par conséquent non encadré par l’Administration Minière.

Qui se cache derrière cette affaire qui fait grincer les dents ?

Rires ! Il n’y a pas quelqu’un en particulier qui se cache derrière cette affaire. En Côte d’Ivoire, l’orpaillage clandestin est d’abord une communauté d’intérêts de trois groupes bien identifiés : Les acheteurs d’or qui sont généralement des Burkinabés qui, à travers des comptoirs d’achat, travaillent pour de grandes sociétés de Négoce d’or ; les orpailleurs proprement dits constitués, selon les Nations Unis, à 80 % de non ivoiriens ; et enfin les propriétaires terriens qui sont essentiellement des ivoiriens riverains des zones aurifères qui louent leurs parcelles agricoles pour des activités d’orpaillage.

En quoi l’orpaillage pratiqué en Côte d’Ivoire diffère de celui pratiqué dans les pays voisins ?

Fondamentalement, l’orpaillage pratiqué en Côte d’Ivoire ne diffère pas de celui pratiqué dans les autres pays. L’orpaillage clandestin pratiqué en Côte d’Ivoire est d’abord une exploitation sauvage non autorisée donc non encadrée par le gouvernement. L’utilisation de gros engins motorisés et des produits chimiques est l’aspect le plus dévastateur de cette activité illégale.

Quelles pourraient être les conséquences pour les populations et l’environnement ?

Les conséquences pour les populations et pour l’environnement sont énormes : La déforestation d’importantes surfaces de forêts, la pollution mercurielle chronique lors de l’amalgamation de l’or, la destruction et la pollution des cours d’eau et le lessivage des sols ; la précarité sanitaire des populations sans suivi médical adapté et potentiellement vectrice de maladies ; le développement des trafics de drogues, d’armes et de personnes mettant en danger les populations.

Et particulièrement pour l’agriculture dans les zones d’exploitation ?

La déforestation, le lessivage des sols, la pollution des cours d’eau, la destruction des terres fertiles, qui rendent les sols impropres à l’agriculture avec pour conséquence, à terme, l’insécurité alimentaire.

Comment lutter contre un phénomène transnational ?

Le caractère transnational de l’orpaillage clandestin vient du fait que les ressortissants des pays limitrophes qui sont plus rompus aux techniques d’orpaillage viennent massivement en Côte d’Ivoire du fait de l’insécurité ambiante qui règne dans le Sahel. Le problème est qu’ils exercent en toute illégalité malgré toutes les campagnes de sensibilisation et les mesures prises par le gouvernement pour encadrer cette activité. En dépit des discours officiels (qui annoncent des mesures vigoureuses de rationalisation des activités d’orpaillage) et de quelques « opérations coup de poing » pour fermer des sites clandestins d’orpaillage, de nouveaux autres sites se créent et se développent régulièrement en dehors des conditions prévues par le code minier.

Que faire pour y remédier ?

Pour remédier à cela, il y’a lieu de persévérer dans l’effort déjà entrepris par le gouvernement et de mettre l’accent sur :

•La sensibilisation des propriétaires terriens afin que ceux- ci ne louent pas leurs parcelles agricoles pour des activités d’orpaillage clandestin.•La confiscation systématique de tout engin motorisé trouvé sur les sites clandestins d’exploitation. Il me revient que des équipements confisqués sont vendus aux enchères, mais malheureusement, il semble que les acheteurs sont généralement les personnes de qui les engins ont été confisqués.

•Le contrôle de la vente et la traçabilité du mercure sur l’ensemble du territoire. A ce sujet, les députés viennent d’adopter une loi ratifiant la convention de Minamata qui vise à protéger la santé humaine et l’environnement contre les effets néfastes du mercure. L’implication des Conseils Régionaux dans la lutte contre l’insécurité et la pollution sur les sites d’exploitation. La condamnation à des peines exemplaires des négociants qui achètent de l’or sur /ou en provenance des sites clandestins.

En tant que sachant et expert faut-il craindre des émeutes (conflits inter communautaire) sur les différents sites ?

 

Rires ! Je ne suis pas un expert en sécurité. Cependant, je peux dire que les conflits inter communautaire sont peu probables tant les intérêts sont si importants et liés. Plusieurs personnes sont impliquées dans la chaîne d’exploitation : Du gardien de site aux cadres, en passant par les propriétaires terriens, les fournisseurs de service, et plus encore. Tout le monde y gagne. Personne n’a intérêt à ce que la chaîne se brise. Tout au plus, des revendications des propriétaires terriens ou des creuseurs vers des acheteurs pourraient créer des mésententes.

La Côte d’Ivoire pourra-t-elle échapper au syndrome qu’a connu les pays africains au sous- sol riche ?

Vous voulez certainement parler des conflits liés à l’exploitation des ressources minérales. En ce qui concerne le secteur minier ivoirien, je dirai qu’il n’y a pas de risques majeurs de conflits. Je vous ai dit au début de cet entretien que la Côte d’Ivoire possédait le plus grand potentiel aurifère de toute l’Afrique de l’Ouest. Cependant, tous les gouvernements qui se sont succédés, depuis le Président Félix Houphouët Boigny, ont basé le développement de ce pays sur l’agriculture. C’est, harmonieusement depuis quelques années que le secteur minier apporte sa contribution au développement national avec une participation au Pib de moins de 5 %. Notre secteur minier est encore si petit au côté de la filière Café - Cacao pour attirer les convoitises extérieures et c’est mieux ainsi !
Bamba Mafoumgbé,
Jean Likane-Yagui , Député à l’Assemblée Nationale : «(…) Personne n’a intérêt à ce que la chaîne se brise »(In Lginfos)