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vendredi 28 février 2020
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Pillage du patrimoine foncier dédié à la recherche agronomique/le cri de détresse des chercheurs ivoiriens: Plus de 27mille hectares menacés

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Le site  de la station   de recherche sur le cotonnier basé à Bouaké  est désormais occupés par des particuliers Le site de la station de recherche sur le cotonnier basé à Bouaké est désormais occupés par des particuliers

Du jardin Botanique de Koumassi, en passant par la Station Marc Delorme de Port-Bouët sur le cocotier, a celle dédiée au cotonnier à Bouaké, le patrimoine foncier dédié en grande partie à la recherche agronomique et horticole est en train d’être dépecer sous les yeux de la République…Dossier

« Si la Côte d’Ivoire est le premier pays producteur mondial de cacao, c’est bien grâce à la recherche agronomique, si la Côte d’Ivoire est le premier producteur dans l’anacarde, c’est bien grâce sa recherche agronomique portée par le Centre national pour la recherche agronomique leader en matière recherche si son patrimoine foncier sur lequel, il fait de la recherche appliquée et de développement est bradé que feront les communautés villageoises qui ont cédé tout ou partie de leurs terres ? » Ce cri de cœur est du Docteur Edmond Koffi, porte –parole des syndicats du Centre national pour la recherche agronomique( Cnra). Qui ont décidé de ne plus se taire face au pillage et au bradage systématique du domaine foncier dédié à la recherche agronomique en Côte d’Ivoire. Sous les yeux de l’Etat de Côte d’Ivoire, censé protéger son instrument de recherche. « Depuis quelques années, le patrimoine foncier de cette institution de recherche estimé à plus 27198 ha est agressé et occupé illégalement soit par des opérateurs immobiliers soit par certaines personnalité au sommet de l’Etat alors que ces sites sont faits pour la recherche. » Ajoute le Docteur Edmond Koffi. Avant de se mettre à nous donner des menus détails de la ‘destruction massive’ des de 20 stations de recherche et d’expérimentation et de 18 sites annexes couvrant 27 198 ha où la communauté des chercheurs implémente en grandeur nature, les résultats obtenus dans les laboratoires. Mais quels sont ces sites qui sont agressés ? Selon notre interlocuteur, le Dr Koffi Edmond, « Si avant la création du Cnra, la question de l’agression du patrimoine foncier du Cnra était minime(34 ha dont 32 ha de cacaoyer et 2 ha de caféier infiltrés par des producteurs à Oumé, en 1985), cette question est devenue plus récurrente et s’est accrue avec l’infiltration de 1050 ha du domaine de notre centre à San Pédro, sis au Pont Bascule, sur la route de Soubré à 20 Km de San Pédro par des producteurs, l’occupation de 5 ha de l’ancien site de la Srt du Cnra devenue domaine de l’ordre des Architecte, au Carrefour de la vie, à Cocody, en septembre 2008;- l’occupation de 35 ha en 2008, du site expérimental de la Station de Recherche de Bingerville qui abritait la collection de cacaoyers pour la construction de l’Hôpital Mère-Enfant » Aussi, la station de recherche mondiale sur le cocotier est dans le viseur ‘des prédateurs fonciers’. Si elle n’est pas déjà touchée. Notre interlocuteur ajoute : « Le cas de la station Marc Delorme de Port-Bouet, malgré l’occupation des sites ci-dessus indiqués, l’agression du patrimoine foncier du Cnra est devenue beaucoup flagrante et inquiétante, avec le cas du site de 788 ha, dédié à la recherche sur le cocotier. En effet, vu la qualité et la quantité des activités de recherche menées sur le cocotier, la station Marc Delorme dispose actuellement d’une cocoteraie de 125 variétés d’origines diverses et mondialement reconnues. Cette particularité, en termes de diversité des variétés et de disponibilité de ces mêmes variétés au niveau du cocotier au même endroit, dans un même espace, vaut à la Station de Recherche du Cnra sur le Cocotier le privilège d’être érigée au statut de patrimoine mondial depuis 1999 par la Fao entre autre. Ce statut a été renouvelé en 2007 » En dépit de cet acquis majeur, le site est aux dires des chercheurs, l’objet d’agression. A tel point que le sommet du Régime a été : « En 2017, en vue de mieux s’imprégner de la situation qui perdure depuis 2009 et pour laquelle l’Etat a été constamment interpellé, l’Etat a mandaté une mission gouvernementale composée entre autres,( de la Présidence de la République, la Primature, le Ministère de la Construction, du Logement, de l’Urbanisme et de l’Assainissement, du Ministère de l’Agriculture, Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique) qui a entendu toutes les justifications avec preuves de l’existence et de l’importance de la station au plan national, international et surtout de son rôle dans le développement de la nuciculture, à travers la création de nouvelles variétés au moins dix fois plus productives que les variétés traditionnelles. Des visites de terrain ont été faites après les exposés. A la suite de ces visites, des réunions d’explication ont également été faites à la primature » Mais que deviendrait la station dédiée à la recherche sur le cocotier si… ?( Voir encadré 1)

Même le site de la Direction générale et à la station de Dabou.

 

En ce qui concerne le site de la Direction générale. Malgré toutes les démarches entreprises, souligne une note des syndicats des agents de cet institut de recherche, « les sites sur lesquels nous faisons de la recherche continuent d’être occupés et cela de façon déconcertante et sans aucune inquiétude de la part des occupants. Sur ce site en particulier sis à Adioipodoumé, ce sont des bâtiments qui continuent de sortir de terre menaçant les installations de recherche notamment les ombrières, serres et station météorologique et compromettant les recherches expérimentales conduites sur ce périmètre où des essais sont en cours en ce qui concerne les essais, pépinières » A Dabou , un autre site de recherche où les chercheurs font de la vulgarisation des résultats obtenus au laboratoire, est infiltré par les communautés villageoises. En la survie de la station est pointillé. Car, «A titre d’exemple, sur les parcelles de production de la station de recherche de Dabou, des plantations de manioc sont établies dans les interlignes de plantation des palmiers. Cela pour montrer jusqu’où les populations riveraines des stations de recherche du Cnra attendent le moindre signal de la part de l’Etat pour récupérer à leur compte ces sites dédiés à la recherche » Comme si cela ne suffisait, la station de recherche sur le coton basée à Bouaké et qui a été touché durant les combats durant la décennie de crise militaro-politique qui a commencé en Septembre 2002. « Le site qui s’étend sur une superficie de plus de 151,7ha situé entre le quartier Sokoura et l’Ensoa est depuis occupé par des particuliers » nous rapporte K. Moussa un riverain. Sans blague. Rappelons que c’est grâce à une fourniture continue de semences de base de variétés améliorées et la mise au point des bonnes pratiques sur cette station que la Côte d’Ivoire a obtenu de meilleurs résultats dans la production cotonnière. Notamment avec le cotonnier Glandless. Avec la destruction du site, un chercheur qui travaille sur le cotonnier nous a appris que « les activités du Programme Coton ont été réorientées vers la reconstitution des ressources génétiques perdues durant la crise de septembre 2002. Il faut donc réhabiliter cette station » Serait –il faux de dire que désormais en Côte d’Ivoire que la cherche et la biodiversité sont en danger ? Visiblement oui si l’on s’en tient au bradage du jardin botanique de Koumassi et une partie de la forêt du Banco pour des opérations immobilières ( Voir encadré)

Bamba Mafoumgbé,

Légende photo : Ici la station Marc Delorme sur le cocotier en train d’être détruite..( voir photo dans yacou, sekou et Eric Kpassou)

 

Encadré 1

Des jardins, parcs et espace publics morcelés et cédés

Si les actions de déguerpissement ont permis à l’Université Félix Houphouët Boigny de Cocody de récupérer une bonne partie de son territoire et sécuriser son jardin botanique, dans la commune de Koumassi, le séculaire Jardin qui s’y trouvait à et morcelé et cédé à un opérateur immobilier. Il nous souvient qu’en 2012, des autorités du District autonome d’Abidjan et le maire de ladite commune, ont cédé le jardin botanique de Koumassi ; un patrimoine de l’Etat de Côte d’Ivoire à une entreprise de construction dénommée abri 2000-Sipim. La pépinière a été cédée à un opérateur immobilier en 2012. Il y a une convention qui a été signé entre le District d´Abidjan, la mairie de Koumassi et l´opérateur en question. Nous indique bien un courrier référencé 3322/Da/Dga/nt (paraphé bm). En tout cas le courrier en notre possession signé par le gouverneur du district d’Abidjan l’atteste bien. Comment peut-on céder un tel patrimoine de l’Etat à une entreprise pour construire des maisons. Les terrains pour construire sont-ils devenus si rares au point de jeter maintenant son dévolu sur un jardin botanique. Quand on sait que le district n’en compte que deux celui de Koumassi (3ha) et Abobo (4,5 ha). Il faut le noter que le jardin botanique de Koumassi qui faisait la fierté de la Côte d’Ivoire existait depuis 1960, année d’indépendance de la Côte d’Ivoire et se situait entre le cimetière de ladite commune et la Sotra. Précisons qu’un jardin est un espace aménagé avec des plantes, des fleurs, dans un espace assez réduit. Rappelons par ailleurs, que courant 2008, une bonne partie de la forêt du banco situé à l’ouest de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan( Maca), avait aussi été aussi été découpée comme de la bonne viande de brousse et cédée des souscripteurs immobiliers, agents de la Société de transports abidjanais( Sotra). L’opération dénommée Artos II (Gnamgobité) concernant les logements sociaux des agents de la Société des transports abidjanais (Sotra) devrait permettre de donner un toit à 577 travailleurs de cette société qui avaient souscrit à ce projet, en 2008. Depuis 2011, ce projet a changé de nom pour devenir la « Cité Ado » dans la commune de Yopougon. Ainsi va la Côte d’Ivoire. Avec de telles actions sur toutes l’étendue du territoire nationale, on est étonné qu’il ne pleuve pas assez et qu’on parle de changement climatique avec ses conséquences incalculables sur les cultures aussi bien vivrières que de rente. Sous le prétexte de l’urbanisation, on ne peut « détruire » tout un patrimoine aussi stratégique. A Génève en Suisse, le Siège de la très stratégique Organisation mondiale du commerce( Omc), tout comme celui du Bureau international du Travail( Bit) pour ne citer que ces organisations là sont en plein ville et sont non seulement protégés mais sont en pleine forêt. Et y fait bon à cogiter

B.Mafoumgbé

Encadré2 : Le gouvernement ivoirien dit une chose et son contraire

Mais que fait le gouvernement ivoirien pour mettre un terme à cette expropriation qui est en cours depuis 2009 ? « En ce qui concerne précisément la Station Marc Delorme que de la saisine de la Primature , il ressort qu’ elle a sollicité le Centre international pour la recherche agricole et le développement( Cirad), de la France pour un appui technique à l’Etat de Côte d’Ivoire (Primature), en vue de transférer la Station de recherche Marc Delorme et la collection internationale de cocotier classée patrimoine international pour permettre la mise en place de programmes immobiliers au profit d’acquéreurs privés, au motif de l’Urbanisation du Grand Abidjan qui doit se mettre en place. La délocalisation du site de la station de recherche de Port-Bouet, qui abrite la Collection Internationale de Cocotiers pour l’Afrique et l’Océan Indien, semble être l’option retenue par nos autorités, selon des sources bien introduites » précise le collectif des syndicats du Cnra. Aussi, les estimations faites par des experts que, si cette option devrait être envisagée, elle prendra au moins quinze (ans) ans, à compter de la finalisation des études. Cela nous conduira à 2033, période à laquelle la Collection Internationale de Cocotiers sera entièrement reconstituée sur le nouveau site, avant toute opération de cession ou d’occupation du site actuel. Pour mémoire, la délocalisation du site initial de cette station au site actuel a duré plus de 17 ans, soit12 ans pour le transfert des variétés et plus de 5 ans pour le transfert des laboratoires, bureaux et habitations. En outre, concernant ce site, des informations fort concordantes font état de ce que une organisation internationale fédérant la presque totalité des organisations sous régionales regroupant de nombreux pays dont la Côte d’Ivoire et impliquée dans la recherche sur le Cocotier a marqué son refus de voir le site actuel de la Collection Internationale de Port-Bouet délocalisée sur un quelconque site. Ne pas prendre en compte une telle observation faite de la part de scientifiques de renommée internationale serait préjudiciable aux bonnes relations de collaboration scientifique au plan mondial ; sachant que la recherche ne se fait pas en vase clos. Nous faisons remarquer que plusieurs pays sont disposés à abriter cette Collection si l’Etat de Côte d’Ivoire ne souhaiterait plus la préserver dans son état actuel. Une telle option mettrait tous les acquis de la recherche entreprise par le Cnra sur le Cocotier en péril, notamment l’amélioration du rendement des variétés traditionnelles de cocotier de 0,6 t de coprah/ha/an et une entré en production de 9 ans à 4t de coprah/ha/an et une entrée en production de 4 ans pour les variétés améliorées actuellement disponibles. En plus de cela, ces variétés améliorées sont tolérantes à la sécheresse et résistent, de ce fait, aux effets néfastes du changement climatique qui menacent de nombreuses spéculations agricoles, dans notre pays. De ce fait, le rêve tant caressé par la filière cocotier du regain de dynamisation en cours, en vue d’optimiser et de rentabiliser ses investissements en matière de culture du cocotier et de transformation du coprah, à partir des variétés améliorées ,risque de s’évanouir avec pour conséquence une paupérisation grandissante des populations lagunaires dont la principale culture de rente est le cocotier qui ne bénéficie pas des mêmes avantages commerciaux que l’anacardier, dans le nord de notre pays. Face à la complexité du dossier, nous avons joint par téléphone, Indexé dans cette affaire, nous avons joint des membres du Conseil national de l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire( Cnoaci) par téléphone le 1er juillet 2018. Ceux que nous avons joints notamment la Présidente sortante Seinabou Doukouré, nous a dit qu’elle était hors du pays et qu’elle devrait être de retour 09 juillet 2018. Nous lui avons envoyé un message écrit mais jusqu’à ce que nous mettions sous presse, nous n’avons pas reçu de retour. Par la suite, nous avons envoyé au un mail et avons joint par téléphone le secrétariat du Cnoaci. Une dame au bout du fil nous dira : « Monsieur, nous avons reçu votre mail, nous allons transmettre à qui de droit et on vous fera un retour »Nous attendons.Quant au gouvernement ivoirien, une communication en Conseil des ministres en date du 30 mai 2018 donne davantage de précisions sur ce brulant dossier. Au point 1 traite de la « réaffirmation du rôle stratégique de la recherche agronomique comme priorité de l’Etat avec comme le Cnra comme chef de file » Aussi, le Groupe de travail( Gt) mis en place et qui a fait des propositions très concrète au gouvernement ivoirien a préconisé la révision du statut juridique du Cnra en société anonyme à participation financièrement publique majoritaire de l’Etat( 60%. De même son caractère scientifique et technologique devrait être affirmé pour traduire sa spécificité. L’actionnariat devrait en conséquence être restructuré avec l’Etat majoritaire et l’entrée des filières agricoles déjà structurées (…) » Aussi, il ressort de cette Ccm en question que « le patrimoine foncier fait l’objet de menaces allant de simples infiltration aux tentatives d’expropriation » Après analyse de la situation le Gt a fait des propositions. Citons entre autres, « un plan stratégique qui devra démarrer par un audit du patrimoine résiduel suivi de la prise d’une décision de déclaration d’utilité publique sur tous les sites actuels, de leur immatriculation au nom de l’Etat de Côte d’Ivoire et de leur cession sous forme de baux emphytéotiques au Cnra( en dehors des sites reconnus irrécupérables à ce jour : exemple de l’ex- Centre ivoirien de recherches technologiques à Cocody, des sites de l’ex- institut de recherche sur le café cacao à Bingerville, la station Marc Delorme sur le Cocotier de Port Bouet etc..) » Vous avez bien entendu « sites reconnus irrécupérables » Ajoutons que face aux difficultés d’ordre structurel et budgétaire que connaît le Cnra, « le Conseil a adopté un plan de relance afin de remettre durablement cette structure au service du développement de l’agriculture et de l’économie nationale. Le gouvernement ivoirien prévoit en 2018, une contribution exceptionnelle de 3,1 milliards de francs Cfa, destinée à faire face aux dépenses les plus urgentes. Ce plan, prévu pour couvrir une période de cinq (05) ans, permettra notamment de sécuriser le patrimoine foncier du Cnra, de restructurer son actionnariat et de valoriser ses chercheurs. Ainsi, d’une capacité d’autofinancement de 1%, soit 0,133 milliards de francs Cfa en 2018, le Cnra restructuré devrait pouvoir générer environ 6,7 milliards de francs Cfa de ressources propres par an et porter sa capacité d’autofinancement à 46% avant 2023 »

B. mafoumgbé