Prix bord champs: Cacaco 825 Fcfa, Kg;  Café  700 Fcfa Kg,  Hevea 275 Fcfa; Anacarde 350 Fcfa

vendredi 10 juillet 2020
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Solidarité Covid-19 /Pr Koné Mariatou, Ministre de la Solidarité, cohésion sociale et lutte contre la pauvrette// « Nos actions ne tiennent pas compte de l’appartenance politique »

dimanche, 17 mai 2020 13:46 Written by

Quels sont les critères   de répartition des dons que    vous recevezJe voudrais, avant tout propos, saluer l’élan de solidarité et la générosité des donateurs, personnes morales ou physiques, notamment des entreprises citoyennes, des représentations diplomatiques, des groupements professionnels, des organisations de la société civile. Depuis l’appel du Gouvernement et le lancement de la chaine de solidarité pour lutter contre la maladie à Coronavirus et en amortir les effets sur les populations, nous recevons des dons que nous redistribuons, sans distinction aucune, aux plus vulnérables à travers les collectivités, les Ong et associations,  S’agissant des collectivités, une programmation est faite chaque semaine et nous insistons pour que les élus de chaque région soient présents. Je puis vous assurer qu’à ce jour, plusieurs régions et communes ont été servies.  L’opération de redistribution se poursuit au fur et à mesure que nous recevons les dons.
 Qu’en  est –il des  Ong ?Pour les Ong et associations, pour bénéficier de ces dons, nous exigeons que celles-ci disposent d’un siège, de documents administratifs afférents, notamment ceux délivrés par le Ministère de l’intérieur et/ou d’autres documents spécifiques en fonction de la nature, de la nomenclature ou de l’objet figurant sur leur récépissé de déclaration.
 Il se dit que vous faites la part belle aux populations pro Rhdp. Que répondez-Vous ?Toute surprise, je vous réponds par la négative. Les actions du Ministère de la Solidarité, de la Cohésion Sociale et de la Lutte contre la Pauvreté ne tiennent pas compte de l’appartenance politique, ethnique ou religieuse. Il ne faut pas confondre les actions du Gouvernement, à travers les actions que nous menons, et celles des organisations politiques qui sont des structures privées, avec un mode de fonctionnement qui leur est propre. Nous sommes un ministère en charge de la solidarité, de la cohésion sociale et de la lutte contre la pauvreté, trois domaines qui sont en interrelation étroite. Qui dit cohésion sociale dit minimisation des frustrations et ressentiments, sens de la justice et de l’équité. C’est ensemble, dans la paix et dans un esprit de solidarité, que nous pouvons créer les conditions d’un développement inclusif, participatif pour lutter efficacement contre la pauvreté et la vulnérabilité. Les dons reçus sont redistribués aux collectivités territoriales, régions et communes, et aux organisations non gouvernementales, sans aucune discrimination fondée sur leur origine géographique, leur composition ethno-démographique et leur appartenance religieuse ou politique. A titre d’illustration, plusieurs leaders de partis politiques différents sont venus réceptionner des dons pour leurs populations. Ainsi, en dehors de ceux du Rhdp tels que les Ministres Anne Ouloto, Raymonde Goudou, Félix Anoblé, Mamadou Sanogo et   Roland Zakpa Komenan.  Nous pouvons citer Monsieur Affi N’Guessan( Fpi)  et  président du Conseil régional du Moronou,  Alphonse Djédjé Mady, président du Conseil régional du Haut-Sassandra, Jean-Marc Yacé, maire de Cocody, Monsieur Raoul Aby, maire de Marcory et Monsieur Sylvestre Emmou, maire de Port-Bouët, sont tous issus Pdci. Egalement nous avons Mamadou Koulibaly, qui s’est fait représenter pour la réception des dons de la commune d’Azaguié, est de Lider  et Guibessongui Ouattara, maire de Kasséré, est du Raci. Le Ministère est au service des Ivoiriens. La maladie à Coronavirus touche tout le monde sans choisir l’appartenance politique, ethnique ou religieuse. Toutes les redistributions sont couvertes par la presse et publiées sur les pages et sites du Ministère. Il en est de même pour les dons que nous recevons.
 
Je vous invite à parcourir nos pages et comptes sur les réseaux sociaux pour voir nos actions et le caractère impartial de cette opération. Textes, photos, témoignages, vidéos y sont publiés quotidiennement.
 Parlez-nous du processus de sélection des bénéficiaires des dépôts monétaires ?
 
Dans le cadre de la lutte contre  la Covid-19, le Gouvernement a mis en place un plan de riposte Économique, Social et Humanitaire en vue de soulager les entreprises, les Pme et les personnes vulnérables. C’est dans ce cadre que l’opération des transferts monétaires a été initiée. Elle consiste à soutenir les ménages vulnérables et les personnes indigentes à hauteur de 25 000Fcfa par mois durant 3 mois, soit 75 000 Fcfa. Les bénéficiaires reçoivent donc des transferts monétaires. La première phase cette opération concerne le grand Abidjan. Elle s’étendra sur l’ensemble du territoire à compter du mois de Mai.   Je voudrais préciser que la sélection des bénéficiaires n’est pas faite par le Ministère en charge de la solidarité, mais plutôt par les comités de veille ou de riposte installés sur l’ensemble du territoire et composés du corps préfectoral, des élus locaux, des organisations de la société civile, des leaders communautaires, des chefs de village, des chefs de quartier, des chefs de communauté ...).
 Je voudrais  qu’on insiste sur les critères   de  sélection et le ciblage  des bénéficiaires
Les critères sont partagés par la communauté qui identifie en son sein les personnes ou ménages rendues vulnérables du fait  de la  Covid-19 et qu’elle éligibles pour bénéficier d’une assistance humanitaire. Le ciblage tient également compte des zones géographiques dans lesquelles les populations ont besoin d’assistance en lien avec les indicateurs de pauvreté, d’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Nous  avons les  personnes vulnérables confinées et leurs familles, particulièrement les personnes âgées, personnes en situation de handicap et les femmes chefs de famille. Sans oublier les familles des personnes décédées du fait de la  Covid-19. Aussi,  nous avons les  malades indigents. Citons  les enfants et adolescents vulnérables des orphelinats, pouponnières et les enfants en situation de rue confinés du fait de la  Covid-19,  les personnes souffrant de maladies chroniques, les artisans, les  petits commerçants, petits acteurs du secteur du transport .Bref toute personne Toute personne en détresse du fait de la pandémie. On aurait pu définir des quotas par région ou zone en fonction des données statistiques récentes et déterminer le nombre de personnes qui y sont éligibles. Mais il y a toujours un décalage entre ces données statistiques récoltées à un moment précis et les réalités du terrain telles qu’elles se présentent au temps présent. Une personne indigente en 2015 peut ne plus l’être en 2020. A l’inverse, une personne relativement aisée en 2015 peut être frappée par la vulnérabilité en 2020. Il ne faut pas non plus oublier, du fait des déplacements de populations, une variabilité démographique dans le temps et dans l’espace. L’intervention de la communauté et de tous les acteurs locaux permet de réajuster les choix pour un meilleur ciblage. Le ciblage communautaire est important parce ce qu’il permet d’appréhender la précarité ou la vulnérabilité en temps réel.
 Combien avez-vous distribué pour l’instant dans le cadre des transferts monétaires ?
 L’opération se poursuit, un point sera fait très bientôt. La presse sera conviée. En ce qui concerne  les différents points, vous êtes journaliste, je vous invite à visiter notre site internet et nos pages pour voir la traçabilité des dons que nous recevons et redistribuons. La liste des donateurs et des dons y est publiée et pouvez la consulter. Nous publions les listes toutes les fins de semaine en plus des publications dans la presse. La transparence et la question de la bonne gouvernance constituent des atouts pour notre ministère, car elles sont source de confiance.
 Bamba Mafoumgbé( In Le Temps du 15 mai  2020)
 Légende photo :  Le professeur Koné Mariatou,   Ministre de la Solidarité, de la cohésion sociale et de la lutte contre la pauvreté : « Le ciblage tient également compte des zones géographiques(…) »
 
 
 
 
 
                                        

Transmissions du Covid-19, approvisionnement de la Ci en viande // Les révélations du président de l’Ordre des vétérinaires

samedi, 09 mai 2020 20:07 Written by

 Le Docteur Komissiri  Dagnogo, est  le président  de l’Ordre  des   médecins  vétérinaires de  Côte d’Ivoire.   Mais  aussi Directeur général  des abattoirs et de l’hygiène alimentaire  au District d’Abidjan.  Dans cette interview,  il donne  des informations croustillantes sur le Covid-19 et  l’approvisionnement du marché en viande…Interview.. Depuis le début 11  Mars 2020,  la Côte d’Ivoire à l’instar des autres pays  du monde traverse  la crise sanitaire liée au Covid-19, vous le président   de l’Ordre des  vétérinaires, Directeur général des  abattoirs et  de l’hygiène  du District d’Abidjan, comment avez-vous accueilli  cette nouvelle ? Disons qu’aucun pays ne souhaitait que cette maladie  se  déclare  chez lui. Tout le monde souhaitait être à l’abri, être protégé soit par  nos comportements, notre vigilance soit par le seigneur. Mais  toujours est-il qu’avec la mondialisation aujourd’hui, il est difficile qu’une maladie  se déclare quelque part et  que  celle –ci reste là-bas.  Parce que nous bougeons beaucoup, échangeons beaucoup. C’est une situation difficile que nous vivons et nous essayons d’appliquer toutes les mesures barrières qui ont  été  arrêtées par nos autorités, afin que cette maladie puisse quitter la Côte d’Ivoire.  Beaucoup d’informations circulent sur la   transmission du Covid-19. On parle du chien, du pangolin. Que dit le vétérinaire que vous êtes ?  Il  y  a beaucoup d’informations qui circulent sur le Covid-19  et il y a beaucoup d’hypothèses  sont émises. La première,  qui  avait été émise par rapport    au Covid-19,  c’est que le virus serrait partie de la Chauve sourie,  en transitant  par  le pangolin pour atteindre l’homme.  Aujourd’hui, il y a une autre hypothèse qui est encore émise. Elle  dit  que le virus se serrait développé chez le chien  au niveau intestinal  pour atteindre par la suite l’homme.  Donc, c’est pour vous dire qu’en tant que  vétérinaire, nous sommes très attentifs et  nous souhaitons apporter notre contribution  pour la lutte contre cette pandémie.  Que  ça soit   nos collègues  du privé ou du public, nous  sommes disponibles et essayons  d’apporter  notre pierre à la sensibilisation de la population.    
Docteur,  vous   avez parlé  tout à l’heure du chien,  est-ce  que l’on devrait  s’attendre au  niveau  de la Côte d’Ivoire, à un traitement de masse  des chiens ?   En  ce qui  concerne le chien, il est scientifiquement  prouvé que le Covid-19, se transmet au chien. Ça  été  le cas  sur  deux  chiens  à Hong- Kong dont les propriétaires avaient été  contaminés et qui ont contaminés leurs chiens. Mais n’ayant pas présenté de symptômes,  ils  sont devenus négatifs par la suite.   Il  a été également scientifiquement démontré en Belgique,  qu’un chat   entré en contact avec son propriétaire qui était aussi malade, ce chat a présenté des symptômes respiratoires et digestifs après avoir été contaminé.   Donc sur ce point, on est sûr que le Covid-19, se transmet bien aux animaux notamment aux  carnivores domestiques.   En ce qui concerne les vaccins, il faut attendre.   Pour le traitement, il y a beaucoup de discussions.(…) Le Coronavirus dont on parle aujourd’hui, appartient à une grande famille qu’on appelle les Coronavirudés. Ce  Coronavirus existe et ces différents virus existent. Que ce soit chez les animaux, chez le poulet, le Coronavirus existe et il  est responsable de la maladie que nous appelons la bronchite infectieuse  qui est à la base des troubles respiratoires. (…). Il existe un vaccin contre cette forme-là qui n’est pas du tout transmissible à l’homme.    Vous êtes également,  Directeur général  des  abattoirs   et  de l’hygiène alimentaire du District d’Abidjan.   Dès   que  le premier cas a été découvert   qu’avez-vous fait   à ce niveau ? Etant donné  que  le grand Abidjan était isolé du pays, nous avons eu quelques inquiétudes, par rapport à l’approvisionnement  de nos marchés.  Car, la Côte d’Ivoire n’est pas autosuffisante  en protéine animale. Nous dépendons beaucoup,  surtout en ce qui concerne le bétail vif,  des  pays de l’Hinterland :    le Burkina Faso et  le Mali. En ce qui concerne le lait par exemple, nous dépendons  des pays européens.  Nous étions  inquiets mais   ,  le ministère des ressources animales et halieutiques  avec le District d’Abidjan, ont souhaité  que les commerçants qui viennent nous ravitailler, puissent profiter du couloir  humanitaire afin que le cycle d’approvisionnement   de nos marchés ne soit pas rompu. Voilà comment nous avons réussi à rassurer les commerçants. Nous avons connu une baisse vers la fin du mois de mars à début avril, parce que les commerçants  qui arrivaient  ne pouvaient pas repartir, tant que  cette mesure  de leur prise en compte dans le couloir humanitaire n’étaient mise en place. Depuis, que  ces mesures sont  effectives  et que ceux qui nous ravitaillent  peuvent retourner par vague, en respectant bien les mesures sanitaires,  il   se trouve que l’approvisionnement a repris. D’un marché à un autre, l’on constate  une variation au niveau du prix du Kg de la viande de bœuf.  Pourquoi ? C’est une réalité que les prix ont augmenté.  Dès  que le premier cas a été détecté en Côte  d’Ivoire, le  11 mars 2020,  et  que par la suite on  a commencé à détecter d’autres  cas,  et  que  le Conseil national de  sécurité( Cns) a  été amené   à prendre un certain nombre  de mesures, toute la population a voulu  s’approvisionner  en même temps.  Donc, les gens  se sont rués sur la viande. Il  était  donc difficile de contrôler,  les gens ici à  l’abattoir, parce que  tout le monde voulait faire son stock,  pour être à l’ abri  d’une éventuelle pénurie. Ce  qui a fait que  des commerçants dépassés par la demande, ont profité de l’occasion pour augmenter les prix.   Nous avons dû communiquer  dessus pour  leur dire de ne pas profiter de cette occasion, pour augmenter les prix à la consommation.    Au niveau de l’abattoir central, quelles sont les dispositions qui ont été prises, pour casser la chaine de  propagation  du Covid-19 ? Disons dieu merci,  nous n’avons pas encore enregistré de cas de contamination ici au niveau de l’abattoir.   Nous souhaitons que  cela n’arrive pas. Rappelons que dès la  découverte du premier cas,  le Cns a pris  des mesures et ce sont les mêmes que nous appliquons sur notre site ici. Que ça soit à la salle d’abattage,  dans   les boucheries  ou au centre commercial, les mesures sont rigoureusement appliquées. Nous avons  fermé hermétiquement le pavillon de la rôtisserie.  Nous demandons qu’il y ait    des seaux  d’eau, du savon un peu partout, à l’entrée  de l’abattoir et  des boucheries pour que les acteurs eux-mêmes,    puissent  se laver les mains. Il en va  de même  chez  les clients qui arrivent. Nous demandons aussi que la distanciation sociale qui est de 1 m  et 1,50 mètre soit  respectée.  Nous   exigions aussi le port du masque aussi bien  par les acteurs que les clients afin de se protéger et de protéger l’autre.    Quel est l’impact de la fermeture des restaurants et maquis sur  les activités d’approvisionnement et  de  l’abattoir Nous pensons  que l’approvisionnement ne pose pas problème aujourd’hui.     Ceux  qui nous approvisionnent vont  s’adapter.   Ils ont leurs représentants sur place. Qui, en  fonction du  marché, leurs disent  qu’il faut envoyer telle quantité.   Ça  se passe ainsi tous les  ans, le seul fait majeur, c’est  la pandémie sanitaire.    Nous n’avons pas  d’inquiétude à ce niveau. Mais, il faut reconnaitre  que  la production a baissé.  Ce à cause  de la fermeture des  maquis sont fermés tout comme les rôtisseries.  Sans  oublier les restaurants.   Bamba Mafoumgbé, Légende photo : Docteur  Dagnogo Komissiri, président de l’Ordre des médecins  vétérinaires de Côte d’Ivoire : «  Il  n y a aucune inquiétude  au niveau de l’approvisionnement du marché »( Source : in Le Temps du  06 mai 20) 

Pr Zirihi Guédé Noel,(Université Fhb de Cocody) //Lutte contre le Coronavirus// « Voici la recette que je pourrais proposer (…)»

mardi, 31 mars 2020 08:55 Written by

 Le Professeur Zirihi Guédé  Noel  est  Titulaire de Botanique et Ethnopharmacologie et   enseignant Chercheur à l'Université Félix Houphouët  Boigny  de Cocody. Face à la pandémie du Covid- 19,  il  lance un appel aux autorités ivoiriennes pour la création d'un comité d'experts scientifiques  (Ethnobotanistes, Pharmaciens, Biochimistes, Physiologistes, Médecins, Sociologues, Tradipraticiens de santé.....).  Interview
Professeur,  vous préconisé la mise en place  d’un comité d’experts scientifiques.  Pour quoi faire ?
Ce  comité va sélectionner des médicaments issus de notre pharmacopée traditionnelle et organiser des essais cliniques sur les malades du Corona virus. Pour terminer,   je  demande  aux Professeur Dosso, Institut Pasteur de CI, au  Professeur Koné Bamba Djeneba, de l’Unité  de formation et de recherches  des Sciences pharmaceutique, qui sont nos aînées de porter notre parole et de la transmettre aux autorités.    
 Vous étiez récemment  en Europe  quand la  crise  du Covid 19   est survenue. Comment avez-vous cela ?
  Oui au début le 6 mars, j'ai effectué un voyage, je suis allé en France pour 3 semaines, le retour était prévu pour le 27 mars. La situation était déjà compliquée  en France. Il fallait faire le rang à la pharmacie, au supermarché, à la banque, à l'hôpital. La circulation était réduite et plusieurs services fermés et quelques jours après, il fallait des autorisations pour sortir et finalement un couvre-feu a été instauré. C'était la psychose.
 Vous avez donc écourté votre séjour pour retour en Côte d’Ivoire. En passant par le centre de confinement de l’Institut national de la jeunesse et  des sports( Injs).  Racontez-nous un peu votre parcours…
J’ai  écourté mon séjour et j'ai décidé de revenir en Côte d'Ivoire le vendredi 20 mars 2020.   A  l'aéroport en France, une fiche qui prévoyait notre confinement à l'arrivée nous a été remise. Avant l'atterrissage de l'avion une autre fiche de renseignement a été remplie. A l'aéroport, la température a été contrôlée, après vérification, nos passeports ont confisqués. Après le retrait de nos bagages, par bus spéciaux nous sommes arrivés à l'Injs.  Non,  on  ne nous a pas fait subir des examens spéciaux  mais la température a été à nouveau contrôlée. On  m'a demandé d'aller récupérer mon passeport et de rentrer à la maison. Nous étions nombreux à rentrer chez nous.  Et une fois sur place, il fallait éviter les contacts avec la famille d'après les conseils des autorités.
 Avez-vous  rendu visite  à  des personnes confinées à l’Injs ?
 Non je n'ai pas visité des personnes confinées à l’Injs.  Mon souci à cette étape du parcours, c'est de rentrer chez moi. Oui suivant les instructions des autorités j'ai décidé de mettre en quarantaine, dans un appartement pas loin de chez moi et c'est depuis ce lieu que je réponds à vos questions. Cette crise sanitaire est très grave, et on ne sait pas encore quand elle va être stoppée. Cette pandémie décime les populations, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, toutes les personnes sont concernées.
 Vous êtes experts et ethnobotaniste et pharmacologue.   Qu’attendez-vous pour apporter votre contribution  dans la lutte contre cette pandémie ?
  J’ai  soutenu un doctorat de troisième cycle sur les plantes médicinales de Côte d'Ivoire (1991) sous la direction de feu le Professeur Laurent Aké Assi, puis un Doctorat d'Etat en phytochimie et pharmacologie des substances naturelles (2006) sous la direction des Professeurs Traoré Dossahoua et feu le Professeur Frédéric Guédé Gunia. J'ai ensuite été formé à l'Institut de Biologie pharmaceutique à Fribourg en Allemagne, formé en développement clinique des médicaments à Caen et Rouen en France. J'ai fait une spécialisation en chimie des substances naturelles et en parasitologie au Muséum national d'histoire naturelle en France. Bref, ce sont ces spécialisations qui permettent de formuler des médicaments dérivés de plantes médicinales ouest-africaines.
 Quels sont les médicaments   que vous  avez fabriqués à ce jour et qui sont disponibles ?
 5 médicaments sont disponibles, il s'agit de: Kohi, Palutaz, Diabetaz, Tensiotaz  et Protataz. Plusieurs autres Chercheurs et Tradipraticiens détiennent des recettes, moi pour les essais sur Covid-19, j'allais proposer Kohi et Palutaz  en association. Oui ces deux produits parce que  le premier est antiviral et renforce l'immunité, le deuxième est antiparasitaire, antipaludique et lutte efficacement contre la fièvre.
 Pensez-vous que la création de ce comité est possible ?
 Oui c'est mon souhait, nous avons les compétences dans toutes les universités et instituts de recherches. Je vous signale que de tels comités sur le Covid- 19 ont vu le jour au Burkina, au Bénin et le développement de leurs médicaments est bien avancé. 
  Que  pensez- vous de la chloroquine et que dites-vous sur le débat ?
 Bonne question. Pour moi, ce qui est important c'est de savoir si le produit guérit les malades. Aux dernières nouvelles, le produit soigne donc c'est un bon produit.   Précisons  que   la  chloroquine dérive de la Quinine isolée dans les plantes du genre Cinchona de la famille des Rubiacées. Plusieurs autres plantes contiennent des alcaloïdes dont les structures chimiques sont proches de celles de la chloroquine. Il existe aussi des molécules de nature terpéniques et phénoliques capables de tuer ce virus.
Pourtant  l’Afrique regorge de plantes et substances naturelles   qui pourraient   aider  à soigner   les africains à bas coûts.  ?
L’Afrique contrairement à l’Europe, dispose d’une  diversité floristique. C’est-à-dire que sur périmètre  d’un Km2, nous avons dix fois plus de plantes que dans les pays européens. Nous avons en Afrique, une certaine diversité et ces plantes n’ont pas encore fait l’objet d’études approfondies. Nous sommes seulement peut-être à 20%  de notre potentiel qui est exploité. Donc, nous avons  encore 80%  de notre réserve qui n’a   pas encore fait l’objet de recherche. Les pays en voie de développement constituent pour moi, une réserve de plantes médicinales à même de fournir  des  molécules  capables  d’intervenir dans le traitement du cancer, du paludisme  voire même du Vih Sida.    
 Bamba Mafoumgbé,  ( In Le Temps du  30 mars 2020)
 Légende photo : Professeur Zirihi  Guédé Noel,  Titulaire de Botanique et Ethnopharmacologie. Enseignant Chercheur à l'Université Félix Houphouët  Boigny : « Je demande  à nos aînés  de porter  notre parole aux autorités » 

Fuite de l’anacarde/Dr Adama Coulibaly Dg du Cca // « Le phénomène menace sérieusement la filière(…) »

mardi, 18 février 2020 21:23 Written by

 M. Directeur général,  pouvez-vous  nous faire un  point  sur la fuite   de l’anacarde durant la campagne  de commercialisation 2019 ?
 Il   est difficile de donner un chiffre précis. Nous pouvons juste faire  des extrapolations pour donner  ce que nous  estimons à partir  de la production nationale.   Il s’agit  de  chiffres  que nous avons   que nous avons enregistré dans  nos bases de données en termes de commercialisation.   Il  convient à ce niveau   de faire la part  des choses entre  ce qui est commercialisé en  interne et la production nationale.  Nous sommes  d’accord pour dire que la production ivoirienne dépasse les 800 mille tonnes. Il se trouve que pour l’année 2019, nous n’avons enregistré que 634 641 tonnes. Nous sommes conscients qu’il  une bonne parti  du produit qui passe par les frontières terrestres.  Ces deux dernières années, le phénomène  a pris une ampleur telle  qu’il commence à  menacer  sérieusement la filière.Mais pourquoi ?Au titre  de la parafiscalité, il y a un manque à gagner de plusieurs milliards de Fcfa. Nos estimations indiquent que nous ne sommes pas loin des 17 milliards  de manque à gagner. Ceci étant, pour le  producteur, il n’y a pas  eu de perte étant donné qu’il a vendu son produit. Même   si ce produit a pris une destination extérieure,  il est reste que le producteur a fait sa recette. La production nationale a certes  atteint les 800 mille tonnes  de noix brutes, mais   ce que nous avons atteint  dans nos bases de données  c’est 634641 tonnes. Le gap  représente la quantité  qui s’est retrouvé  hors de nos frontières et qui oscille en 150 mille et 200 mille tonnes. Précisons que ce n’est pas une seule frontière qui est poreuse.   Tous les pays  qui nous entourent  considèrent  qu’ils ont droit à  une part  de l’éléphant.  Dans le Gontougo on est passé de plus  de 130mille tonnes à 17 mille tonnes sur 4 à 5 ans. Qu’est ce qui a pu se passer alors qu’il  n’y a pas eu  de  catastrophe naturelle, de feu de brousse ? La pluviométrie a été bonne.   Cela interpelle. En ce qui concerne le  respect du   prix du Kg, nous avons sur le terrain nos dispositifs de commercialisation  avec  des documents que  l’acheteur doit   renseigner. Vous ne pouvez pas acheter  un Kg  de noix  sans renseigner  notre  carnet d’achat documents dont une copie reste avec le producteur.  Mais, malheureusement, il se trouve que des producteurs   se rendent complices  de certains acheteurs véreux.  Ce  sont ces données qui permettent au comité de veille dans chaque département de surveiller l’application  et le respect des prix  sur le terrain. C’est l’une  des difficultés sur le terrain. Des exportateurs et acheteurs agrées par le Conseil du  coton et  de l’anacarde ont également décidé d’aller   s’installer  au Ghana,  le long  de la frontière d’avec la Côte d’Ivoire pour mieux capter la production ivoirienne. Des sanctions sont prévues dans ce sens ?Oui , il y a des installations  le long des frontières. Les   multinationales qui sont basées ici, sont les mêmes que dans les pays voisins.   Ils travaillent également avec  des acteurs qu’on trouve dans nos zones de production et vice versa. Ce qui nous gêne, c’est  ceux  qui est achètent  dans l’intention  de  réexporter. Le port de Tema est devenu le premier port d’exportation mondiale de noix brutes avec plus de 391 mille tonnes  pour une production nationale qui ne peut pas dépasser 125 mille tonnes. Il nous revient que le Burkina exporte aussi par  ce port.  La différence ne vient pas forcement  de nos plantations mais il y a un gros volume qui vient  de chez nous.    Ce  n’est pas ce qui est transformé au Ghana qui nous pose problème.  Sa capacité de transformation est d’environ 20 mille tonnes.   Ce pays   a  une grosse unité qui est installée à Tema qui décortique entre 12 et 13 mille tonnes. Le reste, ce sont des petites unités qui sont installées. Ce  n’est pas ça aussi  qui nous gêne fondamentalement. La Côte d’Ivoire est quatrième  transformateur mondial  d’anacarde malgré la faiblesse de nos volumes et récemment nous avons conforté notre position sur le marché  européen  en termes d’exportation d’amande en tant que quatrième fournisseur en amende après le Vietnam, l’Inde et le Brésil.    
Pour lutter contre la fuite  de la noix de cajou, le Cca va s’appuyer  sur une ordonnance. Pouvez-vous  nous en parler ?Cette ordonnance  N°2018-437 du 03  Mai 2018 portant répression de la commercialisation et  de l’exportation illicites des produits agricoles, en son article 3  dit  très clairement : « Sont confisqués aux profits de l’organe en charge de la régulation de la filière  agricole concernée, les produits  des infractions  prévues par  la présente ordonnance. Peuvent être  confisqués, les moyens de transports ayant servi à commettre l’infraction ».   C’est le Conseil du coton et  de l’anacarde  qui a  initié cette ordonnance et le gouvernement a estimé que ça ne pouvait-être spécifique à l’anacarde. Donc elle a été élargie à l’ensemble des filières dont les produits  sont l’objet  d’exportation frauduleuse. Nous  sommes en train d’actionner tous les acteurs afin que nous puissions parler le même langage.2019, nous avons apporté notre contribution dans le cadre de l’opération  qui avait été initiée précédemment   mais  ce dispositif ne nous a pas donné satisfaction. Nous  allons voir comment nous allons renforcer ce dispositif et apporter notre contribution en termes de mobilité aux forces  qui sont basées à Ouagolo,  Ferkessedougou et Bondoukou.  En plus de ce que va faire l’Etat lui-même.
 M. le  Directeur général, pouvez-vous  nous  faire un petit bilan  de la campagne  2019, le taux de transformation et les prévisions pour 2020 ?
 En 2019, la production ivoirienne a été de 634641tonnes comme indiqué plus haut,  contre  761731tonnes en 2018.  C’est une baisse de 17% d’une année à l’autre.  En ce qui concerne la transformation, nous avons enregistré 68mille tonnes en 2018 contre  57 mille tonnes en 2019. Au titre des exportations locales, 574 mille tonnes en 2019 contre 642 mille  tonnes en 2018.   Notre plus grande satisfaction, c’est qu’il y a une véritable dynamique  au niveau de la  transformation.  C’est qu’entre 2018 et 2019, le volume a baissé mais,  entre- temps il y a 9 nouvelles unités qui ont été créées en 2019 d’une capacité d’environ 170 mille tonnes. Au moment où nous vous parlons, il y a 9 nouvelles unités qui sont en construction et  qui vont démarrer leurs activités en 2020.  Nous ne parlons pas des projets qui  sont prêts   et qui vont démarrer en 2020. Au total,  sur les deux années, nous allons avoir une capacité additionnelle de l’ordre de  165 mille tonnes. Ce qui nous fonde à espérer que  la Côte d’Ivoire va atteindre en fin 2020,  le seuil psychologique de 100 mille tonnes transformées localement. D’ici 2023, la  capacité de transformation installée sera d’environ  500 mille tonnes.Bamba Mafoumgbé  Légende photo : Dr Adama Coulibaly, Directeur général du Conseil du Coton et anacarde : « D’ici 2023, la  capacité de transformation installée sera d’environ  500 mille tonnes » ( In Le Temps du 13 février 2020)

M. MONDHER MIMOUNI (Chef de l’intelligence commerciale ITC)// « (…) beaucoup d’obstacles au commerce en Côte d’Ivoire »

mercredi, 29 janvier 2020 10:33 Written by

« (…) beaucoup d’obstacles au commerce en Côte d’Ivoire »

C’est en principe en ce mois de Janvier 2020, que sera opérationnelle, la Zone de libre- échange continentale africaine(Zlecaf). En attendant, M. MONDHER MIMOUNI, chef de l’Intelligence commerciale au Centre de commerce international(Cci) situe les enjeux de l’appui de la structure dans la redynamisation du commerce intra africain.

 

De manière concrète qu’ est ce qui a été déjà fait sur le terrain en Afrique ?

 

Le Centre de commerce international( Cci), ou Itc en anglais existe depuis 1964. Il a été créé en même temps que la Cnuced et le Gatt( actuel Omc). En plus que 50 ans, le Cci a énormément fait dans le cadre de son mandat. Qui est principalement d’aider et de soutenir le secteur privé. En travaillant directement avec celui-ci mais aussi en travaillant avec les institutions d’appui à l’investissement. Mais aussi les ministères du Commerce, de l’Industrie. Sans oublier ceux de la Jeunesse et de la Femme, puisque nous avons des activités qui se diversifient de plus en plus. En vue d’un développement inclusive qui va jusqu’ à l’Environnement. Notre mandat, c’est d’aider et de soutenir le secteur privé dans les différents pays. Etant donné que toute la richesse vient du secteur privé. Nous sommes présents dans des pays, où le tissu industriel est composé de Petites et moyennes entreprises( Pme) qui ont besoin de beaucoup de soutiens. Dans le cadre de la gestion de l’information commerciale, nous aidons principalement les pays à mieux utiliser l’information commerciale. Nous sommes dans un monde où le plus fort, c’est celui qui détient l’information. Les plus grosses entreprises, ce n’est pas Bouygues, Airbus ou General Electric. Mais les entreprises de communication et d’informations. Citons : Google, Facebook, Amazone entre autres. Ce sont ces entreprises-là qui tiennent l’information et qui savent la sortir le moment précis. Notre mandat aussi, c’est d’aider les plus petites entreprises à avoir accès à l’information et la rendre digeste. Afin de les aider à mieux s’orienter et savoir vers qui exporter. Nous sommes leaders mondial sur l’information commerciale et nous donnons libre accès à celle dont nous disposons. C’est la principale raison pour quelle, nous entendons bien travailler en synergie avec vous, pour aider les Pme à avoir accès à l’information juste qui puisse aider les Pme à prendre la décision juste.

Dans ce cadre vous avez montez des projets sur l’Ile des Comores. Pouvez-vous nous en parler ?

 

Nous avons monté un petit projet sur l’Ile des Comores. Qui exporte actuellement trois principaux produits. Citons entre autres, la Vanille et le girofle. Avant, ils exportaient 12 produits et petit à petit, ils sont arrivés à trois. Chaque année, les acheteurs venaient et c’est eux qui fixaient les prix. Pendant que les producteurs n’avaient aucune idée sur les prix qui sont pratiqués ailleurs. Pour tout dire, ils abusaient d’eux. Vu qu’ils se trouvaient à la période de la récolte où ils étaient obligés de vendre. Soit ils vendent soit ils se trouvaient en surproduction( …) C’est ce qui a entrainé petit à petit à la disparition du tissu productif de ce pays.

 

Qu’avez-vous fait pour sauver la situation ?

 

Nous avons implémenté un applicatif que nous avons lancé il y a deux ans. Celui-ci nous donne au jour le jour, les prix pratiqués sur le marché mondial. Ainsi, l’acheteur ne viendra fixer un autre prix bas aux producteurs. Là où le Kg de la vanille vaut plus. Ce ne sont pas les producteurs seulement, mais les chambres de commerce qui peuvent utiliser les prix donnés par l’applicatif pour mieux les diffuser auprès des producteurs qui sont connectés aux différentes chambres de commerce. Ainsi, plus jamais quelqu’un ne viendra leur dicter un prix dérisoire.

En Afrique de l’ouest, il se dit que c’est difficile d’avoir accès aux informations commerciales. Quel est le problème ?

 

C’est un problème général. On ne peut pas indexer l’Afrique de l’Ouest. Par ce qu’en Afrique centrale, l’information commerciale laisse à désirer tout comme en Afrique du nord. ( …). Quand un gouvernement ou un chef d’entreprise décide, il le fait en fonction de l’information la plus récente. Dans plusieurs pays de la région, le problème auquel l’on fait face, c’est que même si l’information existe, elle est caduque. Si vous allez à la Banque centrale, à l’institut national de la statistique ou au ministère du Commerce, vous allez trouver parfois des informations contradictoires. Sur quelle base prendre une décision étant donné que l’information commerciale est un outil de décision ? De deux, quand l’information idoine existe, elle se trouve dans des bureaux mais pas centralisée dans un endroit précis. D’où on peut la partager avec les institutions et autres potentiels utilisateurs. Des efforts sont faits de la part des différents Etats. Au niveau de l’Union économique et monétaire ouest africain( Uemoa), un formidable travail est en train d’être fait à travers la mise en place d’un portail d’informations commerciales. Mais ça ne suffit pas. Ce portail n’est pas opérationnel. Si je voudrais voir ce que la Côte d’Ivoire a exporté le mois dernier et les prix réels, je ne peux pas. Le secteur privé a besoin d’informations très récentes et très rapidement. En Côte d’Ivoire, par exemple, nous avons mis en place, il y de cela trois ans, un système d’alerte aux obstacles au commerce. Ce système est logé à la chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire. Pour exporter, plusieurs institutions entrent en jeu. Nous avons les ministères de la Santé, de l’industrie, du Commerce, de l’Economie et des finances. Cela dépend du produit mais nous avons plusieurs institutions qui entrent dans la régulation d’un produit. Nous avons fait une enquête au niveau de la Côte d’Ivoire, nous sommes arrivés à conclusion qu’il y avait beaucoup d’obstacles au commerce et beaucoup d’obstacles procéduraux qui sont longues. Ce qui affecte la compétitivité du pays. Quand nous avons mis ce système en place, au début c’était excellent. Après une campagne de communication, plusieurs dizaines de personnes aussi bien des hommes d’affaires, des petits que de grands exportateurs ont commencé à l’utiliser. Dès que votre produit est bloqué au niveau de la Douane, vous envoyez un message qui arrive à un point focal. Qui à son tour, va le redistribuer à l’institution qui est en charge de ça. Ce dernier va régler immédiatement. Cela fait gagner beaucoup d’argent au pays. Au début le système a marché mais petit à petit, le nombre d’utilisateurs a baissé.

Pourquoi ce relâchement ?

Les utilisateurs n’ont pas maintenu ce système d’alerte. Nous au niveau de l’Europe, il y a ce genre de système qui marche très bien. Tous les exportateurs et tous ceux qui sont dans le secteur économique, l’utilise et il y a une communication autour de ça. La presse économique, les centres de promotion du commerce doivent utiliser les mécanismes qui sont en place. Mais si on n’améliore pas la communication, ils seront sous utilisés. Par exemple, en ce qui concerne la Côte d’Ivoire, le système mis en place, nous

a permis de régler beaucoup de problèmes au niveau des importateurs et exportateurs. Notamment ceux liés au certificat d’origine qui devrait passer par la Chambre de commerce et d’industrie. Nous l’avons fait en Ile Maurice où beaucoup de taxes qui ont été éliminées. Des structures font des ajouts et oublient de faire des nettoyages au fur et à mesure. Si on ne procède pas à des nettoyages, sans le vouloir, on peut avoir des procédures qui se dupliquent. Avec à la clé des coûts additionnels à la charge des opérateurs économiques. Or on doit faire en sorte de gagner des points de compétitivité. A chaque fois qu’on laisse passer des éléments de ce style- là, cela affecte la compétitivité nationale. Nous avons aidé en Côte d’Ivoire travaillé sur le Pacir et formé des opérateurs à l’analyse commercial. Ce sont ce genre d’intelligence que nous voulons aider à créer au niveau des pays.

Vous avez dit que vous essayez de rendre l’information digeste de telle sorte qu’elle puisse profiter aux petits exploitants. Quels sont les moyens au niveau de l’Afrique pour atteindre vos cibles qui n’ont souvent pas accès à internet ?

C’est un problème majeur. Quand on a des micro- entreprises, c’est difficile d’atteindre les producteurs et les petits exportateurs. Raison pour laquelle, nous voulons renforcer notre collaboration avec les chambres de commerce en leur mettant à disposition toutes les informations et les moyens. Malheureusement, dans certaines régions, l’accès à l’internet est difficile.(…) Un accord qui a permis d’augmenter les exportations, c’est bien Agoa. Mais il y a beaucoup de technicité dedans. Pour toute l’Afrique de l’Ouest, nous avons fait des guides qui les aident à mieux tirer profits de l’Agoa de A à z. Ce pour différents secteurs. Cela a eu tellement de succès que nous avons été invités par des ambassadeurs africains à Washington pour leur présenter ça et renforcer à la communication. Malheureusement, quel que soit le budget que vous mettez en place, quel que soit la volonté que vous mettez en place, si vous n’avez pas le soutien du pays lui-même, c’est difficile d’atteindre les résultats escomptés. Si nous développons un système qu’on fournit à un partenaire, ce que nous attendons de lui, c’est de maintenir le cap en consolidant les acquis par lui-même. Surtout quand il y a un avantage. C’est vrai nous aidons mais il faut que la partie tierce, prenne la relève. Nous ne comprenons pas pourquoi, ce n’est pas le cas.

Et au Cameroun… ?

Personnellement je n’ai pas travaillé sur le Cameroun ces dernières années. Mais avons un grand projet financé par l’Angleterre, dans le cadre de l’observatoire à mettre en place. La Côte d’Ivoire et le Cameroun sont deux pays pilotes avec l’observatoire que nous sommes en train de mettre en place. Nous allons sélectionner un ou deux secteurs clés par pays sur les lesquels nous allons travailler sur les 24 pays sélectionnés. En travaillant par exemple sur la chaine des valeurs et la promotion des exportations.

Avec la Zlecaf, comment entendez-vous travailler avec le secteur privé africain pour le rendre plus compétitif ?

Le Centre de commerce international(Itc) croit beaucoup en l’accord sur la Zone de libre -échange continentale africaine. Nous ne sommes pas le seul d’ailleurs. Il n’y a qu’à voir l’engouement au niveau de certains pays du G20. Ils sont très intéressés par tout ce qui concerne cet accord aussi bien au sein de l’Union africaine( Ua) que des différents pays. Afin d’aider à booster le commerce intra-africain par exemple d’une part et avoir une relation plus approfondie avec l’Afrique d’autre part. S’ils le font, c’est qu’ils croient au potentiel qui est énorme dans plusieurs régions d’Afrique. Quand on regarde la structure du commerce de l’Afrique, il y a beaucoup de produits de base, beaucoup de commerce de produits semi-transformés. L’inconvénient avec un tel tableau, par exemple pour les pays qui exportent 80% de pétrole et du bois, même si on déclare que le pays exporte pour 20 milliards de dollars de pétrole, ce sont les multinationales qui exportent. Mais combien va revenir au pays en termes de royalties. Combien d’emplois sont créés par l’exportation des produits de base? C’est très peu d’emplois dans le pays. Donc si la transformation ne se fait pas sur place, dans les pays producteurs, les problèmes de chômage des jeunes et la lutte contre la pauvreté ne vont pas être réglés. En somme, le pays qui continue à exporter des produits bruts, il exporte des produits à très peu de valeur ajoutée.

Qu’entend donc concrètement voir le Centre de commerce international en Afrique ?

Quand on exporte en dollars en Afrique, 60% sont en valeur ajoutée alors que quand on exporte vers le reste du monde, il n’y a que 30% de produits finis. En augmentant vos exportations vers l’Afrique, vous avez plus de création de richesses. Souvent on voit que plusieurs pays exportent vers les pays traditionnels, avec des contrats déjà prédéfinis. Dans ce cas de figures, le producteur ou l’exportateur ne cherche pas à identifier de nouvelles opportunités. Parce qu’il connait la transaction et la procédure. C’est peut-être partiellement la faute au producteur ou à l’exportateur qui ne cherche pas à diversifier ses partenariats mais aussi c’est la faute aux institutions en charge de son environnement de commerce qui ne l’informe pas sur le potentiel qui existe. Quand je prends un pays comme le Togo, les exportations c’est vers la France( …). Quand vous regardez la liste des exportateurs de café au monde, dans les Top 5, il y a plusieurs pays qui ne produisent pas un grain de café.

Qu’en est –il de l’Intégration régionale ?

Il faut la renforcer que d’exporter sur le reste du monde. C’est important. Mais pour y réussir, il faut développer une certaine intelligence commerciale pour identifier les potentialités. Une fois que cela est fait, il faut voir comment donner plus de valeurs aux produits existants. Souvent on parle de transformation mais souvent c’est sur le packaging. Si vous arrivez à respecter les normes et les standards, le secteur privé peut gagner beaucoup. Ce dernier pour prospérer, il a besoin qu’on le guide un peu en améliorant l’environnement du commerce. Notamment le coût du transport qui est souvent moins cher de la Chine au Nigeria que du Nigeria au Sénégal. Le coût du transport intra- africain est très élevé. L’insécurité joue un rôle tout comme le manque d’infrastructure qui est un sérieux problème(…) Il faut réduire aussi les obstacles au commerce qui existent entre les pays. Une fois que vous arrivez à faire ça, l’idée c’est de fournir des informations aux entreprises sur les potentiels qui peuvent avoir ou dégager de l’Afrique, afin de bénéficier c’est le but de l’observatoire que nous sommes en train de mettre en place. Ce pour les aider à avoir les informations au jour le jour. Nous voulons aussi connecter les entreprises. Théoriquement, il y a du potentiel, il faut mettre les infrastructures en place pour booster le commerce en Afrique. Sans oublier l’assurance. Il faut assurer les transactions c’est important.

En ce qui concerne l’observatoire africain du Commerce, vous avez commencé avec 14 pays, quand allez-vous atteindre l’étape des 54 pays ?

L’observatoire est un projet sur 4 voire 4 et demi. Nous avons défini un calendrier que nous sommes en train de respecter d’ailleurs. Dans plusieurs pays, nous sommes en train et nous voulons avoir l’information en temps réel. C’est difficile et c’est pourquoi nous avons voulu commencer avec 5 pays. Ainsi, dès que tous les mécanismes d’implémentation sont mis en place, nous allons l’élargir à un plus grand nombre. Quand nous avons dit ça, nous avons enregistré une demande très forte que ce que nous avions prévu. C’est ainsi que nous sommes retrouvé à 14 pays. Avec lesquels nous avons commencé le projet. Qui est de travailler avec toutes les institutions du pays, dans la transparence en temps réel et fournir ces données à toutes les entreprises des systèmes quasi-automatiques d’informations. Afin de mettre les africains au top des tops de l’information commerciale. Pour être membre de l’observatoire, nous voulons l’engagement du pays à contribuer activement. Aussi le pays doit être prêt et disposé à nous donner l’information.

Bamba Mafoumgbé,( In Le Temps decembre 2019)

Légende photo : M. MONDHER MIMOUNI Chef de l’Intelligence commerciale au Cci. : « Il faut mettre les infrastructures en place pour booster le commerce en Afrique »

 

Arancha Gonzalés,( Dg Cci) /Actions du Cci en Afrique « Nous appuyons le commerce et les Pme..»

dimanche, 22 décembre 2019 08:40 Written by

Concrètement en quoi a consisté cette semaine de l’industrialisation de l’Afrique ?

Le Centre de commerce international( Cci) a parlé de l’industrialisation de l’Afrique. Nous avons échangé avec les entreprises, parlé de commerce international et creuser un peu plus dans la gouvernance. Mais il y a eu aussi, tout un volet d’échange avec les entreprises qui sont venues ici à Addis Abeba, pour parler entre elles de commerce international. Nous avons enregistré la participation d’acheteurs, des demandeurs, des investisseurs et des gouvernements qui veulent attirer des investisseurs notamment en Ethiopie. Plus spécifiquement, cette semaine a comporté trois volets : Le premier dédié aux femmes dans le commerce en Afrique. Ce dans le contexte de la Zone de libre -échange continentale africaine,( Zlecaf). Un accord signé par les Chefs d’Etat africains. C’est quelque chose de nouveau, par rapport à ce que nous avions vu par le passé est en train de se réaliser. Après donc sa signature, cet accord doit maintenant être concrétisé et mis en œuvre. Nous avons échangé avec les femmes entrepreneurs parce qu’elles constatent que dans la Zlecaf, qu’il manque la prise en compte des aspirations des femmes entrepreneurs. Il a eu le volet Industrialisation de l’Afrique. Quelles ont été les activités majeures Nous nous sommes focalisés sur les jeunes entrepreneurs ; c’est-à-dire les Start up. Nous avons voulu leur donner un espace spécifique. Parce qu’on doit écouter les jeunes. Ce n’est pas simplement parler d’eux dans une grande conférence mais leur donner la parole. Il faut leur donner un espace afin qu’ils nous disent leur souhait par rapport à l’intégration commerciale. Nous avons eu le forum mondial pour les exportations. Jusqu’ en 2013, nous ne l’avions jamais organisé une édition en Afrique. Après le Rwanda, nous étions en Zambie et donc c’est la troisième fois que nous l’organisons sur le continent africain. Précisément à Addis Abeba où se trouve le centre de gravité de la Zlecaf.

En quoi consiste l’apport du Centre de commerce international(Cci) à la mise en place de la Zlecaf ?

Nous assistons et soutenons l’Union africaine( Ua) sur des volets. Nous sommes en train de créer un observatoire pour le commerce en Afrique. Cet observatoire va être appuyé par des mandats pris par l’Ua. Ces mandats aideront à faire en sorte que cet instrument permette aux Etats membres de mesurer comment l’intégration économique africaine avance. Mais Donc on ne peut pas savoir si l’intégration économique avance ou pas. Nous allons donc mettre en place cet observatoire pour le commerce africain qui est financé par l’Ue et mandaté par l’Union africain et mis en œuvre par le Centre de commerce international. Egalement, nous sommes en train de développer un en ligne un outil qui va permettre aux pays de simuler l’impact d’élimination des tarifs douaniers dans chaque pays, pour qu’ils puissent voir comment ils procèdent à la réduction desdits tarifs et la réduction des barrières non tarifaires.
Nous imaginons que ce n’est pas tout ?
Nous allons également travailler avec les institutions d’appuis au commerce. C’est-à-dire les chambres de commerce et les agences de promotion du commerce et de l’investissement que l’Ocde à aider afin de bénéficier de la Zone de libre –échange africaine. Au mois de Mai 2020, nous serons à Accra au Ghana où, nous allons rassembler toutes agences de promotion de commerce et d’investissement du monde. Aussi, nous travaillons sur la chaine des valeurs sur le continent africain. Pour les aider à devenir plus compétitives. Nous travaillons sur l’habillement et le textile au Mali, au Burkina Faso, les Tic au Sénégal(…). Sans oublier les femmes entrepreneurs en Zambie et au Zimbabwé… Bref, nous appuyons la mise en place de la Zlecaf, ses institutions d’appui au commerce et les Petites et moyennes entreprises.

Si l’Union européenne( Ue) a réussi c’est parce qu’il y avait un petit groupe au départ. Alorsqu ’en Afrique nous avons 55 Etats. Est-ce que cela ne pose pas déjà problème ?

C’est vrai qu’avec l’Ue il y avait un petit noyau dur ( La France, l’Allemagne (…) mais qui a subi des aléas. En termes de grandes économies, en Afrique, vous avez l’Egypte, le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud et l’Angola. Après nous avons les moyennes économies. Après ce qui s’est passé, cette fois-ci la Zlecaf a été signée par trois de ces cinq. Egypte, Angola, Kenya. Pendant ce temps, les deux autres : l’Afrique du sud et le Nigeria qui étaient dans un processus électoral. Par la suite, ils ont décidé de prendre le train en marche quand ils ont bouclé leur processus électoral respectif. Ici la différence n’est pas assez grande parce qu’il y a eu ça dans l’Ue. La plus grande différence entre l’Ue et l’Union africaine, c’est ce que la Commission de l’Ua ce n’est la Commission européenne. C’est bien ça la différence. Au niveau de la Commission de l’Ue vous avez des institutions qui poussent à l’intégration. Qui a un pouvoir fort. En Afrique nous n’avons pas ça. C’est un secrétariat au service des Etats membres et qui n’ a pas de pouvoir fort. Une paneliste a dit ce matin que ce n’est pas la disponibilité des financements qui pose problème mais c’est le fait de ne pas oser.
Votre commentaire ?
Il n’ y a pas fondamentalement un problème de financement ou de liquidité. Il y a plein de fonds qui ne cherchent à être injecter dans l’économie. Le problème que nous avons, c’est qu’il n’y pas de connexion entre la liquidité et les entreprises. Précisément les Pme qui ont besoin de crédits ne sont reliées aux fonds qui existent. Les Pme ne peuvent pas se payer le risque les exigences imposées par les banques traditionnelles. Ce qu’il faut donc, c’est de les interconnecter entre elles.
Pour une semaine aussi importante, nous avons eu l’impression que le volet exposition a été carrément ignoré ?

Nous n’organisons pas de foire. Ce n’est pas notre métier. Nous organisons des B to B six que nous préparons six mois à l’avance. Avec un point d’honneur aux produits agro-alimentaires parce que ça intéresse beaucoup. Nous avons aussi les services autours de l’agro-transformation. C’est aussi la machinerie et l’équipement. Bref, nous avons pensé que c’est un secteur qui a du potentiel intégrateur aussi bien au niveau des pays francophones qu’anglophones ont comme atout. Nous avons commencé dès à présent la rencontre de l’année prochaine. Les acheteurs s’enregistrent aujourd’hui et nous disent ce qui les intéresse. De leur côté, les vendeurs s’enregistrent également et disent ce qu’ils ont à offrir. Chacun d’entre eux arrivent avec des échantillons(…), ses catalogues mais nous ne faisons pas de foires. Le prochain forum aura lieu en Mongolie en Asie.

Bamba M.

Légende photo : Madame Arancha Gonzalés, Dg du Cci : « Il faut donc, interconnecter les Pme aux financements qui existent »

Encadré : Les ivoiriens, les grands absents

Durant la célébration de la semaine de l’industrialisation de l’Afrique, le siège de l’Union africaine à Addis- Abeba ( Ethiopie), a été pris d’assaut par plus de 500 femmes d’affaires venues de par le continent africain, pour parler d’affaires et d’opportunités de partenariats entre elles. Encore une fois, les ivoiriennes et partant les femmes de l’espace francophone ont été moins visibles. Pourquoi ? Nous ne pouvons en dire plus. Et pourtant dans le secteur de l’Agrobusiness ivoirien, elles sont nombreuses à bien se défendre et à avoir du talent à revendre. Durant ces manifestations aussi, les hommes et femmes d’affaires ivoiriens ont brillé par leur absence. Pour tout dire, les femmes anglophones et leurs hommes ont ‘pris le pourvoir’ et ont certainement noué de bons partenariats. A travers un corps à corps, des promotrices venues du Ghana, du Nigeria, du Zimbabwé et de l’Uganda, ont bien fait la promotion de leur She Butter ou beurre de Karité. Heureusement que Madame Dé Yacine de l’entreprise Sadia du Sénégal était présente avec ses échantillons d’engrais organiques.
B. Mafoumgbé , envoyé spécial
Encadré : Les pays signataires et les instruments du traité

Après la signature du Bénin et du Nigeria en Juillet 2019, l’Érythrée est le seul pays du continent n’ayant pas signé l’accord portant création de la Zlecaf. Vingt-sept pays l’ont ratifié : on compte notamment le Burkina Faso, le Tchad, le Congo, la Côte d’Ivoire, Djibouti, la Guinée, le Gabon, le Ghana, la Gambie, le Kenya, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Rwanda, la Sierra Leone, l’Afrique du Sud, le Togo, l’Ouganda ou le Zimbabwe. La République arabe sahraouie démocratique (Rasd) et le Maroc ont annoncé dans la mouvance, qu’ils déposeraient les instruments de ratification dans les jours qui suivaient. Les 5 instruments du traité ont été adoptés. Ils portent sur les règles des produits d’origine, les offres tarifaires, la suppression des barrières tarifaires, le système de paiement numérique de dédouanement et l’observatoire africain de facilité du commerce.
B. M ( in Le Temps  du 20 décembre 19

 

 

 

 

 

 

Yacouba Dembélé ( Dg Aderiz)/ Réexportation du riz à partir de la Ci// « Le Nigeria a fermé sa frontière à cause du riz de Côte d'Ivoire(…) »

mercredi, 11 décembre 2019 23:01 Written by

 De  la  mise en œuvre  de la Stratégie nationale  de développement  de la riziculture( Sndr),  à la réexportation  du riz importé  vers les autres pays  de la Sous- région, M.  Yacouba Dembélé, Dg de l’Agence de développement de la filière riz( Aderiz)  à la faveur  du Sara 2019 a fait des révélations… Interview
 Toute à l’heure, vous  n'avez pas évoqué l'alternative du protectionnisme comme cadre pour développer la filière rizicole, comme le fait le Nigeria ? Or, le prix du riz vietnamien est très faible... C'est la fuite en avant ?
En Afrique, vous avez deux pays qui s'aiment bien, qui se regardent, mais qui ont deux dispositions tout à fait différentes : c'est le Sénégal et la Côte d'Ivoire. Le Sénégal a un marché du riz protégé : si vous importez  X quantité de riz, on vous demande de commercialiser  X quantités de riz local. En Côte d'Ivoire, nous avons choisi le libéralisme total.  Car, d'une manière ou d'autre autre, une protection vous rattrape tôt ou tard. Il vaut mieux être dans les difficultés maintenant et trouver les solutions, augmenter la productivité, mettre en place des systèmes innovants pour que notre riz soit compétitif au même titre que les petits producteurs thaïlandais.  C'est très important pour nous. L'autre avantage que nous avons est que l'ivoirien aime le riz produit chez lui. Au Sénégal, ils ont du riz brisé, c'est-à-dire qu'il faut produire, puis retravailler le riz pour le casser. L'Ivoirien, quant à lui, aime le riz de  saison, le riz qui est mou, le riz qui sent bon et le riz qui après deux heures de préparation reste encore mou et peut donc être consommé bien après avoir été préparé. Des enquêtes distinctes sur l'ensemble  du marché ivoirien ont été conduites et sont arrivées aux mêmes conclusions : le premier riz apprécié des Ivoiriens est une variété locale. Le riz importé n'est arrivé qu'en quatrième position. C'est un atout pour nous. A nous maintenant d'envahir le marché avec ce riz qui est aimé des Ivoiriens à un prix compétitif. Mais si on regarde les autres filières, notamment le cacao, on se rend compte que même après des années d'une très belle performance ivoirienne, le cacaoculteur n'arrive pas à trouver son compte. D'où toutes les mesures qui sont prises ces derniers mois.
 
 Cette course en avant pour atteindre un riz à un prix très compétitif face au riz importé permettra peut-être d'atteindre l'autosuffisance, de parvenir à de très bons rendements, mais le riziculteur va-t-il gagner sa vie ?
 
C'est une des directives de l'Etat. L'Etat nous dit  que même si vous parvenez à l'autosuffisance, si  le paddy ne s'achète pas à un prix rémunérateur pour le producteur, je ne suis pas d'accord avec vous. On nous demande simultanément un riz de bonne qualité et en quantité, rémunérateur pour le producteur et dont le prix est accessible aux ménages ivoiriens. Nous sommes encadrés par ça.
 
  Est-il vrai que vous produisez du riz en Côte d’Ivoire sans marge ?
 
 Quand   nous avons rassemblé tous les acteurs, nous nous sommes rendu compte que nous produisons, sans marge, un riz à  289 Fcfa le Kg.   Or, le riz sur le marché est à environ 400 Fcfa/Kg.   Ensuite,  nous nous sommes  dits : à quel autre riz pouvons-nous comparer le nôtre ? Au riz semi-luxe. Or, il existe au moins six variétés  de riz semi-luxe sur le marché (il y a le luxe, le semi-luxe, etc.). Le luxe représente 2% du marché, le semi-luxe 80% et le riz bas de gamme 18%.  Donc, nous  avons voulu  nous comparer au riz importé de même valeur. En ce faisant, on passerait de  289 à 400 Fcfa.  Mais nous avons voulu nous arrêter à 370  Fcfa. Car, rappelons que le prix de  289 Fcfa/kg  est un prix de riz brut, sans marge. Donc c'est une marge sur laquelle on peut jouer à tout moment, qu'on peut répartir entre les acteurs. On a même mis de l'argent de côté pour les questions de semences, etc.   Nous avons  a vraiment une bonne marge parce qu'un de nos objectifs est d'aller vers la productivité, que chaque maillon de la filière fasse de la compression de charges pour avoir des marges suffisantes. Pour  prendre l’exemple  sur la filière palmier à huile que je connais bien, pour y avoir travaillé,  on  produisait la tonne à  350 de Fcfa /Kg, en Malaisie ils étaient à 275 de Fcfa kg.  Quand la  crise est arrivée, elle a touché tout le monde, même les malaisiens. Les malaisiens ont tout arrêté. Mais deux ans après, ils ont continué à produire car ils se sont dit  que c'était la concurrence,  le marché international. Il faut produire à un niveau auquel le marché international ne va jamais venir. En fait, c'est ça notre objectif  et c'est comme ça qu'on peut réussir dans le village planétaire.
 
Les autorités poursuivent une politique de libéralisation depuis plusieurs années maintenant. Or, depuis 2015, la production stagne. Peut-on parler d'échec de cette politique ?
La stagnation vient de l'accès aux financements (Voir  encadré).  Il y a deux types de financements : les investissements qui sont réservés à l'Etat et tout ce qui est exploitation, et là on n'a pas besoin de l'Etat. On a trouvé la solution avec la mise en place de la contractualisation et un financement aligné. La première année, on a fait  690 millions  de Fcfa de crédit  avec 100% de remboursement.   Le  paysan qui a besoin d'engrais, va voir un prestataire de service qui lui fournit une facture pro forma qu'il envoie à la structure de micro-crédit.  De suite, le compte du débiteur est débité pour créditer le compte du prestataire. A la récolte, quand le paysan vend à un usinier, ce dernier lui fait un bon que le paysan remettra à la banque. Aussi,  tout le monde est dans la même banque qui créditera le compte du producteur et débitera le compte du transformateur.  Bref, nous avons mis   en place un système aligné. Ce sont nos amis japonais qui nous soutiennent  et ils nous ont dit que ça marchait et de l'essayer. Et ça marche. Aujourd'hui, certains sont prêts à nous créer notre fonds de refinancement. C'est ce qu'il nous manque. Il faut que les gens sachent se débrouiller sans recourir à l'Etat ou à d'autres. En fait, c'est notre bataille. Mais ça va être dur,  nous sommes  d'accords.
 
 Au  niveau mondial,  les Etats-Unis, l'Ue, la Chine, maintenant le Nigeria, tout le monde a pratiqué une politique protectionniste en matière agricole...
 Le Nigeria a fermé sa frontière principalement à cause du riz de Côte d'Ivoire. Parce que le riz  qui est  importé est réexporté. Donc ce n'est pas un riz Cedeao.   Mais il n'est pas produit en Côte d'Ivoire, il n'y fait que transiter. Il est reconditionné en Côte d'Ivoire. C'est ça le problème du Nigeria. J'y suis allé plusieurs fois et ils nous ont bien attrapés, nous de Côte d'Ivoire, du Liberia, du Togo, du Bénin...ils ne veulent pas nous voir ! Mais ce n'est pas nous, ce sont les opérateurs privés, les commerçants ivoiriens qui ont acheté ce riz. Nous devons   aller ensemble pour solutionner ce problème. Nous, nous sommes faibles. On nous dit qu'il ne faut pas de subvention dans l'agriculture, mais il en faut.  Au Sénégal, le gouvernement est derrière. Nous, on a demandé un fonds de garantie ; on n'a rien eu. Au Sénégal,  ils ont donné  8 milliards de fcfa
Mais qu'est-ce qui freine ?
 Nous étions à une réunion de l'Uemoa et  nous leur avons  demandé  de mettre en place une politique sous-régionale. Car  nous  sommes   rendu compte que si chacun va à l'autosuffisance, que va-t-il se passer? Où allons-nous envoyer notre riz ? Qui va exporter où? Il faut qu'on mette en place une politique sous-régionale dans laquelle c'est l'ensemble de la sous-région qui va à l’autosuffisance. Les Africains sont d'accord sur tout sauf s'entraider !  Nous sommes   en train de forcer les gouvernements pour qu'on y arrive. Le Mali, par exemple, a  un million de terres irrigables donc il y a des Ivoiriens qui peuvent faire du riz et s'installer là-bas. Nous, nous sommes en train d'installer 7 centres de conditionnement de semences et nous  avons pensé à eux.  Parmi les 7 centres, celui de Korhogo produit pour la région de Korhogo mais est destiné  à produire la semence pour el Mali. Celui de Man est pour la région de Man et aussi pour le Liberia. Celui de Djenné, pour la région de Djenné et  pour la Guinée. Car déjà, ces pays - là viennent prendre la semence chez nous. Donc nous nous préparons déjà à cette demande sous-régionale.
  Bamba Mafoumgbé,
 Légende photo :  Yacouba Dembelé, (Dg de l’Aderiz) «  Nous avons  demandé  un fonds de garantie, nous n’ avons rien eu… »
 
 Encadré :
 Des risques d’insécurité alimentaire demeurent…
M. Apporture Kouakou, est le   directeur de cabinet du  ministre de la promotion de la riziculture. A la  faveur d’un panel  sur la relance de la riziculture en  Côte d’Ivoire  dispose d’1,5 million d’hectares de terres cultivables, des ressources en eaux abondantes et un environnement macro-économique et institutionnel satisfaisant.   C’est bien  pour mieux  titrer profit de    ces atouts,  qu’  en février 2012, le gouvernement  a  lancé  la Stratégie nationale de développement de la riziculture( Sndr).  Il  a saisi l’occasion pour présenter les acquis  de   Selon lui,  « La production de riz est en hausse en Côte d’Ivoire passant de 984 000 tonnes en 2012 à 1,3millions de riz blanchi en 2018 ».Toutefois dira-t-il. Avant  d’ajouter  que  « malgré ces résultats encourageants, des risques d’insécurité alimentaire demeurent,  au niveau de la consommation du riz,  les modifications  de la qualité du riz, la commercialisation et la stagnation de la production ivoirienne ces 5 dernières années est de nature à accroitre ses risques ». Des défis majeurs restent à relever pour un développement  durable de la filière. Citons  le faible taux de superficie,  la maitrise de l’eau, la maitrise de la variabilité des phénomènes climatiques, le problème des semences  améliorées et autres intrants, faible niveau de mécanisation, l’absence d’un mécanisme de régulation, faible promotion du riz ivoirien.  M. Kouakou  Apporture  ajoutera  que  « des actions d’envergure s’imposent pour asseoir une agriculture moderne, rentable et durable. Mais cela suppose une politique volontariste de la maitrise de l’eau, ainsi que la réhabilitation des infrastructures existantes, une promotion d’un dispositif d’irrigation moderne, accessible financièrement, avec des semences améliorées, résilientes et conformes, développer la mécanisation avec la prestation des professionnels disposant d’u matériel de qualité. C’est pourquoi, un accent particulier sera mis sur la chaine de valeur, les capacités de transformations et d’accès au marché. Cela suppose l’implication d’un secteur privé dynamique résolument engagé vers le développement de la filière riz en Côte d’Ivoire ».  Pour Marc Desenfants, Dg de Solevo et initiateur de la conférence- débat, a pour  sa part  dit : « L’objectif de cette rencontre est de susciter le débat sur les défis à relever dans la filière riz pour aller vers l’autosuffisance en riz, trouver des pistes de valorisation des différents maillons de la chaîne de valeur et construire une croissance pérenne et durable car l’objectif de la Cote d’Ivoire est d’être auto-suffisant en riz ».Belle occasion  également pour  ses collaborateurs   de présenter le projet en cours dans la partie nord  de la Côte d’Ivoire en matière de riziculture.  En effet,  la du   Région du Poro  dispose d’un bassin de 100 000 hectares de cultures rizicoles mais seulement 17 000 structurés. Le projet prend en compte 950 agriculteurs réunis en 40 coopératives en les rendant compétitives et en leur favorisant l’accès à des intrants.  
Bamba M.( In Le Temps du  vendredi 06 décembre 19)
 Légende photo   La Côte d’Ivoire dispose de plus de 1,5  million d’hectares   de terre cultivable