Café 750 FCFA/kg - Cacao 700 FCFA/kg - Noix de cajou : 3770 FCFA/kg - Hévéa : 272,58 FCFA/Kg

jeudi 22 août 2019
sys bannière

Exportations/ 18 ans de mise en œuvre efficace de l’Agoa // Africains et américains en quête de compétitivité

Facebook Twitter Google LINKEDIN
Exportations/ 18 ans  de  mise  en œuvre efficace   de l’Agoa //     Africains et américains en quête de  compétitivité

La loi américaine sur la croissance et l’opportunité en Afrique( Agoa), est née de la volonté déclarée de renforcer la compétitivité des Nations africaines. Le 18e forum sur l’Agoa qui vient de se tenir à Abidjan, appelle à une révision profonde et stratégique. Dossier…
L’Agoa s’est imposée, depuis quelques années, comme le principal instrument commercial de la politique américaine envers le continent africain. Si plusieurs arguments plaident en sa faveur, le dispositif souffre cependant de quelques imperfections à corriger. Dès le départ, l’Agoa promulgué par le Président américain Bill Clinton en 2000, a fait plusieurs paris ambitieux. Se définissant comme un axe majeur de la coopération économique avec le continent africain,il accumule plusieurs objectifs dont l’encouragement du développement économique en Afrique et la promotion du commerce et des investissements dans les deux sens. Grâce à cette loi, plus de 1500 produits africains destinés aux Usa sont exemptés de droits de douane. Dans cette logique, ce régime offre aux pays bénéficiaires d’Afrique subsaharienne, un accès en franchise de droits de douane et sans restriction quantitative au marché américain afin d’améliorer la compétitivité africaine. Cet éventail s’ajoute à 4500 articles déjà compris dans le cadre du Système généralisé de préférences (Sgp) dont bénéficie globalement plus de 129 pays en voie de développement du monde, y compris en Afrique, par le biais d’un droit de douane préférentiel (nulle ou très faible). Du côté des exigences, le produit doit satisfaire à deux règles d’origine : il doit directement être importé depuis un pays bénéficiaire et doit être cultivé, produit ou manufacturé dans un pays bénéficiaire. De même, pour jouir de ce traitement, les nations aspirantes doivent remplir diverses conditions. Il s’agit notamment de la pratique d’une économie de marché, d’un Etat de droit, du pluralisme politique, la lutte contre la corruption, l’élimination des barrières au commerce et à l’investissement des Usa, la protection des droits de l’homme et des travailleurs et l’élimination de certaines pratiques liées au travail des enfants. Au cours des années suivant son établissement, l’Agoa a été amendée, soit pour étendre sa couverture, proroger sa durée d’application, retirer ou introduire de nouveaux Etats. Actuellement, les produits couverts par ce cadre commercial vont des produits textiles aux matières premières en passant par les produits agricoles et les composantes de l’industrie automobiles. Les nations exclues de ces avantages sont la Gambie, le Swaziland, le Soudan, le Soudan du Sud, l’Erythrée, la Rdc, la Centrafrique, le Zimbabwe, la Somalie, la Guinée équatoriale et le Burundi. Prorogée pour 10 ans supplémentaire jusqu’au 30 septembre 2025, l’Agoa bénéficiait en 2016, à 38 pays sur les 49 d'Afrique subsaharienne. Quid de la Côte d’Ivoire ? (Voir encadré 1)

Le bilan à mi- parcours

L’accès préférentiel au marché américain a permis d’une manière incontestable d’accroître le niveau des échanges commerciaux du continent africain avec les Usa. D’après le rapport biannuel sur la mise en œuvre de l’Agoa publié en 2016 que les exportations Agoa vers les Usa qui représentaient 8,2 milliards dollars en 2001, soit plus de 4715 milliards de Fcfa ont atteint un pic historique à 66,3 milliards dollars soit plus de 38122 milliards de Fcfa en 2008. Se concentrant essentiellement sur les produits pétroliers, les exportations vers les Usa ont dévissé à 9,3 milliards dollars soit plus de 5347 milliards de Fcfa en 2015, en raison de la baisse des achats des Usa depuis le continent africain et de la crise économique mondiale de 2009. En ce qui concerne les exportations vers les Etats-Unis sur la même période hors produits pétroliers, ont crû de 1,4 milliard dollars soit plus de 805 milliards de Fcfa à 4,1 milliards de dollars soit plus de 2357 milliards de Fcfa en 2015 du fait la croissance des envois de vêtements, de légumes préparés, de fruits, de noix, de fleurs coupées, de chaussures, d’automobiles et de pièces de voiture. Plus globalement, sur la période 2008-2013, plus de 70% des exportations subsahariennes vers les Usa ont été réalisées dans le cadre de l’Agoa. Outre les bénéfices financiers directs que réalisent les pays africains grâce aux exportations, l’Agoa a également permis d’impulser une croissance de l’industrie textile en Afrique. Malgré ces acquis et retombées indéniables, l’on note de nombreuses limites. L’Agoa en dépit de la formidable opportunité qu’elle offre aux pays, souffre de plusieurs insuffisances. La diversification des expéditions érigée en leitmotiv n’a pas connu d’avancées concrètes. La corbeille des exportations reste dominée par les produits liés à l’énergie et les articles manufacturiers comme les vêtements. Même dans cette dernière catégorie, les pays bénéficiaires sont restés ceux qui avaient déjà une industrie textile, les nouveaux entrants étant rares. De plus, l’importance des investissements directs américains sur le continent reste toute relative. Le continent africain ne bénéficie que de 1% des investissements mondiaux des Usa. Une source proche de la Commission économique de l’Afrique en 2016, « ce sont surtout les entreprises asiatiques qui ont injecté du capital dans l’industrie du textile et de l’habillement en lieu et place des compagnies américaines. Mieux, la nature même de la législation sur l’Agoa pose de nombreuses questions dans la mesure où les pays africains semblent être sous la menace permanente d’une exclusion, ce qui rend instable l’environnement économique pour les entreprises » Aussi, la nature même de la législation sur cette loi américaine sur la croissance et les opportunités en Afrique pose de nombreuses questions dans la mesure où les pays africains semblent être sous la menace permanente d’une exclusion, ce qui rend instable l’environnement économique pour leurs entreprises. Il est à noter que le président américain doit procéder à un examen annuel des dispositions appliquées par les pays d’Afrique subsaharienne dans le cadre du respect des conditions d’admissibilité de l’Agoa. Ainsi, la Maison-Blanche peut radier unilatéralement un pays s’il détermine que celui-ci ne fait pas de « progrès continu » dans certains domaines. Point important, la liste des produits éligibles peut être amendée par le département américain du commerce. Celui-ci peut ainsi réintroduire des droits de douane s’il juge que des importations menacent l’industrie nationale. Le gouvernement américain peut « réintroduire des droits de douane s’ils jugent que des importations » Dans un contexte de mondialisation plus accru et étant donné que dans de nombreux pays africains, le tissue industriel est en construction, peut-on dire que les pays éligibles profitent effectivement de cette ouverture sur le marché américain ? En effet, nombreuses contraintes empêchent les pays africains de réaliser pleinement le potentiel offert par l’Agoa. Il s’agit entre autres, de la faiblesse des infrastructures de production, de la formation de la main d’œuvre, des contraintes financières des entreprises ou encore des défis comme le faible accès à un approvisionnement fiable en électricité. Toutefois, il est à souligner le développement de la filière textile et habillement en Afrique. C’est sans doute la meilleure réussite de l’Agoa grâce aux avantages supplémentaires qu’elle offre aux produits manufacturés. En plus des règles d’origine applicables à tous les produits, la loi ajoute une disposition relative aux tissus de pays tiers. Ceci permet aux pays éligibles de s’approvisionner en tissu, fil ou coton auprès de sources autres que les États-Unis et les pays de l'Afrique subsaharienne pour fabriquer les articles vestimentaires qui continueront de bénéficier d’un accès sans taxes ni quotas au marché africain.

Bamba Mafoumgbé,( In Lginfos du 8 aout 19)

Légende photo : le Forum Agoa 2019 tenu à Abidjan du 04 au 06 aout 2019 a enregistré la signature d’un accord entre les Usa et l’Union africaine(Ua).( voir photo dans yacou, sekou et Kpassou)

 

Encadré 1

 

La Côte d’Ivoire, toujours à la recherche de ses marques

La Côte d’Ivoire, disons- le, n’a véritablement pas encore tiré profits de l’Agoa. La raison fondamentale ; la décennie d’instabilité socio- politique dans laquelle est tombée le pays depuis le 24 décembre 1999. Ce jusqu’ à la fin de la crise militaro- politique qui a éclaté dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 et qui a pris officiellement fin en avril 2011. Une crise qui a coupé le pays en trois puis en deux et qui a porté un sacré coup à son industrie textile dont l’approvisionnement dans l’approvisionnement en fibre de coton se fait à partir du basin cotonnier ivoirien situé dans le nord ivoirien. Le malheur ne venant pas seul, la Côte d'Ivoire a été sortie le 1er janvier 2005, de la liste des 36 État africain éligibles au programme américain sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique, bien connu sous le sigle anglo-saxon Agoa (African growth and opportunity act). Alors que cette éligibilité datait seulement du 16 mai 2002. A l’époque, l'onde de choc a fait le tour du monde. Parce qu'au moment où la Côte d'Ivoire, leader économique de l'espace Uemoa sortait de la précieuse liste pendant que le Burkina Faso y était admis pour bénéficier de l'aide économique et commerciale américaine, selon un communiqué du gouvernement des Etats-Unis d'Amérique pondu au moment des faits. Il s'agissait tout simplement d'une question de gouvernance des priorités et des opportunités mais aussi de la lenteur avec laquelle les autorités ont géré toutes les questions annexes liées au maintien de l'éligibilité du pays à l'Agoa. De retour depuis octobre 2011, la Côte d’Ivoire que gagne véritablement le secteur privé ivoirien ? La Côte d’Ivoire fait partie des 39 pays d’Afrique subsahariens, éligibles à l’Agoa. L’éligibilité d’un pays à l’Agoa se renouvelle d’année en année, selon ses performances en matière de bonne gouvernance, libéralisme économique, respect des droits des travailleurs, etc. Particulièrement pour la Côte d’Ivoire, l'Agoa permet aux entreprises ivoiriennes exportatrices de gagner en compétitivité sur le marché américain, de répondre aux exigences de performance, de bénéficier de partenariat avec d'autres structures américaines, d’obtenir des exonérations de droits de douanes et de quotas pour plus de 6400 produits dont les produits agricoles entre autres. En 2018, donc en plus de 18 ans existence, il est à noter que la Côte d'Ivoire a exporté plus d'un milliard de dollar Us, soit plus de 575 milliards Fcfa de produits sur le marché américain. « Il y a quatre critères pour bénéficier de l'Agoa. Le premier étant que le pays soit de l'Afrique subsaharienne, le deuxième, c'est que le produit à exporter doit faire partie des 6500 produits éligibles dans le cadre de l'Agoa, le troisième est que le produit doit respecter les règles d'origine et enfin le quatrième critère est que le produit doit être exporté directement sur le marché américain », a fait savoir M. Diallo Ka, de l’ambassade des Usa à Abidjan. De l’avis des acteurs privés ivoiriens, la Côte d'Ivoire qui a adopté une stratégie nationale Agoa, ne tire pas grand profit de cette loi américaine en vigueur depuis 2000. « Le secteur privé ivoirien ne tire fondamentalement pas profits de cette loi. L’Agoa c’est plus pour ceux qui sont dans l’industrie textile, or à ce niveau la Côte d’Ivoire ne dispose pas de tissue industriel dans ce sens comme l’Iles Maurice. Nous souhaitons que les américains viennent investir en Côte d’Ivoire » Nous a indiqué Stéphane Eholié, Transitaire et membre de la Confédération générale des entreprisses de Côte d’Ivoire, ( Cgeci). Tout comme lui, M. Essis Esmel Emmanuel, Secrétaire d’Etat auprès du Premier chargé de la Promotion des investissements privés, «Au regard du faible taux de transformation des matières premières, et de l'insuffisance de technologie dans l'industrie, le transport, la santé, l’énergie entre autres, l’Afrique attend beaucoup du secteur privé américain dont l’expertise dans ces secteurs n’est plus à démontrer(…)La contribution est souhaitée, tant en termes d’investissements directs que de transferts de technologie» .Il est donc temps pour la Côte d’Ivoire de relancer son industrie textile quasiment sinistrée non seulement suite à crise militaro- politique mais du fait de la contrefaçon dont les produits ont envahi le marché ivoirien de la consommation. Alassane Ouattara, le Chef de l’Etat ivoirien, dans son discours d’ouverture du 18e forum sur l’Agoa ténu du 04 au 06 aout 2019 à Abidjan, « C’est un temps fort de la coopération entre l’Afrique et les Etats unis d’Amérique. Les travaux desdites assises devraient permettre d’identifier les forces et les faiblesses de l’Agoa. Entre 2008 et 2013, le volume des exportations ont enregistré une croissance de 70%. Malgré tout, des défis majeurs restent à relever dans la diversification des exportations et le faible niveau des investissements américains en Afrique qui est environ moins 1%. En ce qui concerne la stratégie nationale ivoirienne elle repose sur l’appui technique, la promotion des investissements et l’accès aux financements » Bien déployée, la stratégie nationale ivoirienne devrait permettre à la Côte d’Ivoire de passer de 1 milliard de dollar soit plus de 575 milliards de Fcfa à ce jour à 3,5 milliards de dollars soit environ 2013 milliards de Fcfa à l’horizon 2025 avec l’exportation des produits éligibles.

Bamba Mafoumgbé, ( LGINFOS DU 8 AOUT 19)

 

Encadré 2 :

 

Ces pays africains qui tirent grand profits de l’Agoa.

Grâce à l’Agoa, les envois de produits textiles africains ont progressé de manière substantielle. Entre 2000 et 2009, les exportations de textiles et de vêtements dans le cadre de l’Agoa ont bondi de 23%, passant de 748 millions de dollars soit plus de 430,10 milliards de Fcfa à 922 millions de dollars soit plus de 530,15 milliards de Fcfa de plus, après un pic de 1,6 milliard dollars soit plus de 920 milliards de Fcfa en 2004. Les nations bénéficiaires de l’Agoa, comme le Kenya, Maurice, l’Éthiopie et le Lesotho ont pu diversifier leurs exportations grâce à leur industrie textile et de l’habillement. Aujourd'hui, l’Agoa est le moteur de la croissance du sous-secteur de l'industrie du vêtement dans plusieurs pays dont le Lesotho. Dans ce pays, si l'industrie du vêtement est apparue au début des années 80, elle a pris son véritable envol avec l’introduction de l’Agoa. Le pays a ainsi dirigé 66% de ses exportations de textiles et d'habillement vers le marché américain sur la période 2008-2012. D’après les données du gouvernement du Lesotho, alors que le sous-secteur des textiles employait 19 000 travailleurs en 1999, ce chiffre est passé à 45 700 en 2011 à la faveur de l’Agoa. Malgré les nombreux discours volontaristes du gouvernement américain, l’Agoa apparaît aussi comme un moyen de pression commerciale qui permet aux Usa de faire évoluer les accords de franchise en leur faveur et d’exiger les contreparties. Citons les ‘couacs’ intervenus dans les relations entre les Usa et l’Afrique du Sud et les Usa et le Rwanda. « Les disputes des Etats-Unis avec l’Afrique du Sud restent un cas d’école. Ce pays, qui depuis l’an 2000, appliquait des droits anti-dumping additionnels de 100% contre les importations de volaille non désossée en provenance des États-Unis, a dû céder, en janvier 2016, face aux responsables américains. Face à de telles conditions, l’Afrique du Sud qui a grandement tiré parti de l’Agoa en augmentant ses expéditions de vins, d’agrumes ou de produits automobiles, a dû faire volte-face sacrifiant ainsi une partie de son industrie de la volaille »nous rapporte un site en ligne spécialisée dans les informations économiques. Avec le Rwanda, face au refus d’importer des articles vestimentaires d’occasion américains, suite à une décision commune de la Communauté est-africaine qui date de mars 2016, le pays a été menacé par la partie américaine de privation des avantages de l’Agoa relatifs aux vêtements. Pour M. Souleymane Diarrassouba, du Commerce, de l’industrie et de la promotion des Pme, qui a parler aux noms de ses paires africain, le 18e forum qui vient de se tenir a été une belle pour américains et africains, de poursuivre et approfondir la réflexion à fin de tirer le maximum de profits de l’Agoa. Non sans rappeler qu’en 2017, les exportations dans ce cadre ont rapporté aux pays éligibles 39 milliards de dollars soit 22425milliards de Fcfa. Face à ce succès, l’Ambassadeur C.J Mahoney, représentant adjoint au commerce et de l’industrie, affirme que pendant environ 20ans, l’Agoa a joué le rôle de renforcement de l’intégration entre l’Usa et l’Afrique et les Usa s’engagent dans la réalisation de la Zone de libre -échange africaine( Zlecaf). « Il est temps de poser les bases d’un partenariat commercial plus efficace dans une nouvelle vision du commerce entre les deux parties. Nos accords de libres échanges sont de véritables opportunités pour le secteur privé »Gageons simplement que la signature de l’accord de partenariat entre l’Union africaine et les Usa va davantage redynamiser les investissements américains en Afrique.

 

Bamba M.( LGINFOS DU 08 AOUT 19)

Légende photo : L’industrie textile africaine a beaucoup tiré profits de l’Agoa