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samedi 17 janvier 2026
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Côte d’Ivoire - Le Cri des Rythmes, la Danse des Âmes

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Côte d’Ivoire -  Le Cri des Rythmes, la Danse des Âmes

Quand le Zouglou et le Coupé Décalé parlent plus fort que les discours

En Côte d’Ivoire, la musique ne s’écoute pas : elle se vit, elle s’exprime, elle s’assume. Elle est ce que le tam-tam est au village : un écho d’âme, un appel au rassemblement, une cloche de vérité. Et dans cette nation où le verbe est rythme, où le rire est douleur déguisée, deux grandes écoles musicales ont sculpté les mentalités : le Zouglou et le Coupé Décalé.

L’un sort de la terre, l’autre de l’exil. L’un est sagesse populaire, l’autre éclat d’une jeunesse en quête d’oxygène. Tous deux, à leur manière, sont le miroir d’un peuple qui veut se dire, se guérir, et surtout… exister.


Zouglou : Le Tam-Tam de la Vérité

Le Zouglou, c’est la palabre du ghetto, c’est la voix rauque des quartiers oubliés.
C’est l’étudiant de Yopougon, bourse en retard, ventre vide, mais dignité haute.
C’est le philosophe du goudron, qui manie la dérision comme une machette contre l’injustice.

À l’origine, le Zouglou n’était pas un genre musical. C’était une attitude, une réponse au mépris, une école de lucidité.
On n’y dansait pas pour fuir, mais pour penser. On n’y chantait pas pour plaire, mais pour prévenir.

> “On est ensemble mais on n’est pas pareil” – ce refrain devenu adage n’est pas un slogan : c’est un verdict social.


Mais aujourd’hui, où est passée cette parole tranchante comme le kpangor du vieux gbaka ?
Le Zouglou fait la cour aux ambiances, se maquille de romantisme, et oublie parfois ses racines.
Il parle d’amour, mais oublie l’amertume du chômage.
Il célèbre la femme, mais oublie les pleurs de la mère abandonnée.

Alors, que faire ?
Redonner au Zouglou son statut de griot moderne, lui rendre sa verve, son verbe, sa vertu.
Le remettre à l’école de la réalité. Car un pays qui se cherche a besoin d’artistes qui montrent le chemin, pas d’animateurs de foule.


Coupé Décalé : La Révolte en Costume de Lumière

Le Coupé Décalé, c’est le rire du déraciné, l’insolence du mal-compris.
C’est le “travaillement” du DJ au ghetto, la vengeance douce des rejetés du système.
Né à Paris, élevé à Abidjan, il est l’enfant prodige du “faire briller pour oublier”.

Mais le Coupé Décalé, c’est aussi le paradoxe d’un peuple qui veut s’en sortir sans trop se souvenir.
On coupe les codes, on décale les normes. On montre, on exhibe, on « fait malin »… mais souvent sans colonne vertébrale.

La mort de DJ Arafat fut un électrochoc. Le Daïshi avait donné un nom, une fierté, une tribu à des milliers de jeunes. Mais qu’a-t-on fait de cet héritage ?
Des clashs inutiles, des clips sans message, des danses qui tournent sans jamais avancer.

> Le Coupé Décalé a l’énergie de l’éclair. Il lui faut désormais la sagesse de la flamme.


Alors, que faire ?
Réconcilier le coupé et le pensé.
Décaler, oui, mais pour mieux viser.
Briller, oui, mais pour éclairer.
Danser, oui, mais pour élever.

Deux genres, une mission : éveiller la nation

Zouglou et Coupé Décalé sont les deux jambes du même corps :

Le Zouglou pense.

Le Coupé Décalé avance.
Mais sans coordination, on piétine. Sans message, on tourne en rond.


La Côte d’Ivoire ne peut pas être un dancefloor sans mémoire.
Elle doit être une scène où chaque chanson éduque, réveille, construit.
Nous ne sommes pas condamnés à “ambianser” dans l’oubli.
Nous pouvons faire de notre musique une bibliothèque vivante, une université populaire, une arme de transformation.

Appel à tous les bâtisseurs d’âmes

Aux artistes : Soyez griots et non marchands de divertissement. Donnez du sens à vos refrains. Faites danser l’esprit autant que les corps.
Aux producteurs : Misez sur le fond, pas seulement sur le buzz. Osez l’intelligent, le vrai, le profond.
Aux médias : Diffusez le contenu qui élève. Ne soyez pas complices du bruit vide.
À la jeunesse : Ne te contente pas de suivre les beats, cherche le battement du cœur. N’écoute pas pour fuir, écoute pour grandir.


Le rythme ne suffit pas, il faut une direction

La musique ivoirienne est une force. Elle traverse les frontières, fait vibrer les foules, enflamme les scènes.
Mais elle doit maintenant parler à l’Histoire, répondre aux enjeux, servir à quelque chose.

Zouglou, sois la boussole.
Coupé Décalé, sois le moteur.
Et que la Côte d’Ivoire devienne une nation où la musique fait réfléchir autant qu’elle fait danser.

Car au bout de chaque rythme, il y a une responsabilité.
Et si nous voulons que le monde nous écoute autrement,
il faut que nous apprenions à danser avec conscience.

Par Norbert KOBENAN
Observateur du sensible, artisan de sens, héritier des tambours qui parlent vrai.

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