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dimanche 18 janvier 2026
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Les mardis de NK/Les puits, l’eau et l’esprit- Réflexion sur l’éthique, la ruse et la reconnaissance sociale

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Les mardis de NK/Les  puits, l’eau et l’esprit- 	Réflexion sur l’éthique, la ruse et la reconnaissance sociale

Un avocat vend un puits à un enseignant, mais prétend garder l’eau qu’il contient. Réponse cinglante de l’enseignant : « retirez donc votre eau ou commencez à payer le loyer ». Une répartie qui fait basculer le rapport de force, renverse l’arrogance en ridicule, et rend hommage, avec finesse, à l’intelligence de celui que l’on méprise souvent : l’Enseignant.

Cette histoire, bien plus qu’une simple blague, est un miroir. Elle révèle une tension sociétale entre savoir et pouvoir, entre valeur symbolique et reconnaissance réelle, entre ruse juridique et sagesse pédagogique. Car dans la société contemporaine, trop souvent, ceux qui forment sont oubliés, et ceux qui manipulent les règles sont célébrés.


L’eau, le savoir et la mémoire du monde

Dans la tradition africaine, l’eau est la vie. Elle ne peut être capturée sans que l’on possède l’outil qui l’abrite : le puits. Ainsi, en voulant séparer l’eau du puits, l’avocat tente ce que certains esprits tentent dans la vie : s’approprier les fruits sans honorer les racines.

Mais l’enseignant, calme et lucide, réplique avec le langage de la dignité. Il ne s’énerve pas. Il n’élève pas la voix. Il élève le débat. Il rappelle que le savoir peut être humble, mais il n’est jamais impuissant.


L’arrogance du statut contre la sagesse du métier

Sociologiquement, cette scène illustre une réalité amère : dans l’imaginaire collectif, les enseignants forment mais ne brillent pas. Les avocats, eux, défendent, gagnent, brillent… parfois même en tordant le droit. Cette hiérarchisation des métiers n’est pas innocente. Elle façonne nos modèles de réussite.

Pourtant, qui forme l’avocat ? Qui l’instruit à lire, à argumenter, à maîtriser le langage du droit ? C’est l’enseignant.

Mais comme le disait Platon :

> « L’ingratitude est la marque des esprits faibles qui oublient qu’ils ont été des élèves avant d’être des maîtres. »


Une société malade de sa propre injustice symbolique

Psychologiquement, ce récit nous interroge sur la blessure de la reconnaissance. Celle que vivent les enseignants, les soignants, les formateurs, les bâtisseurs de demain : utiles mais peu valorisés. Ils creusent les puits. D’autres viennent y puiser, s’enrichir, parfois même… leur revendre l’eau.

La société ivoirienne — comme tant d’autres — gagnerait à reconstruire une éthique du mérite, de l’humilité et de la mémoire. Sinon, elle risque de produire des élites brillantes… mais ingrates, arrogantes et déracinées.


L’appel à l’humanisme : pour une reconnaissance juste

Ce dialogue entre l’avocat et l’enseignant devrait être enseigné. Non comme une leçon de droit, mais comme une leçon de morale sociale. Dans les écoles, les palais de justice, les salons politiques et les couloirs ministériels.

> L’enseignant n’est pas un figurant du développement, il en est le socle.
Sans enseignants, il n’y a pas de médecins, pas de journalistes, pas de juristes, pas d’ingénieurs.
Il n’y a que des bribes de savoir mal connectées à l’avenir.


Revaloriser ceux qui creusent les puits

Le proverbe dit :

> “N’insulte pas le puits d’où tu bois encore l’eau.”


Cette anecdote est donc une invitation : rendre hommage, à voix haute, à ceux qui nous ont appris à parler, à penser, à comprendre le monde. C’est un plaidoyer pour que la reconnaissance ne soit pas qu’un discours du 5 octobre, mais un principe de justice sociale.

Et c’est enfin un appel aux enseignants eux-mêmes : restez debout. Vos silences enseignent, vos réparties éveillent, et vos combats, même ignorés, nourrissent la lumière des nations.

Par Norbert KOBENAN

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