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mardi 14 avril 2026
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Les Mardis de NK/La désinformation en période électorale- Quand les tambours mentent : appel des sages contre les infox électorales

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Les Mardis de NK/La désinformation en période électorale- Quand les tambours mentent : appel des sages contre les infox électorales

Il fut un temps où, sous l’arbre à palabres, la parole était sacrée. Le doyen du village la pesait, le griot la portait, et le peuple s’en nourrissait. Aujourd’hui, hélas, les mots sont devenus des flèches empoisonnées, lancées depuis les claviers invisibles des réseaux sociaux. Et en cette saison des joutes électorales, ces flèches ne manquent pas leur cible : elles visent la vérité, la fraternité, la paix.

Le grand miroir brisé : la désinformation et ses mille visages

La désinformation est une vieille hyène qui change de pelage à chaque époque. Hier, elle passait par les rumeurs de marché, aujourd’hui, elle circule sur WhatsApp, TikTok et Facebook. Elle se déguise en bulletin d'information, en capture d’écran truquée, en vidéo montée de toute pièce. Elle murmure à l’oreille de l’ignorance, attise les rancunes, pousse les frères à s’entredéchirer pour des mensonges cousus de fil grossier.

Ses visages sont nombreux : fake news, deepfakes, messages de haine, détournements de propos, montages photo, faux comptes de leaders politiques. Elle avance masquée, mais agit comme le vent sec d’harmattan : elle dessèche les cœurs et obscurcit les regards.

Qui sème le doute récolte la division : les acteurs de l’ombre

Qui sont les maîtres de ces marionnettes digitales ?
Certains sont de simples amuseurs devenus pyromanes du buzz. D'autres sont des stratèges tapis dans les quartiers généraux politiques, qui distillent l’intoxication numérique pour manipuler les foules. Il y a aussi les "mercenaires du clic", ces créateurs de contenus engagés non pour la vérité, mais pour les intérêts d’un camp, contre l’intérêt général.

Même des élites lettrées, parfois des journalistes, des intellectuels ou des influenceurs, participent à ces campagnes insidieuses. Certains, par naïveté ; d'autres, par calcul. On les reconnaît aux propos qui divisent, aux affirmations sans source, aux accusations sans preuve. Leur arme ? Le soupçon. Leur cible ? L’esprit critique. Leur stratégie ? Le chaos.

Quand l’éléphant doute du tam-tam : impact sur le citoyen

Face à ce vacarme numérique, le citoyen ivoirien est perdu. Comment distinguer le vrai du faux quand les tambours eux-mêmes mentent ? Il ne sait plus à quel griot se fier. Le doute s’installe, la peur grandit, la colère monte. On se méfie de son voisin, de son frère, de son chef. L’infox, comme un feu de brousse, ne choisit pas sa victime : elle consume tout ce qu’elle touche.

Et dans ce climat trouble, le vivre-ensemble chancelle, la confiance publique s'effondre, et le vote – ce moment sacré où le peuple choisit son destin – devient un théâtre d’illusions. Le mensonge orchestre la comédie, et la démocratie devient mascarade.

Désarmer le mal par la sagesse : que faire ?

Il est urgent d’agir. Il ne s’agit pas seulement de réguler internet ou de sanctionner les dérapages. Il s’agit de réarmer l’esprit et le cœur des citoyens. Voici quelques pistes pour une réponse collective :

- les pouvoirs publics doivent renforcer les mécanismes de vérification, imposer la transparence des plateformes numériques, former les agents électoraux et les médias à la lutte contre les manipulations;

- la classe politique doit signer un pacte de parole saine. Qu’elle se souvienne : on ne bâtit pas une nation avec des calomnies, mais avec des idées;

- les médias doivent reprendre leur rôle sacré de gardiens de la vérité. La presse ne doit pas être le tam-tam du mensonge mais le miroir clair de la société;

- les citoyens doivent développer leur capacité de discernement, apprendre à croiser les sources, à questionner, à douter des titres racoleurs;


- la société civile doit déployer des campagnes d’éducation numérique, surtout dans les écoles, les marchés, les quartiers, les villages.


Le conseil du vieux baobab : revenir aux racines de notre culture

Dans nos sociétés traditionnelles, le conflit ne se gérait pas par le tumulte, mais par la palabre. On faisait asseoir les ennemis sous l’arbre sacré, et on convoquait la mémoire des ancêtres. L’alliance à plaisanterie permettait à deux groupes en tension de rire ensemble, de désamorcer la haine par la moquerie fraternelle. Pourquoi ne pas mobiliser ces trésors culturels dans nos campagnes de sensibilisation ? Que les Malinké et les Sénoufo se rappellent qu’ils sont liés, que les Bété et les Dioula se charrient, mais ne se tuent pas.

Que les griots contemporains – journalistes, artistes, enseignants – apprennent à parler vrai sans attiser la haine. Que la parole redevienne un acte sacré. Comme le dit un proverbe krou : « Quand tu mets du feu sur la termitière, n’oublie pas que tes enfants y puisent leur bois. » La Côte d’Ivoire est notre termitière : fragile, précieuse, commune.

Garder la calebasse de paix intacte

À l’approche des élections, chaque parole, chaque image, chaque geste compte. Soyons des veilleurs, des bâtisseurs de paix. Refusons d’être les instruments aveugles de stratégies obscures. Enseignons à nos enfants que la vérité est une valeur, non une option. Et que la paix, ce n’est pas le silence des armes, mais le bruit de la vérité qui circule.

Que chaque citoyen ivoirien devienne un gardien de la calebasse. Qu’il refuse de la briser pour une bouchée de haine.

Car celui qui casse la calebasse de la paix, boira l’eau amère de la discorde.


Par Norbert KOBENAN

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