L'appel de Séville, une nouvelle ère de justice financière ?
Dix ans après Addis-Abeba, la scène internationale s’apprête à vivre un nouveau tournant historique. Du 30 juin au 3 juillet 2025, la ville andalouse de Séville accueille la 4ᵉ Conférence internationale des Nations unies sur le financement du développement (FfD4). Cette rencontre, attendue par les pays du Sud comme une promesse de rééquilibrage, interroge les fondements mêmes du système financier mondial, dans un contexte où les inégalités se creusent, les dettes s’accumulent, et l’urgence climatique n’épargne plus aucun continent.
Addis-Abeba 2015 : des engagements, mais peu de transformation
La dernière conférence de 2015 à Addis-Abeba avait suscité l’espoir d’un alignement inédit entre finance, développement et équité. Pourtant, l’Agenda d’action d’Addis, bien que visionnaire, est resté pour l’essentiel une œuvre inachevée. Les grandes puissances ont manqué à leur promesse de porter l’aide publique au développement à 0,7 % de leur PIB. Pire, la dette des pays en développement a atteint des niveaux alarmants, tandis que les flux financiers illicites continuent de siphonner leurs ressources internes.
Séville 2025 : une conférence sous tension, mais riche d’opportunités
La FfD4 ne saurait être une répétition diplomatique. Elle s’ouvre dans un monde fragmenté, entre guerre monétaire, tensions géopolitiques et effondrements environnementaux. Pourtant, elle porte en germe les prémices d’une nouvelle gouvernance financière mondiale, fondée sur la justice, la transparence et la souveraineté économique.
Côte d’Ivoire : une voix africaine à valoriser
Pour la Côte d’Ivoire, la FfD4 représente bien plus qu’une conférence. C’est une tribune stratégique pour affirmer une vision, défendre des positions et tisser de nouveaux partenariats. Membre actif de l’UEMOA et puissance économique régionale, le pays a un rôle à jouer dans la refondation des équilibres économiques globaux.
Appel à la sagesse : vers une révolution douce du système monétaire mondial
Si la FfD4 veut éviter le piège des incantations, elle devra réconcilier le langage de la finance avec celui des peuples. Il faut oser une révolution douce du système monétaire mondial, qui replace la dignité humaine, la justice fiscale et la solidarité climatique au cœur des instruments de financement.
S’élever ou s’effondrer ensemble
Le monde ne manque pas d’argent. Il manque de justice dans la manière dont l’argent circule, est orienté, et priorisé. Séville ne doit pas être le théâtre d’un énième consensus mou, mais l’acte fondateur d’un système où le financement sert l’humain, protège la planète, et répare les inégalités héritées de l’histoire.
Par Norbert KOBENAN
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