Lettre de réconfort à un pays inquiet à l’approche des élections_
Le souvenir est encore là, douloureux. Les bruits de bottes, les larmes silencieuses, les familles déchirées par la peur. Alors que s’approchent les élections, l’angoisse renaît dans les cœurs ivoiriens comme une vieille cicatrice mal refermée. Mais à tous les enfants de la Côte d’Ivoire, voici une parole de réconfort, un appel à l’intelligence du cœur et à la sagesse de l’âme.
À vous, citoyens et citoyennes...
Gardez vos cœurs en paix. Ne vous laissez pas entraîner dans les clameurs de la haine, dans les vortex des réseaux sociaux où la calomnie se déguise en vérité. N’empoignez pas les armes du verbe pour semer la discorde. Chaque mot peut être une graine de paix ou une étincelle de feu.
Choisissez la paix. Cultivez-la dans vos foyers, vos mosquées, vos églises, vos rues, vos marchés. Si chacun fait sa part, la Côte d’Ivoire sera ce jardin partagé où il fera bon vivre, au-delà des appartenances politiques, ethniques ou religieuses.
À vous, acteurs politiques, de tous bords…
Faites vos arrangements, tissez vos alliances, désignez vos champions. Mais sachez-le : le peuple veut une seule chose — la paix. Il veut voter, pas fuir. Il veut choisir, pas survivre. Il ne veut plus que ses larmes servent d’encre à vos ambitions.
Un mandat ne vaut pas une vie. Une victoire politique ne justifie pas une blessure nationale. Une campagne ne devrait jamais devenir un champ de ruines.
À vous, chefs religieux, coutumiers, guides spirituels...
Vous êtes les gardiens des âmes. Votre silence peut être complice, votre parole peut être guérison. Ne laissez pas la flamme de la haine consumer l’arbre de la fraternité. Soyez les voix du juste milieu, les sentinelles de la vérité. Enseignez que la grandeur ne réside pas dans la conquête, mais dans la retenue.
À toi, Côte d’Ivoire, ma patrie blessée et toujours debout…
Souviens-toi. Tu as été ce carrefour des peuples, cette terre d’alliance à plaisanterie où le rire désarmait les tensions. Tu as inventé une paix à l’ivoirienne, faite de palabres et de respect, de fraternité réelle. Ce n’est pas un mythe. C’est ton héritage.
Ne brise pas cette calebasse de paix. Car celui qui la casse boira l’eau amère de la discorde.
Oui, il est encore temps.
Temps de choisir la parole qui apaise, le geste qui rassemble.
Temps de refuser d’être instrumentalisé, divisé, enrôlé dans des batailles qui ne t’appartiennent pas.
Temps de se rappeler que “quand le village brûle, on ne cherche pas qui a mis le feu, on cherche de l’eau.”
Alors soyons cette eau.
Le dialogue républicain, celui qui a fait de toi, Côte d’Ivoire, l’initiatrice du Prix UNESCO Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, est ton ADN. Il est ton chemin. Il est ta grandeur.
À l’approche des élections, ne choisis pas la peur. Ne choisis pas la colère. Choisis la Côte d’Ivoire. Choisis la paix.
Par Norbert KOBENAN
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