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samedi 11 avril 2026
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Quand les peuples égorgent la lumière - Plaidoyer pour les nations qui écoutent leurs sages

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Quand les peuples égorgent la lumière - Plaidoyer pour les nations qui écoutent leurs sages

 « Nul n’est prophète chez soi », dit l’Évangile. Mais que dire des peuples qui crucifient leurs prophètes, brûlent leurs bibliothèques, et raillent leurs penseurs — avant de pleurer leur absence dans le brouillard des crises ?

 

Le paradoxe du rejet : entre peur de la vérité et culte du confort

 

Dans bien des sociétés, le savant dérange, le prophète inquiète. Leur voix ne flatte ni le pouvoir, ni la foule. Ils parlent d’éthique, là où règne la démagogie. Ils posent des questions, là où l’on réclame des slogans. Ils appellent à la réforme, là où l’on préfère la routine.

 

Alors on les marginalise. On les exile. Parfois on les tue — symboliquement, socialement, ou physiquement.

 

Socrate a bu la ciguë à Athènes, Jésus a été crucifié à Jérusalem, Cheikh Anta Diop a été ignoré à Dakar, Norbert Zongo abattu à Ouagadougou, Thomas Sankara trahi à Ouagadougou encore, Lumumba livré à ses bourreaux, Kahina éliminée dans le sang des résistances... La liste est longue.

 

Le rejet du savant ou du prophète traduit souvent une peur collective : celle d’avoir à se regarder en face.

 

Là où les nations protègent leurs penseurs

 

D’autres peuples, au contraire, bâtissent des ponts autour de leurs sages. Ils les écoutent, les protègent, les consultent.

 

L’Inde a fait de Gandhi un repère spirituel.

 

Le Japon honore ses maîtres zen et ses ingénieurs comme des trésors nationaux.

 

L’Allemagne, après ses errements, a réhabilité Kant, Goethe et ses philosophes pour reconstruire son âme.

 

Les États-Unis, tout en contradictions, ont su ériger des prix Nobel en figures populaires.

 

La Chine, elle, conserve les archives millénaires de Confucius et mise aujourd’hui sur ses savants en IA comme instruments de souveraineté.

 

Dans ces contextes, la pensée n’est pas un danger. Elle est une source d’autorité douce, de vision, de cap.

 

Les conséquences du rejet : nations sans cap, jeunesses sans repères

 

Une nation qui tue ses prophètes enterre son avenir.

 

Elle laisse l’émotion gouverner au lieu de la raison. Elle nourrit le culte des apparences plutôt que la quête du sens. Elle préfère la flatterie à la lucidité, les likes aux livres, les griots de palais aux voix critiques.

 

Les conséquences sont visibles :

 

Crise d’identité.

 

Anarchie morale.

 

Jeunesse désorientée, vulnérable aux extrêmes.

 

Déconnexion entre institutions et aspirations populaires.

 

Et quand viennent les tempêtes, on cherche désespérément les phares qu’on a éteints.

 

Vers une réconciliation avec nos consciences éclairées

 

Il ne s’agit pas d’idolâtrer les intellectuels ou les penseurs. Tous ne sont pas prophètes.

Mais toute société a besoin de gardiens du sens, de lanceurs d’alerte éthiques, de voix sans peur ni complaisance.

 

Nous devons réhabiliter le débat, protéger la dissidence noble, écouter les sages encore vivants au lieu de graver leurs visages sur des billets post-mortem.

 

Car les nations qui ne savent pas honorer leurs penseurs vivants pleurent souvent leur disparition… dans le chaos de l’ignorance qu’elles ont semé.

 

Appel à la vertu : entre sagesse africaine et devoir universel

 

En Afrique, les anciens disaient :

 

 « Quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »

 

Aujourd’hui, non seulement les bibliothèques brûlent, mais on allume parfois nous-mêmes le feu, en diabolisant les critiques, en étouffant les penseurs, en brisant les porteurs de vision.

 

À l’heure des grands bouleversements — climatiques, numériques, sociaux — l’Afrique a besoin de ses penseurs plus que jamais : pour réinventer son modèle, réconcilier modernité et valeurs, conjuguer progrès et justice.

 

Apprenons à écouter ceux qui nous réveillent.

 

 Un peuple sans penseur est un navire sans boussole.

Un pays sans conscience éclairée devient vite un champ de ruines orné de statues sans voix.

Un continent sans mémoire de ses sages est un continent vulnérable aux imposteurs.

 

Protégeons nos prophètes vivants.

N’attendons pas leur tombe pour nous souvenir de leur pertinence.

Faisons de la pensée critique un bien commun. Et de la sagesse, une stratégie nationale.

 

Norbert KOBENAN

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