La question de la cohérence politique face aux institutions électorales. Dans de nombreux États africains, la saison électorale réveille des contradictions anciennes et douloureuses. Parmi elles, une question obsédante : comment peut-on, d’un côté, contester l’impartialité d’un organe électoral, et de l’autre, y participer en toute connaissance de cause ?
Un paradoxe démocratique devenu coutume
Chaque cycle électoral ramène ce rituel désolant : des partis ou leaders politiques accusent la Commission Électorale Indépendante de partialité ou de mainmise gouvernementale, mais déposent néanmoins leur candidature. Pire encore, certains annoncent par avance qu’ils ne reconnaîtront pas les résultats… s’ils sont défavorables. Ce jeu trouble installe une logique perverse : on dénonce l’arbitre tout en espérant une victoire validée par lui.
Une participation qui confère une légitimité involontaire
En prenant part à un processus décrié, on en cautionne les mécanismes. Cette posture est non seulement confuse, mais elle sabote le sens même de l’engagement politique. Elle entretient le cynisme des citoyens et alimente les tensions préélectorales, où chaque camp se prépare à disqualifier l’autre sur fond d’accusations croisées.
La cohérence, vertu en voie de disparition
La crédibilité des leaders ne se jauge pas à leur popularité instantanée, mais à la solidité de leurs principes. Exiger la réforme d’une institution tout en se précipitant à ses portes pour y figurer relève d’une duplicité préoccupante. Soit l’on considère la CEI comme illégitime et on la boycotte avec constance, soit on accepte le processus tel qu’il est et on s’engage pleinement. L’entre-deux n’est qu’un calcul de circonstances.
Le peuple, victime silencieuse
Ce sont les citoyens – en particulier les jeunes – qui paient le prix fort : affrontements, désillusions, radicalisation. Dans bien des cas, ce sont des enfants de la République qui tombent, manipulés au nom de querelles dont les termes leur échappent. Qui protège le peuple quand les élites s’adonnent à des stratégies à double visage ?
La paix sociale ne se négocie pas
Au-delà des ambitions individuelles, c’est l’avenir du pays qui est en jeu. Construire une démocratie durable impose des choix courageux. Participer à un processus électoral doit être un acte de foi républicaine, pas une ruse tactique pour crier à l’injustice en cas de défaite. L’Afrique n’a plus le luxe de ces postures équivoques.
Une nation ne se construit pas sur l’ambiguïté, mais sur la clarté morale et institutionnelle.
Norbert KOBENAN
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