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mardi 14 avril 2026
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Les Mardis de NK/ À la croisée des peurs- La Côte d’Ivoire face au miroir de son destin

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Les Mardis de NK/ À la croisée des peurs- La Côte d’Ivoire face au miroir de son destin

Une nation sous tension silencieuse

À l’approche de l’élection présidentielle, la Côte d’Ivoire ressemble à une maison tranquille dont les murs cachent pourtant des craquements. Les rues paraissent calmes, mais les cœurs bruissent d’inquiétude. Derrière les sourires du quotidien, les mémoires collectives rappellent les plaies encore vives des scrutins passés. Comme une cicatrice qui refuse de disparaître, les crises électorales demeurent présentes dans chaque geste, chaque parole, chaque silence.

La cartaxis des foules : quand l’émotion devient loi

En psychologie des sociétés, la cartaxis désigne cette montée en tension émotionnelle où la peur, la rumeur et la méfiance prennent le pas sur la raison. Dans ce climat, tout devient étincelle : une phrase mal interprétée, une vidéo tronquée, une image sortie de son contexte.

La désinformation prospère, semant ses graines vénéneuses à travers :

les fake news qui circulent à la vitesse d’un souffle,

les vidéos manipulées qui attisent les haines,

les comptes anonymes qui transforment les réseaux sociaux en champs de bataille.

Dans cette cacophonie, certains influenceurs deviennent des inflammeurs, troquant la vérité contre l’audience, la paix contre la notoriété.

Un vide politique qui fragilise

L’absence ou la marginalisation de figures majeures de l’opposition nourrit une frustration populaire. Pour beaucoup, le jeu politique ressemble à un théâtre où les rôles seraient déjà distribués. Cette impression d’injustice pousse certains à se retirer du processus électoral, transformant l’abstention en un geste de protestation silencieuse. Mais un silence non entendu peut vite devenir un cri.

Le poids des mots, la fragilité des cœurs

Dans une société blessée, chaque parole est une arme ou un remède. Les leaders politiques doivent comprendre qu’une phrase peut incendier un quartier, comme elle peut aussi le réconcilier. Les médias, eux, ne doivent pas jouer les échos de la haine, mais devenir des phares de vérité. Les religieux, les chefs traditionnels, les aînés communautaires doivent reprendre leur rôle : celui de sages qui calment la tempête plutôt que de l’attiser.

Le vrai danger : le lendemain du vote

L’histoire le prouve : le moment le plus périlleux n’est pas le jour du scrutin, mais les heures qui suivent l’annonce des résultats. Quand les vainqueurs exultent et que les vaincus contestent, la rue devient un champ fragile. Préparer les esprits à accepter la vérité des urnes, c’est déjà prévenir l’orage. La paix ne doit pas être une option morale, mais un choix stratégique.

Un héritage à protéger

Un proverbe akan rappelle : « Lorsque le feu s’allume dans la case, ce ne sont pas les voisins qui viennent éteindre les cendres brûlantes. »
La Côte d’Ivoire ne peut se permettre une autre chute. Ni l’ethnie, ni la xénophobie, ni la haine ne doivent redevenir des slogans politiques. Le seul projet capable de sauver la nation reste le vivre-ensemble.

Cinq sentiers pour conjurer l’orage


- Maintenir l'alerte des médias à déjouer la désinformation.

- Organiser des campagnes communautaires enracinées dans nos coutumes (alliances à plaisanteries, palabres de réconciliation).

- Créer une plateforme interreligieuse d’alerte et de médiation.

- Mobiliser la jeunesse en brigades citoyennes de paix plutôt qu’en milices partisanes.

- Sanctionner symboliquement les dérives verbales des acteurs politiques.

L’appel du griot silencieux

Dans le village africain, lorsque les tambours se taisaient et que les anciens se taisaient, tout le monde comprenait que le danger était proche. Aujourd’hui, le griot silencieux, c’est notre conscience collective. Il nous invite à ne pas attendre que la haine embrase le pays pour pleurer ses cendres.

Car si la Côte d’Ivoire tombait, il n’y aurait ni vainqueurs ni perdants, mais seulement des cicatrices, des tombeaux et des silences.

L’heure est venue de choisir : laisser la peur nous diviser ou faire de la vérité et de la paix notre héritage.


Par Norbert KOBENAN

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