Le rideau est levé. Le Conseil constitutionnel a tranché : cinq candidatures validées, et autant de visions pour la Côte d’Ivoire. Au soir du 25 octobre 2025, les urnes diront quel récit a le mieux touché les cœurs et rassuré les esprits. Mais déjà, la campagne s’annonce comme une bataille de récits plus que de slogans, de crédibilité plus que de promesses.
Une offre présidentielle structurée : Ouattara, la carte de la continuité maîtrisée
Le président sortant Alassane Ouattara revient avec une feuille de route bâtie sur six piliers : paix et sécurité, capital humain, infrastructures régionales, agriculture modernisée, industrialisation et gouvernance. Sa promesse ? Transformer les acquis de 2011–2024 en un socle de prospérité partagée.
Son discours est celui de la réassurance, porté par des réalisations tangibles – routes, eau, numérique – et des programmes sociaux comme la CMU ou les filets sociaux. Son public cible : les classes moyennes, les entrepreneurs, les populations rurales connectées aux services de base.
Mais le défi reste clair : contenir l’usure du pouvoir et les interrogations sur la soutenabilité budgétaire à l’approche de la prochaine décennie.
Billon : l’alternance apaisée et business-friendly
Jean-Louis Billon se positionne comme le visage serein du changement. Son programme articule trois axes : réconciliation, climat des affaires attractif, et capital humain. Le pari ? Offrir la même efficacité économique sans la fatigue d’un troisième mandat.
Il s’adresse aux jeunes actifs, au secteur privé, aux classes émergentes fatiguées des tensions politiques. S’il a pour lui la nouveauté, son principal défi reste l’ancrage territorial face à la machine du RHDP.
Simone Gbagbo : réconciliation, souveraineté, transformation
Pour Simone Ehivet Gbagbo, la vraie refondation commence par la réconciliation nationale, « jamais réellement amorcée », selon elle. À cela s’ajoute une volonté de réorienter l’école vers les filières techniques et civiques, et de réaffirmer la souveraineté ivoirienne dans ses alliances et ses choix.
Son électorat naturel : les fidèles du FPI historique, les jeunes en quête de fierté civique et ceux sensibles à un récit de réparation. Reste à savoir si elle pourra élargir sa base au-delà du socle nostalgique.
Don Mello : la rupture souverainiste assumée
Ahoua Don Mello, figure intellectuelle et technique, incarne une offre panafricaniste de rupture. Souveraineté monétaire, autonomie militaire, industrialisation locale : son programme vise à décoloniser l’État postcolonial.
Il parle aux électeurs en rupture, aux souverainistes panafricains, aux jeunes anti-système. Mais son défi est de rassurer sur la faisabilité et la rigueur budgétaire de ses orientations.
Henriette Lagou : la proximité sociale et le dialogue
Henriette Lagou mise sur la proximité sociale : un hôpital par département, des écoles renforcées, des centres de santé jusque dans les villages. Sa promesse : remettre l’humain au cœur de la République, en ciblant les femmes, les familles modestes, et les zones rurales.
Mais sans un ancrage logistique fort ni coalition politique élargie, le risque est grand que sa voix sociale soit couverte par les grandes machines électorales.
Une campagne, des lignes de fracture
_Trois grandes questions devraient structurer les débats du 10 au 23 octobre :_
1. Qui protège le mieux ?
Entre sécurité consolidée (Ouattara) et paix par la réconciliation (Simone, Lagou), la réponse dira beaucoup du besoin de stabilité psychologique des électeurs.
2. Qui crée des emplois concrets ?
Les partisans de la transformation structurelle (Don Mello, Simone) devront convaincre face à ceux misant sur l’investissement privé (Billon) ou la commande publique (Ouattara).
3. Qui redistribue efficacement ?
La bataille des politiques sociales opposera filets sociaux centralisés (Ouattara) à proximité territoriale (Lagou).
Enjeux et lecture stratégique
Alassane Ouattara part avec un avantage clair : la force du bilan, la puissance logistique, et l’image de stabilité. Son principal défi est de réinjecter de la fraîcheur politique dans une mécanique rodée, pour éviter la fatigue électorale.
Jean-Louis Billon peut séduire s’il parvient à quantifier ses propositions et à apparaître comme le changement sans risque. Simone Ehivet Gbagbo détient un récit puissant – mais devra y ajouter une ingénierie économique crédible. Don Mello détient le verbe et la rupture, mais pas encore la crédibilité budgétaire. Quant à Henriette Lagou, son programme est humainement fort – mais politiquement isolé.
Un rendez-vous avec la maturité démocratique
Le 25 octobre ne sera pas seulement un choix entre personnes. Ce sera une réponse collective à cette question : quelle Côte d’Ivoire voulons-nous bâtir après quinze ans de transformation ?
Le scrutin s’annonce comme un test de maturité politique, mais aussi de lisibilité des offres, crédibilité des projets et sincérité des récits.
Par Norbert KOBENAN
.png)

