Il y a des instants dans l’histoire où une nation ne se mesure pas à la vigueur des cris, ni à la ferveur des foules, mais à la sagesse silencieuse de ceux qui refusent la chute. Nous voici à l’approche d’une élection, et déjà les ombres anciennes rôdent : provocation, suspicion, emballement des émotions, marchés de rumeurs. On voit des mains qui attisent au lieu d’éteindre, des langues qui blessent au lieu de bâtir.
La paix ne se perd jamais par surprise : on la perd par négligence.
Un pays ne tombe pas parce qu’un camp gagne ou perd —
il tombe quand le peuple accepte que la haine remplace la raison,
quand la colère devient plus audible que la conscience,
quand l’ambition des uns écrase la dignité des autres.
À ceux qui gouvernent et aspirent à gouverner
Le pouvoir ne vaut rien s’il est payé du sang des innocents.
Celui qui veut conduire un pays doit d’abord savoir s’arrêter devant l’abîme.
Un dirigeant n’impressionne pas par sa force, mais par sa retenue.
À ceux qui voteront ou s’abstiendront
Ne laissez personne voler votre jugement.
Un bulletin n’est pas un caillou pour lapider l’adversaire :
c’est une responsabilité sur le destin collectif.
La maturité d’une nation ne se voit pas dans comment elle choisit,
mais dans comment elle accepte le choix final.
À la jeunesse
Les tempêtes d’autrefois ne vous étaient pas destinées —
ne les adoptez pas comme héritage.
On ne construit pas demain avec les braises d’hier.
Votre rôle n’est pas de prolonger nos fractures,
mais de prouver qu’une génération peut désobéir à la haine.
À la communauté internationale
La Côte d’Ivoire n’est pas qu’un dossier électoral sur une table diplomatique.
C’est une mémoire debout, un cœur qui a appris la patience, une terre qui sait cicatriser.
Accompagnez sans instrumentaliser, conseillez sans manipuler.
Et maintenant, au pays tout entier
La paix n’est pas une couleur politique — c’est une obligation morale.
Elle n’est ni naïveté ni faiblesse :
elle est ce qui reste quand on a compris le prix du chaos.
> Un pays qui a déjà brûlé n’a pas le droit
d’offrir encore du bois à l’incendie.
Que chacun de nous devienne garde du feu et non souffle de braise.
Que nos mains cessent de frapper et recommencent à relever.
Que nos voix cessent d’humilier et recommencent à persuader.
Car un pays se gagne par les urnes — mais il ne se sauve que par la paix.
Norbert KOBENAN
Lettre à ceux qui veulent un avenir encore possible
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