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samedi 17 janvier 2026
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Jacqueville- Consultation populaire sous tension autour de la désignation du futur chef de village d’Akrou

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Jacqueville- Consultation populaire sous tension autour de la désignation du futur chef de village d’Akrou

Le sous-préfet central de Jacqueville, Bakayoko Saguidi était à Akrou, village situé à six kilomètres de Jacqueville, le vendredi 21 novembre 2025. Ce pour présider une consultation populaire particulièrement attendue. Cette démarche, selon nos sources, devait permettre de clarifier le processus de désignation du chef de village, de s'assurer auprès des chefs des 7 familles composant le village de l'approbation de la proposition soumise à l'ad inistration préfectorale pour recueillir l’avis des habitants à la suite de la proposition du le chef de terre, M. Kpoukpou N’Guessan Antoine, par ailleurs chef de village intérimaire.
La rencontre, avait pour objectif de voir confirmé dans ses fonctions le chef intérimaire, N’Guessan Narcisse, comme futur chef de village. Mais la réunion, organisée sur la place publique, a révélé un profond désaccord portant à la fois sur les règles coutumières et sur le choix de la personne à retenir pour la fonction de chef du village d'Akrou.au sein de la communauté.

Une mission administrative déclenchée après une saisine officielle

Il est à rappeler que ce conflit de chefferie qui secoue Akrou, est antérieure au décès survenu en 2024 de l’ancien chef, le Professeur Ignace Yacé, en 2024, a franchi une nouvelle étape. Le 25 septembre 2025, le chef de terre, Kpoukpou N’Guessan Antoine, en accord avec 5 des 7 grandes familles du village d'Akrou, a officiellement saisi le préfet de Jacqueville pour proposer la nomination de N’Guessan Narcisse, chef intérimaire, comme futur chef du village. Cette initiative du chef de terre, représentant de la famille fondatrice du village, est intervenue après une tentative d'installation de TEKRI Akadje Gervais en qualité de chef du village d'Akrou, avec le soutien de 2 des 7 familles du village.
Face à cette situation, après plusieurs rencontres, Madame le préfet du département de Jacqueville, en réponse, a mandaté le sous-préfet central de Jacqueville, Bakayoko Saguidi, pour conduire une consultation populaire afin de s'assurer du respect des us et coutumes du peuple alladian dans le processus de désignation du nouveau chef de village d'Akrou.
Ainsi, pour vérifier la conformité de cette proposition avec les us et coutumes du peuple Alladjan. Vendredi 21 novembre, cette consultation s’est tenue sur la place publique d’Akrou, dans une atmosphère tendue et sous haute surveillance policière.

Un village mobilisé, un terrain quadrillé

Dès la matinée, le ton était donné. Une foule compacte, encadrée par des éléments de la police et de la gendarmerie venus prévenir tout débordement, attendait l’autorité administrative. Dans une atmosphère lourde, le sous-préfet a rappelé l’objectif de sa mission : « Comprendre, dans le respect des us et coutumes, comment se désigne un chef en pays Alladjan et écouter chaque famille », a-t-il déclaré.
L’objectif affiché était clair : entendre les sept familles impliquées dans le processus coutumier de désignation afin d'apprécier la régularité de la proposition soumise par le chef de terre à l'administration préfectorale, au regard des us et coutumes du peuple alladian.

Les sept familles consultées : une majorité favorable à la proposition du chef de terreau chef intérimaire

Akrou compte sept cours familiales - 1 YESSOH NIMBA avec pour chef de famille KPOUKPOU N'GUESSAN ANTOINE ; 2 AMIEN AHUI avec pour chef de famille KEKÉ PIERRE ; 3 AHIVA GBATTA avec pour chef de famille DEGNI LAVRY MATHIEU ; 4 DJOUMONKOU GBATTA avec pour chef de famille N'GUESSAN FRANÇOIS ; 5 TCHAVA GBATTA avec pour chef de famille JACQUES BOGUI ; 6 LEDJOKO GBATTA avec pour chef de famille N'GUESSAN BOUHZI ASERNE ; 7 MAMBE MECE HAMBÉ MINSSÉ avec pour chef de famille YACÉ PATRICK- impliquées dans le processus traditionnel de désignation.
Chacune a été invitée à s’exprimer publiquement sur le rôle des lignages, la procédure coutumière et la légitimité de la proposition du chef de terre. Si toutes ont reconnu que la tradition constitue la base du choix du chef, une large partie d’entre elles a également affirmé que le droit de désignation appartient exclusivement au chef de terre, représentant de la famille fondatrice du village. Cette position majoritaire a été contestée par 2 familles. Ces dernières ont exprimé leur position par la voix de DEGNI LAVRY MATHIEU. Pour ces 2 familles, la désignation du chef appartiendrait à la seule famille TCHAVA, présentée par le portevoix comme la famille régnante d'Akrou. Selon lui, c'est la famille TCHAVA qui choisit le chef de village avant d'informer le chef de terre qui se charge de l'installera la famille régnante Tchava, et non au chef de terre. C’est précisément ce point qui cristallise les tensions actuelles.

Une tension persistante autour du rôle du chef de terre

Si cinq familles ont effectivement soutenu N’Guessan Narcisse, proposé par le chef de terre, la contestation demeure vive, deux autres familles n’ont pas approuvé ce choix. Selon Ce dernier, selon elles, le chef de terre ne devrait intervenir qu’après la désignation faite par la famille TCHAVA interne pour entériner rituellement le choix, non pour l’orienter.
C’est cette divergence d’interprétation qui alimente l’essentiel des tensions, malgré la majorité exprimée lors de la consultation.Par ailleurs, le sous-préfet n'a pas manqué de rappeler que la désignation doit se faire selon les us et coutumes alladian. Cette précision permettra sans doute de trouver la voie à suivre.

Un processus suspendu pour apaiser la situation

Face à la division et afin de préserver la stabilité du village, le sous-préfet a finalement décidé de renvoyer la décision à une prochaine séance, sans date communiquée. Ce report est destiné à permettre au chef de terre d'organiser une nouvelle concertation des chefs des 7 lignages d'Akrou, en vue de rapprocher les positions, et de tenter d'aboutir à un consensus sur le nom à retenir au final. « Je vous exhorte à la paix, à l’union et à la cohésion », a-t-il insisté, conscient de la sensibilité du dossier.

Encadré 1 — Les tensions foncières derrière la chefferie

Depuis l’ouverture du pont Philippe-Grégoire Yacé, la zone de Jacqueville connaît une expansion sans précédent. Akrou, village en bordure de ville, est désormais considéré comme l’un des futurs pôles immobiliers de la région, attisant les convoitises des promoteurs et accélérant la valorisation des terres.
Dans ce contexte, la désignation du chef n’est plus seulement un acte coutumier : elle devient un enjeu économique majeur. Le chef du village détient en effet un rôle central dans la validation ou la contestation des transactions foncières. Or, des litiges anciens subsistent autour de parcelles vendues au cours de la décennie précédente, parfois sans l’autorisation coutumière requise.
Certains acteurs soutiennent que des ventes ont été conclues durant des périodes de vacances où de contestation du pouvoir traditionnel.Ce qui fragilise aujourd’hui leur validité. D’autres accusent, au contraire, certaines familles de vouloir imposer leur candidat pour mieux contrôler les futures opérations foncières.
Dans ce climat de suspicion, l’absence d’un chef reconnu par l’ensemble des parties entretient les incertitudes. Les autorités administratives, conscientes des enjeux, redoutent que le conflit coutumier ne déborde vers une crise foncière ouverte, aux conséquences potentiellement lourdes pour la paix sociale dans la région.
Kouadio K., Correspondance particulière

Encadré 2 — Un conflit de légitimité
Le bras de fer autour de la succession à Akrou met en lumière une triple légitimité qui s’affronte :

• La légitimité coutumière
Selon les traditions du peuple Alladjan, le pouvoir de désigner le chef de village revient au chef de terre, représentant du lignage fondateur du village. Ce dernier consulte les chefs de famille avant de confirmer et d'annoncer son choix à la communauté villageoise.
Pour certains, ce processus ne serait pas applicable à Akrou. Ils affirment que c'est plutôt à la famille Tchava, qu'ils présentent comme le lignage régnant historique, que revient le pouvoir de désigner le chef du village. Depuis plus d’un siècle, c’est elle qui choisit le chef, avant que celui-ci ne soit présenté au chef de terre pour validation rituelle. C'est en se fondant sur cet argument que 2 familles rejettent le choix porté sur la personne de N'GUESSAN NARCISSE et soutiennent C’est dans ce cadre que les Tchava soutiennent la candidature de Tékri Akadjé Gervais.

• La légitimité du chef de terre
La famille Yessoh Nimba, dont est issu le chef de terre, est la famille fondatrice du village d'Akrou. À ce titre, elle détient l’autorité spirituelle et rituelle sur les terres du village.
En pays alladian, c'est le chef de terre qui propose aux familles la personne appelée à être chef de village. C'est ce que les membres de l'association des chefs de terre et de village alladian ont confirmé aux autorités administratives au cours des tentatives de médiation qui ont précédé la consultation populaire.
Mais elle n’a pas, selon la tradition, la prérogative de désigner le chef. La décision unilatérale du chef de terre de proposer N’Guessan Narcisse à la préfecture est donc perçue comme une intrusion dans le domaine réservé des Tchava.
Pour rappel, les 3 derniers chefs du village d'Akrou sont Yacé Ahiva, chef de canton, chef du village d'Akrou, chef spirituel des alladians, Yacé Justin, son fils, et Yacé Ignace, son neveu. Tous 3 sont membres de la famille MAMBE MECE, avec des liens de parenté les unissant aux autres lignages du village. Au cours de la consultation, il a été rappelé que le prédécesseur de Yacé Ahiva dans les fonctions de chef de village était issu de la famille TCHAVA.
À la lumière de cet historique, on peut se poser la question de l'existence d'une famille de chefs à Akrou.

• La légitimité administrative
L’État intervient en dernier ressort, notamment pour garantir l’ordre public. Le sous-préfet se trouve ainsi dans une position délicate : arbitrer sans s’ingérer dans un processus coutumier, apaiser, trancher sans prendre parti sans trancher, et maintenir la cohésion entre les deux familles fondatrices composant le village d'Akrou dont l’équilibre est essentiel à la vie communautaire.

Ce triangle — coutume, autorité de terre, administration — explique la complexité du dossier et rend toute décision particulièrement sensible.
Pour l'avenir, il serait bon de formaliser le processus de désignation des chefs coutumiers, et de faire des sensibilisations pour que nul n'ignore la coutume.
K.K, Correspondance particulière

Encadré 3 — Akrou, un village entre mémoire et promesse
Niché au cœur de la région, Akrou est l’un de ces villages où chaque arbre, chaque sentier et chaque prénom murmuré porte une histoire. Ici, la terre n’est pas seulement un espace à partager : elle est un héritage, un lien vivant entre les anciens et les générations qui montent. Akrou respire au rythme de ses traditions, de ses alliances familiales, de ses palabres sous les arbres à palabre, et d’une solidarité qui ne s’est jamais démentie, même dans les moments de tension.
Entre paysages verdoyants et rivières qui tracent leur route comme des veines d’espoir, Akrou est un lieu où l’on revient toujours. Sa force, ce sont ses femmes, ses jeunes, ses anciens qui gardent la mémoire des terres, veillent sur les rites et défendent l’identité du village. Aujourd’hui encore, Akrou se tient debout, fier, chargé de défis, mais porté par une volonté profonde : préserver son âme tout en construisant un avenir apaisé.
K. K

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