Il parle aux foules, salue les anciens, écoute les doléances. Mais derrière les sourires protocolaires, une autre bataille se joue — silencieuse, intérieure, révélatrice de l’époque.
Ce candidat sait que le contexte a changé. Le pays sort d’une présidentielle, les émotions sont encore vives, les mots plus lourds qu’avant. Chaque phrase prononcée peut apaiser ou raviver.
Chaque posture peut rassembler ou fissurer. La campagne législative n’est plus un simple exercice partisan : elle est devenue un test de responsabilité nationale.
Autour de lui, les discours se durcissent. Certains propos frôlent la menace, d’autres exploitent les frustrations sociales pour exister politiquement. Il entend ces voix qui confondent liberté d’expression et surenchère verbale. Et une question l’habite : faut-il attiser la colère pour gagner un siège, ou contenir la colère pour préserver le pays ?
Dans sa tête, une certitude s’impose : la Côte d’Ivoire n’a pas besoin de nouveaux incendiaires, mais de réparateurs.
Il pense aux blessures encore ouvertes — celles qui ne font plus la une des journaux mais qui vivent dans les silences.
Aux jeunes pour qui la politique est devenue synonyme de confrontation.
Aux citoyens lassés de promesses sans réparation. Il comprend alors qu’un député qui promet sans soigner ne fait que reporter la crise.
Il se rappelle une évidence républicaine : le Président est le Président de tous les Ivoiriens. La République n’est pas un camp. Le Parlement n’est pas une arène. Dans un pays en réparation, l’Assemblée devrait être un lieu de consolidation du vivre-ensemble, pas le prolongement des joutes électorales par d’autres moyens.
La tentation, pourtant, est forte de parler plus haut que les autres. Mais il le sait : on peut gagner une élection par le bruit et perdre la paix par les mots.
Dans sa réflexion intime, la campagne devient un dilemme moral : dire ce que la foule réclame à chaud, ou dire ce que la Nation a besoin d’entendre à froid. Il choisit la seconde voie, plus exigeante, moins spectaculaire.
Il pense à la Côte d’Ivoire comme à une maison encore debout, mais fragile. Dans une maison fissurée, on ne frappe pas les murs pour se faire entendre. On renforce les fondations. On répare. On veille.
S’il est élu, il veut être un député qui mesure ses paroles parce qu’il connaît leur pouvoir. Un élu qui défend la liberté d’expression sans laisser la parole devenir une arme. Un représentant qui comprend que le véritable mandat n’est pas de servir un camp, mais de tenir la Nation ensemble.
L’histoire retiendra peu les cris de campagne.
Elle se souviendra davantage de ceux qui, dans le tumulte, auront choisi la retenue.
Et dans la tête de ce candidat, une promesse se fixe, simple et lourde à la fois :
ne jamais gagner contre la paix,
mais toujours servir le pays.
Par Norbert KOBENAN
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