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vendredi 6 mars 2026
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Gouverner sans rompre- Le pari Mambé II pour une Côte d’Ivoire rassemblée

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Gouverner sans rompre- Le pari Mambé II pour une Côte d’Ivoire rassemblée

La Côte d’Ivoire ouvre l’année 2026 comme on entre dans un nouveau cycle agricole : sans brûler le champ d’hier, mais en choisissant avec soin les semences de demain. En reconduisant Robert Beugré Mambé à la tête du gouvernement, le Président Alassane Ouattara a fait un choix lisible, presque pédagogique : celui de la continuité maîtrisée dans un monde incertain, plutôt que la tentation de la rupture spectaculaire.

Deux semaines après la dissolution du précédent cabinet, le gouvernement Mambé II – fort de 34 membres – apparaît comme une équipe de transition active, pensée non pour surprendre, mais pour durer. Car dans les démocraties africaines contemporaines, l’expérience enseigne une vérité constante : les crises naissent rarement du vote lui-même, mais de la manière dont l’après-élection est gouverné. Ici, le cap est clair : stabiliser, ajuster, accélérer.

Entre racines solides et bourgeons nouveaux

La composition du gouvernement Mambé II ressemble à un baobab entouré de jeunes pousses. Les racines – figures expérimentées de l’appareil d’État – assurent la stabilité, pendant que les branches nouvelles cherchent la lumière de l’innovation. La nomination de Téné Birahima Ouattara comme vice-Premier ministre chargé de la Défense renforce l’ossature sécuritaire de l’exécutif dans un contexte sous-régional encore traversé de vents contraires. Ici, la sécurité n’est pas un slogan, mais une condition de développement.

Les reconductions d’Anne Désirée Ouloto, Amadou Coulibaly, Mamadou Touré, Bruno Koné ou Françoise Remarck traduisent une volonté de préserver la mémoire administrative et la continuité des politiques publiques. Gouverner, c’est aussi éviter de recommencer éternellement ce qui fonctionne déjà.

Mais ce gouvernement n’est pas qu’un héritage ; il est aussi un signal. La promotion de Nialé Kaba au rang de ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, est plus qu’un symbole : c’est une boussole. Elle incarne à la fois la reconnaissance des compétences féminines et la projection d’une diplomatie ivoirienne confiante, posée et respectée. Aux côtés d’autres femmes occupant des portefeuilles stratégiques, cette configuration donne corps à une gouvernance plus inclusive.

L’entrée de profils techniques et plus jeunes – notamment dans le numérique et l’enseignement technique – traduit une lecture lucide du temps présent : on ne gouverne plus avec les outils d’hier un monde en pleine mutation. Le renouvellement générationnel n’est pas ici un slogan, mais une nécessité structurelle.

La méthode Ouattara : rigueur, vitesse et résultats

En maintenant Robert Beugré Mambé à la Primature, le Président Ouattara confirme une méthode de gouvernance fondée sur trois piliers : rigueur, rapidité d’exécution et culture du résultat. La consigne donnée de former rapidement un gouvernement n’était pas un détail protocolaire, mais un message politique fort : l’État ne peut se permettre le luxe de l’immobilisme après les élections.

Le Chef de l’État a rappelé que la stabilité politique n’a de sens que si elle produit des résultats concrets. La rigueur budgétaire, la modernisation de l’administration et le rapprochement de l’action publique des citoyens constituent l’ossature de ce « nouveau contrat social » évoqué dans ses messages à la Nation. En clair : la paix institutionnelle doit désormais se traduire en mieux-être social.

Des défis lourds comme des montagnes

La feuille de route du gouvernement Mambé II est exigeante. La cohésion sociale reste la clé de voûte. Après des années de tensions, la Nation attend non plus des promesses, mais des gestes durables d’apaisement, d’écoute et d’inclusion. Gouverner un pays, ce n’est pas seulement diriger ; c’est rassembler des mémoires parfois blessées autour d’un avenir commun.

Sur le plan économique, la croissance ivoirienne doit changer de visage : moins abstraite, plus inclusive. Le cas de la filière cacao – confrontée à une accumulation inédite de stocks – rappelle que la croissance macroéconomique ne suffit pas si le producteur reste vulnérable. Ici, l’État est attendu comme un pare-feu social, capable d’intervenir vite et juste.

Les infrastructures, l’industrialisation, l’emploi des jeunes et la maîtrise de l’inflation constituent autant de chantiers où l’impatience sociale est réelle. La croissance, si elle ne se ressent pas dans l’assiette, devient une statistique sans âme.

La gouvernance territoriale, la sécurité de proximité, la santé et l’éducation complètent ce tableau. Dans un contexte sécuritaire sous-régional fragile, l’État doit être à la fois protecteur et présent, ferme et rassurant. Une Nation se sent en sécurité quand elle voit l’État, pas seulement quand elle en entend parler.

Transformer la stabilité en progrès

Au fond, le gouvernement Mambé II est confronté à une épreuve classique mais décisive : transformer la stabilité politique en progrès social durable. La continuité choisie n’est pas un confort ; c’est une responsabilité accrue. Comme le dit la sagesse africaine, « ce n’est pas parce que la pirogue est stable qu’il faut cesser de ramer ».

L’appel est donc lancé à tous : gouvernement, citoyens, secteur privé, société civile. La Côte d’Ivoire ne se construira ni dans la division, ni dans l’attente passive. Elle se bâtira dans l’effort partagé, la discipline collective et la culture du résultat.

Si la continuité est le socle, l’audace doit être l’horizon. Et si le cap est tenu, alors le pari du Président Ouattara – celui de la confiance renouvelée – pourrait bien devenir le levier silencieux d’une Côte d’Ivoire plus juste, plus forte et plus unie.
Par Norbert KOBENAN

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