Il est des moments dans l’histoire des peuples où la Nation doit s’arrêter, respirer profondément, et s’écouter elle-même. La Côte d’Ivoire vit aujourd’hui l’un de ces instants charnières. Un nouveau Parlement s’installe, un nouveau Gouvernement prend forme, une opposition s’organise. Les acteurs changent, mais la Nation demeure. Et c’est à elle, plus qu’aux camps, que l’histoire demandera des comptes.
La Côte d’Ivoire est semblable à un grand fromager : ses racines plongent dans une histoire dense, faite de douleurs et de victoires mêlées ; son tronc a résisté aux tempêtes ; ses branches portent des fruits d’espérance. Mais aucun arbre ne survit si ses propres enfants entaillent son écorce au nom de querelles passagères.
Aujourd’hui, le pays attend davantage de ses représentants. Il attend des députés qui comprennent
que l’Assemblée nationale n’est pas une arène, mais un palabre républicain. Chez nous, le palabre n’est pas un bavardage : c’est un art ancien de la parole responsable, où chacun parle pour rapprocher, jamais pour rompre. Le nouveau Parlement doit redevenir ce cercle de sagesse où l’on s’affronte sans se déchirer, où l’on débat sans humilier.
Le nouveau Gouvernement, lui, est attendu comme le forgeron du quotidien. Le forgeron ivoirien travaille le métal avec patience : trop de feu le brise, trop peu le rend inutile. Gouverner, c’est trouver cette juste température : agir avec fermeté sans brûler la cohésion, réformer avec audace sans fracturer le tissu social. La Côte d’Ivoire n’a pas besoin de coups d’éclat, mais de résultats solides, visibles, partagés.
À l’opposition revient une mission tout aussi noble. Dans nos traditions, le tambour qui répond au premier rythme n’est pas un ennemi : il enrichit la musique. Une opposition responsable n’est pas celle qui attise le feu sous la marmite commune, mais celle qui veille à ce que le repas soit juste, équitable et nourrissant pour tous. Critiquer pour corriger, proposer pour améliorer, contrôler pour renforcer : voilà le rôle attendu.
Mais la vérité la plus profonde est ailleurs. Aucune institution, aucun mandat, aucun discours ne sauvera la Nation sans la vigilance du peuple. La Côte d’Ivoire attend plus de ses enfants.
Elle attend des citoyens qui refusent la haine facile, l’incivisme ordinaire, la jalousie sociale.
Elle attend des femmes et des hommes qui comprennent que brûler un bien public, c’est brûler une part de leur avenir ; que salir l’autre, c’est affaiblir la maison commune.
« Quand la case brûle, on ne demande pas de quel clan vient l’eau », dit la sagesse africaine.
Notre case commune, c’est la Côte d’Ivoire. Elle a connu le feu, elle porte encore des cicatrices, mais elle tient debout. À nous de décider si nous voulons la réparer ensemble ou l’exposer à d’autres flammes.
Mon pays est un. Et je suis un avec lui.
Un avec ses espoirs, un avec ses blessures, un avec son avenir.
Puisse la conscience nationale prévaloir sur les réflexes partisans.
Puisse la parole redevenir un outil de construction.
Puisse la politique redevenir un service.
Puisse la paix cesser d’être une incantation pour devenir une discipline collective.
La Côte d’Ivoire peut devenir une grande Nation non pas parce qu’elle est riche,
mais parce qu’elle choisit la cohésion.
Non pas parce qu’elle parle fort, mais parce qu’elle agit juste. C’est ce choix que l’histoire attend de nous.
Aujourd’hui.
Norbert KOBENAN
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