En cette saison spirituelle où le Carême et le Ramadan se rencontrent, l’urgence n’est plus dans l’affirmation des identités mais dans la conversion du regard. Une méditation éditoriale sur la foi intérieure comme fondement de la fraternité ivoirienne.
« Le jeûne a été prescrit afin que vous atteigniez la conscience de Dieu. » (Coran 2:183)
Il y a des saisons où Dieu ne demande pas plus de prières. Il demande un cœur différent. Le Carême pour les chrétiens. Le Ramadan pour les musulmans. Deux itinéraires qui se croisent comme deux fleuves allant vers une même mer : celle de la transformation intérieure.
Notre époque souffre moins d’un manque de religion que d’un manque de profondeur spirituelle. Nous avons appris à habiter les rites sans toujours consentir à la conversion qu’ils exigent. Nous prions mais nous jugeons. Nous jeûnons mais nous excluons. Or toutes les traditions authentiques enseignent que le jeûne n’est pas une performance visible mais une métamorphose invisible.
Le premier lieu du jeûne est le regard. C’est lui qui classe, qui enferme, qui oppose. Jeûner aujourd’hui, c’est renoncer à réduire l’autre à une étiquette religieuse, sociale ou culturelle. Dieu ne cherche pas des croyants visibles mais des cœurs disponibles.
La Côte d’Ivoire porte une grâce particulière : la coexistence religieuse. Mais vivre côte à côte n’est pas encore vivre ensemble. La fraternité spirituelle est l’horizon vers lequel nous devons marcher. Le temps simultané du Carême et du Ramadan est une pédagogie divine adressée à la nation.
Lorsque la religion devient une frontière entre les hommes, elle perd sa nature. La vraie spiritualité produit l’humilité, la miséricorde et la justice. Le croyant authentique se reconnaît à sa capacité à accueillir, à apaiser et à relever.
Le jeûne véritable est une révolution intérieure. Il déplace le centre de gravité de la vie : de l’apparence vers la vérité, de l’identité vers la relation, de la pratique vers la présence. Il nous apprend à faire taire en nous la volonté de juger et le besoin d’avoir raison.
L’Afrique peut offrir au monde une vision de la foi comme espace de rencontre et non de confrontation. Dans nos traditions, l’homme spirituel était celui qui protégeait le faible, réconciliait les adversaires et ouvrait sa maison à l’étranger.
En cette période bénie, l’exhortation est claire : changeons notre manière de voir. Regardons l’autre comme un mystère habité par Dieu. Car chaque fois que nous méprisons un homme, nous profanons une œuvre divine.
Le seul signe crédible de la foi aujourd’hui est la qualité de notre humanité. Si notre jeûne ne nous rend pas plus doux, plus justes et plus fraternels, alors il n’a pas encore atteint son but.
Le temps est venu de dépasser la religion de l’apparence pour entrer dans la spiritualité de la présence. Le temps est venu de comprendre que l’honneur de Dieu ne se défend pas contre les hommes, mais se manifeste dans l’amour des hommes.
À RETENIR
• Le véritable jeûne est celui du regard qui juge.
• La foi authentique produit la fraternité.
• La coexistence doit devenir une communion nationale.
• La paix sociale a une racine spirituelle.
Par Norbert KOBENAN
Les Mardis de Nk/CARÊME – RAMADAN : LE TEMPS EST VENU DE JEÛNER DE NOS CERTITUDES CHRONIQUE – RELIGIONS & SOCIÉTÉ
Publié le 2 mars 2026
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