Salaires des agents des collectivités territoriales - Comprendre pour mieux agir
Publié le 3 mai 2026
Il est des préoccupations légitimes qui méritent non seulement d’être entendues, mais surtout d’être éclairées avec rigueur et pédagogie.
La question du retard de paiement des salaires des agents des collectivités territoriales en Côte d’Ivoire en fait partie.
À travers l’interpellation adressée au Directeur Général du Trésor Public, une attente forte s’exprime : celle de la régularité, de la dignité salariale et de l’équité de traitement. Cette attente est juste. Mais pour qu’elle produise des solutions durables, encore faut-il identifier avec précision les responsabilités dans la chaîne de la dépense publique.
Une règle fondamentale des finances publiques : la séparation des rôles
Dans l’architecture des finances publiques ivoiriennes — comme dans la plupart des États modernes — deux acteurs interviennent dans le paiement d’une dépense publique :
L’Ordonnateur : celui qui décide, engage et liquide la dépense
Le Comptable public (Trésor Public) : celui qui contrôle la régularité et exécute le paiement
Cette séparation n’est pas un détail administratif.
Elle est un principe fondamental de bonne gouvernance, garant de transparence, de traçabilité et de lutte contre les dérives.
Qui est responsable des salaires des collectivités territoriales ?
Contrairement à une idée répandue, le Trésor Public n’est pas l’ordonnateur des salaires des agents des collectivités territoriales.
Ces agents relèvent :
des Maires (communes)
des Présidents de Conseils Régionaux sous la tutelle du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité
Ce sont donc ces autorités locales qui :
établissent les états de salaires donnent l’ordre de paiement transmettent les dossiers au Trésor Public
Quel est alors le rôle du Trésor Public ?
Le Trésor Public de Côte d’Ivoire intervient en aval, avec des missions précises :
Contrôler la régularité des pièces transmises
S’assurer de la disponibilité des fonds
Exécuter le paiement dans le respect des procédures
Autrement dit :
Le Trésor ne peut payer que ce qui a été correctement ordonnancé.
Sans ordre de paiement conforme ou sans ressources disponibles au niveau de la collectivité, le paiement ne peut être déclenché, même avec la meilleure volonté.
D’où viennent alors les retards ?
Les retards peuvent provenir de plusieurs facteurs en amont :
Insuffisance ou irrégularité des ressources des collectivités
Retard dans l’établissement ou la transmission des états de salaires
Contraintes de trésorerie propres à certaines collectivités
Dysfonctionnements administratifs locaux
Ce sont donc des enjeux de gestion locale, et non une défaillance directe du Trésor Public.
Une exigence collective : responsabilité et coordination
La situation décrite appelle non pas à la désignation hâtive d’un responsable, mais à une meilleure compréhension du circuit financier et à une coordination renforcée entre acteurs :
Les collectivités territoriales doivent renforcer la planification et la sécurisation de leurs ressources
Les services techniques doivent améliorer la célérité dans la préparation des dossiers
Le Trésor Public doit continuer à garantir rigueur, transparence et efficacité dans l’exécution
Conclusion : rétablir la vérité pour mieux servir
Interpeller est un droit.
Comprendre est une nécessité.
Agir efficacement suppose de faire les deux.
Le Directeur Général du Trésor Public incarne une institution dont la mission est claire :
assurer la sécurité, la régularité et la transparence des finances publiques, et non se substituer aux ordonnateurs.
Ainsi, la résolution durable de cette situation passe par un dialogue constructif avec les véritables centres de décision que sont les autorités des collectivités territoriales.
Car en matière de finances publiques, une vérité demeure :
La bonne gouvernance commence par la juste compréhension des responsabilités.
Par Norbert KOBENAN
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