Carburant - Comment la persistance de la crise au Moyen-Orient à saper les efforts du gouvernement
Publié le 4 mai 2026
Après deux mois de résistance et plus de 100 milliards de FCFA d’effort budgétaire, l’Etat ivoirien relève ses prix à la pompe. Une décision dictée par l’envolée du baril, conséquence directe du conflit au Moyen-Orient.
Un choc pétrolier mondial
Une première depuis octobre 2023. La Côte d’Ivoire a décidé de procéder ce mois de mai 2025 à une augmentation de ses prix à la pompe. La crise au Moyen-Orient a fini par annihiler les efforts du gouvernement ivoirien qui a dû ajuster les prix des carburants. Une décision inévitable consécutive aux tensions persistantes dans cette partie du monde.
Tout commence à la fin du mois de février. Le baril de pétrole, qui s’échangeait autour de 70 dollars, s’envole pour franchir le seuil des 120 dollars le 24 avril, soit une progression de plus de 70 % en moins de deux mois. En cause : l’escalade militaire au Moyen-Orient, qui alimente les craintes d’une perturbation durable des approvisionnements mondiaux.
Comme la quasi-totalité des pays, la Côte d’Ivoire se retrouve exposée de plein fouet à cette flambée. Les cours sur les marchés pétroliers internationaux s’envolent de même que les coûts du fret maritime, creusant mécaniquement l’écart entre le prix réel des produits pétroliers et le tarif administré maintenu à la pompe.
Ce que les populations auraient payé sans les efforts du gouvernement
Face à cette situation, le gouvernement a choisi, dans un premier temps, d’absorber le choc. Pendant les mois de mars et d’avril 2025, l’Etat a maintenu les prix à la pompe inchangés, espérant une détente rapide sur les marchés pétroliers. Un pari qui n’a pas payé. Puisque pour le mois de mai, des changements notables sont enregistrés, en atteste le communiqué de la Direction Générale des Hydrocarbures, en date du 30 avril 2026. Le prix du litre du super sans plomb est passé de 820 FCFA à 875 FCFA (+55 FCFA) ; celui du gasoil de 675 FCFA à 700 FCFA (+25 FCFA) quand le litre du pétrole lampant s’achète désormais à 745 FCFA contre 705 FCFA (+40 FCFA).
Le coût de cette politique de bouclier s’avère considérable : sur la période mars-mai, l’effort de soutien aux prix avoisine plus de la centaine de milliards de FCFA. De source proche de la Direction Générale des Hydrocarbures, sans l’intervention de l’Etat, les populations ivoiriennes auraient payé le Super à plus de 1 200 FCFA le litre, le pétrole lampant à plus de 1000 FCFA le litre et le Gasoil au-delà de 900 FCFA. Par ailleurs, depuis mars, l’Etat ne perçoit plus de droits de douane sur le gasoil (0 F) afin de maintenir son prix à des niveaux accessibles.
Quant au gaz butane, grâce au soutien de l’Etat, les prix des bouteilles sont demeurés inchangés. Ainsi la B6, communément appelée Faitou qui s’achète toujours à 2000 FCFA aurait coûté 5000 FCFA et la B12, maintenue également à 5200 FCFA, serait de 10.000 FCFA.
Au-delà du bouclier tarifaire sur les carburants à la pompe, l’Etat maintient plusieurs mesures de soutien qui passent souvent inaperçues. Il s’agit entre autres de la prise en charge des frais de transport sur l’ensemble du territoire national : sans cela, les prix augmenteraient à mesure que l’on s’éloigne d’Abidjan. L’Etat continue donc d’amortir une partie du choc pour les ménages et les entreprises.
Faut-il le souligner, même ajustés à la hausse, les prix restent inférieurs aux niveaux que dicterait la seule logique du marché. Ces tarifs sont encore en dessous de ce que la réalité internationale impose.
Cette révision marque ainsi la fin d’un cycle : depuis octobre 2023 où les prix n’avaient pas connu d’augmentation, ils avaient enregistré trois baisses successives — en avril, septembre et novembre 2025 — portées par une période de relative accalmie sur les marchés mondiaux. Le retour à la hausse illustre la vulnérabilité d’une économie face aux soubresauts de la géopolitique internationale.
Positionnement régional et comparaisons internationales
La situation ivoirienne prend tout son sens lorsqu’on la compare à des économies comme celles du Ghana et du Sénégal qui affichent des ordres de grandeur similaires au niveau des prix. Le Sénégal est même plus cher au niveau du Super, tout comme le Ghana au niveau du Gasoil. En outre le prix ne dépend pas du niveau de production. Ce qui se passe à l’international peut nous édifier à plus d’un titre. Deux exemples illustrent parfaitement ce principe :
Au Nigéria (1er producteur africain avec 1,5 million de barils/jour), le Super est passé de 347 FCFA le litre en février à 559 Fcfa depuis le 1er mai. Le gasoil s’établit désormais à 835 FCFA le litre (2 050 naira). Aux Etats-Unis (1er producteur mondial depuis une décennie avec 14 millions de barils/jour), le Super et le gasoil sont vendus en moyenne à 769 FCFA et 927 FCFA respectivement. La Californie a atteint environ 2 000 FCFA le litre en mars. Ces deux exemples démontrent que le prix à la pompe ne dépend pas du niveau de production d’un pays, mais des cours du baril, eux-mêmes fortement liés à la loi de l’offre et de la demande, sous forte influence de la conjoncture et du contexte géopolitique international.
La Côte d’Ivoire : un producteur en croissance, mais encore modeste
La Côte d’Ivoire demeure un producteur modeste (65 000 barils/jour au maximum actuellement), malgré des ambitions réalistes de porter cette production à 200 000 barils/jour à l’horizon 2030, puis à 500 000 barils/jour en 2035. La part de production actuelle de l’Etat (Etat + Petroci) ne permet donc pas de tirer suffisamment de revenus pour absorber durablement ce type de choc exogène.
A court terme, les regards sont tournés vers l’évolution du conflit au Moyen-Orient et la réaction des marchés pétroliers. Une désescalade permettrait d’envisager un retour à des niveaux plus soutenables. Dans le cas contraire, de nouvelles révisions ne seraient pas à exclure. Car la fixation des prix du carburant en Côte d’Ivoire, tout comme dans le reste du monde, dépend des cours du marché mondial.
Bamba M.
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