La récente officialisation par la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), sous la plume de son Président Yacine Idriss Diallo, de la désignation de Monsieur Hervé Jean-Marie Roger Renard à la tête des Éléphants, remet au premier plan un débat fondamental qui dépasse le simple cadre du rectangle vert : celui de l'employabilité et de la promotion des compétences nationales. Alors que les services du Ministère de l'Emploi œuvrent inlassablement à promouvoir et à défendre le principe de l'ivoirisation des postes de responsabilité au sein des entreprises et des organisations en Côte d'Ivoire, le choix de la FIF de s'en remettre à l'expertise étrangère sans se soumettre aux règles en vigueur interpelle et met en lumière une infraction caractérisée aux dispositions légales du pays.
En droit du travail ivoirien et dans l'esprit des politiques publiques de l'emploi, l'ivoirisation des postes vise à garantir la préférence nationale, favorisant l'accès des cadres locaux aux plus hautes fonctions lorsqu'ils disposent des qualifications requises. L'encadrement juridique de l'emploi des non-nationaux repose sur des textes réglementaires précis qui s'imposent à l'ensemble des entités exerçant sur le territoire national, sans exception aucune.
Les dispositions clés de la réglementation en la matière sont formelles :
Le Décret n° 96-287 du 3 avril 1996 :
Relatif à l'instauration et à la régulation du visa de contrat de travail pour les travailleurs étrangers, posant les bases de la protection de l'emploi national.
L'Arrêté Interministériel n° 1437 du 19 février 2004 (portant modification de l'arrêté antérieur n° 4810) :
C'est le texte cardinal qui renforce l'obligation d'un plan d'ivoirisation.
L'obligation du Plan d'Ivoirisation : L'Article 3 de l'Arrêté n° 1437
stipule de manière non équivoque que « toute demande de visa de contrat au profit d'un travailleur non ivoirien doit être accompagnée d'un plan d'ivoirisation du poste, approuvé par le ministre en charge de l'emploi ».
Le texte précise que la demande de visa est strictement irrecevable si elle n'est pas assortie de ce plan, dont la durée maximale est fixée à deux ans.
Aussi, avant de pouvoir solliciter l'engagement d'un profil non national, l'employeur est tenu de prouver que le poste a fait l'objet de recherches ou de publications auprès des organismes de placement nationaux (tels que l'AGEPE) afin de s'assurer qu'aucun cadre local ne dispose des compétences requises.
Lequel plan d'ivoirisation a pour finalité d'organiser, sur une période déterminée, la formation et le transfert de compétences au profit d'un cadre national destiné à remplacer à terme le travailleur étranger.
Pourtant, dans le domaine hautement stratégique du sport de haut niveau, la FIF semble s'être totalement affranchie de ces obligations cardinales. Face à cette nomination, les constats sont amers et sans appel :
le Ministère de l'Emploi a-t-il été saisi ? Je ne pense pas.
Aucune démarche réglementaire préalable n'a été accomplie auprès des autorités compétentes pour valider un quelconque plan d'ivoirisation.
Y a-t-il eu une publication officielle du poste pour garantir la transparence et l'employabilité locale ? Sauf erreur de ma part je n'en ai pas connaissance. Le poste n'a fait l'objet d'aucun appel à candidatures public auprès des organismes nationaux de placement pour donner leur chance aux techniciens ivoiriens.
En agissant ainsi, la Fédération donne le fâcheux sentiment que le sport-roi en Côte d'Ivoire serait une zone de non-droit soustraite aux lois de la République. Cette loi est faite pour tout le monde et elle doit être respectée par tous, qu'il s'agisse d'une entreprise industrielle ou d'une association sportive délégataire d'une mission de service public.
Le vivier national méprisé et la leçon de la construction par la durée
Pourtant, notre pays regorge de nombreux talents ivoiriens dotés de diplômes de haut niveau et d'une expertise technique incontestable, trop souvent relégués au second plan.
À l'international, l'exemple de grandes nations sportives démontre que la performance durable repose sur la stabilité et la confiance accordée aux compétences nationales.
La France vient de rappeler au monde entier, à travers l'exemple de Didier Deschamps qui a passé quatorze années à la tête de la sélection , que rien de grand ne s'obtient sans la construction sur le long terme. Dans la même lignée, les techniciens qui ont successivement dirigé l'équipe nationale française ont tous été de grands joueurs nationaux, de Laurent Blanc à Didier Deschamps, et aujourd'hui Zinedine Zidane.
Être Président de la FIF est un privilège insigne, mais les dirigeants doivent garder à l'esprit que leurs choix impactent directement trente millions de citoyens.
Au-delà des symboles, une interrogation demeure : qui peut objectivement nous citer le palmarès de joueur d'Hervé Renard ?
Aujourd'hui, force est de constater que le football local ou national n'intéresse plus comme avant.
Ne faisons pas en sorte que les Ivoiriens ressentent un désamour profond pour leur propre équipe nationale.
Cet avertissement n'est dicté par aucune posture partisane nous ne sommes pro-personne, nous sommes résolument pro-Côte d'Ivoire.
Non, ce choix n'est pas acceptable.
Vos décisions impactent toute une nation.
Nul n'est au-dessus de la loi
L'Ivoirisation des compétences ne doit pas être un vain mot réservé aux seuls secteurs administratifs ou industriels ; elle doit irriguer l'ensemble des institutions nationales.
Si la procédure actuelle a court-circuité les règles fondamentales régissant l'emploi des non-nationaux, la conclusion s'impose d'elle-même :
le processus doit être entièrement repris.
Nul n'est au-dessus de la loi en Côte d'Ivoire.
En l'absence de respect des textes sur l'employabilité et d'un plan d'ivoirisation assorti d'objectifs de transmission de savoir-faire, le football ivoirien s'enferme dans un cycle perpétuel de dépendance extérieure, bafouant la dignité et la compétence avérée des cadres sportifs nationaux.
Une contribution d’ El Hadj HAROUNA KOLOGO
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