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vendredi 17 avril 2026
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Le mardi 31 mars 2026, au Centre d’Innovation et de Technologie de l’Anacarde (Cita) à Yamoussoukro, s'est ouvert la première journée de l'atelier « Future Search Anacarde Côte d'Ivoire », organisé par le Conseil Coton Anacarde Karité, en partenariat avec le CBI (Centre néerlandais de promotion des Importations à partir des pays en développement). Réunissant une soixantaine d’acteurs et partenaires de la filière, cette rencontre s'inscrit dans un contexte d’engagement du Conseil à consolider et accroître les performances remarquables de la filière, notamment sur ces dix dernières années. Avec une production estimée à 1 549 221 tonnes en 2025, la Côte d'Ivoire demeure le premier producteur et exportateurs mondial de noix de cajou, mais plus significatif, elle se positionne depuis 2025 comme le 3ème transformateur mondial de noix brutes et 2ème exportateur d’amandes de cajou transformées) Dans son intervention, Arthur Kibbelaar, Chef de mission adjoint de l'Ambassade du Royaume des Pays-Bas, a tenu à marquer l'importance de cette rencontre, qu'il qualifie « d’étape importante pour l'avenir de la filière anacarde en Côte d'Ivoire, mais aussi pour les relations commerciales et économiques entre nos deux pays ». Il a rappelé les initiatives récentes, notamment le lancement de la plateforme Orange Cashew Connect, destinée à renforcer les synergies entre les acteurs. Insistant sur l'ambition du partenariat, il a souligné que ce Future Search vise à « réunir tous les acteurs essentiels afin de définir ensemble les priorités, les défis, les risques et surtout les solutions » pour une progression structurelle de la filière. Il a également réaffirmé l'engagement des Pays-Bas, premier hub européen du commerce des amandes de cajou, à accompagner la transformation locale, précisant que « nos importateurs souhaitent renforcer leurs partenariats, mieux comprendre les réalités locales et soutenir la montée en puissance de la transformation ivoirienne ». Ouvrant officiellement les travaux au nom du Directeur Général Mamadou Berté, Simplice Gué (Directeur du Système d’Information des Études et de la Prospective) et co-initiateur de cet atelier Future Search avec le CIB, a salué « le caractère innovant des interventions du CBI et sa volonté constante de concertation ». Il a mis en lumière les avancées significatives de la filière, notamment l'essor de la transformation locale, passée de 6 % à 43 % en une décennie, soit plus de 656 000 tonnes traitées. Revenant sur la dynamique engagée, il a rappelé l'impact du programme RSE conduit avec l’appui d’experts mis à disposition parle CBI, qui a permis d'outiller les unités industrielles et de renforcer leur conformité aux normes et référentiels internationaux, notamment ISO 26 000 et le SMETA Se basant sur la phase 2 du programme RSE actuellement en cours après quatre années d’appui de CBI, il a tenu à rassurer les Partenaires « Avec le Conseil Coton Anacarde Karité, vous pouvez être assurés qu'il y aura une appropriation par les acteurs et une suite à vos interventions », , tout en exhortant les participants à des échanges « assidus, conviviaux et constructifs ». Au-delà des allocutions, cette première journée a été consacrée au lancement effectif des travaux d'intelligence collective, conduits selon la méthodologie Future Search et facilités par le cabinet Perspectivity. Répartis en petits groupes de travail de 8 personnes représentants les maillons de la chaîne de valeur, les participants ont entamé une réflexion structurée autour d'un regard sur le passé de la filière, les faits marquants et étapes significatives, avant d'établir un portrait collectif du présent, intégrant tendances, fiertés et défis. Ces échanges, menés dans un cadre participatif, visent à nourrir une vision partagée et à faire émerger des pistes d'actions concrètes pour l'avenir. Placée sous le thème de l'accroissement durable de la valeur ajoutée, cette rencontre stratégique jette ainsi les bases d'une vision commune et d'une feuille de route concertée, au service d'une filière anacarde ivoirienne plus résiliente, compétitive et créatrice de richesse. Elysée Koffi
Le lundi 30 mars 2026, M. Sidi Tiemoko Touré , ministre des Ressources animales et halieutiques, accompagné du Dr. Essam Yassin Mohammed, Directeur Général de WorldFish et Directeur principal des systèmes alimentaires aquatiques au CGIAR, a effectué une visite de courtoisie à Son Excellence M. Patrick Jérôme Achi, Président de l’Assemblée Nationale. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du projet d’accord de siège de l’organisation WorldFish à Abidjan, visant à obtenir le soutien institutionnel de l’État. L’installation de cette institution en Côte d’Ivoire contribuera à renforcer les actions du ministère des ressources animales et halieutiques en faveur de la promotion de l’économie bleue et du développement de l'aquaculture durable en Côte d'Ivoire par le soutien à la structuration du secteur aquacole, l’amélioration de systèmes aquacoles intégrés et à la diffusion de souches aquacoles performantes. WorldFish est un centre de recherche de rang mondial, membre du CGIAR, intervenant dans plus de 20 pays en Afrique, en Asie et dans le Pacifique. L’organisation mobilise chaque année des financements internationaux importants (plusieurs dizaines de millions de dollars US) provenant de partenaires tels que la Banque mondiale, la BAD, l’Union européenne et diverses agences de coopération. B. Mafoumgbé (Source : page officielle ministère ressources animales et halieutiques)
Au lendemain de la signature d’un accord de coopération stratégique avec Alger, le ministre ivoirien des Mines, du pétrole et de l’énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a choisi un déplacement bien plus que symbolique. Direction Boumerdès, à une heure de la capitale algérienne, pour une immersion à l’Institut Algérien du Pétrole (IAP). Un détour qui a du sens : ici se joue, depuis six décennies, la formation du capital humain qui a permis à l’Algérie de bâtir une industrie énergétique intégrée et souveraine. Dans cette troisième séquence de sa visite, le ministre est venu s’imprégner des fondements du succès d’un établissement dont la réputation en Afrique et bien au-delà, continue de se forger. Le pari ivoirien : former avant de produire massivement La visite intervient à un moment charnière pour la Côte d’Ivoire. Avec la montée en puissance attendue de ses ressources, notamment gazières et pétrolières, le pays s’apprête à changer d’échelle. Mais pour le ministre ivoirien, l’équation est simple : sans compétences locales, pas de transformation durable. « C’est une vision que porte au plus haut niveau le président Alassane Ouattara qui insiste sur l’impérieuse nécessité de développer une filière extractive intégrée, qui génère de la richesse localement au-delà la seule activité d’extraction. Et ce pari, la Côte d’Ivoire doit le gagner », a indiqué Mamadou Sangafowa-Coulibaly. À Boumerdès, le message a été tout aussi sans équivoque. « Au terme de cette visite, on comprend mieux comment ce pays a pu atteindre des résultats aussi encourageants. Et surtout, comment ils ont pu maintenir ce niveau d’excellence », s’est montré admiratif Mamadou Sangafowa-Coulibaly. Avant d’insister sur un point clé : la fierté de voir émerger, sur le continent, des institutions capables de porter une expertise de rang mondial au point d’impacter la structure de toute une économie. Pour Abidjan, l’enjeu est désormais d’accélérer. Le pays veut éviter le piège classique des économies extractives : produire sans maîtriser. Et pour cela, il faut anticiper une demande massive en ingénieurs, techniciens et experts, alors même que la production nationale est appelée à quadrupler dans les 3 prochaines années. L’IAP, une machine à produire de la souveraineté énergétique Créé en 1965, deux ans après Sonatrach, l’IAP n’est pas un simple institut de formation. Il est l’un des piliers silencieux de la souveraineté énergétique algérienne. Pensé dès l’origine pour accompagner une stratégie nationale, il a permis de former en amont les compétences qui prendront le relais lors de la nationalisation des actifs de 1971. Aujourd’hui, l’institution fonctionne comme ce qu’on peut qualifier de véritable “fabrique industrielle de compétences” qui a porté le développement de la holding Sonatrach avec ses 149 filiales et plus de 66 000 employés. Avec ses quatre sites, sa trentaine de laboratoires, ses simulateurs de pointe et ses programmes calibrés sur les besoins opérationnels, elle couvre toute la chaîne de valeur du secteur pétro gazier : de l’amont à l’aval, en passant même par la fabrication d’équipements et la pétrochimie, jusqu’à l’exportation de produits gaziers finis sur le marché international. Un marché à l’export qui valait 42 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2024, soit environ 24 000 milliards FCFA. La singularité de l’institut aussi à son modèle pédagogique : un lien étroit entre académique et industrie. « 75 % de nos formateurs sont des experts-métiers de Sonatrach, y compris des retraités. Cela permet de capitaliser sur des décennies d’expérience », a expliqué son directeur, Dr Mohamed Khodja. Résultat : une masse critique de compétences, ingénieurs, techniciens, employés, capables d’occuper l’ensemble des fonctions du secteur. « Tous les postes dans le groupe Sonatrach sont aujourd’hui occupés par des Algériens », insiste-t-il, rappelant la finalité stratégique du dispositif. Vers un modèle ivoirien inspiré de Sonatrach–IAP Face à cette architecture, Abidjan affine sa propre stratégie. Le ministre ivoirien assume désormais l’ambition : reproduire, à terme, un modèle intégré associant compagnie nationale et institut de formation. Notre pays, la Côte d’Ivoire est déjà en partenariat avec cette école. Et la visite nous fait renforcer l'idée de continuer cette collaboration et bien sûr, l'élargir. Parce que notre pays, dont l’industrie pétrolière en est pleine émergence, est venu à la bonne place pour tirer davantage de l'expérience de ce pays frère d'Algérie. Dans cette perspective, l’idée d’une “corporate university”, à l’image de du lien Sonatrach-IAP, adossée à Petroci pourrait prendre corps. Une orientation partagée par les géants publics de l’industrie pétrolière ivoirienne. Les dirigeants de Petroci et de la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), Fatou Sanogo et Tiotioho Soro ont fait part dès à présent de leur volonté de solliciter le savoir-faire de l’IAP pour renforcer leurs dispositifs internes de renforcement de capacité, à tous les échelons, pour accompagner leur montée en puissance. Une coopération à double sens Si l’Algérie apparaît comme un acteur majeur sur le plan de la formation et de l’intégration industrielle, la relation ne se limite pas à un transfert unilatéral de savoir-faire. Des complémentarités émergent. La Côte d’Ivoire dispose, par exemple, d’une expérience reconnue dans l’offshore, un segment que l’Algérie cherche à développer, ses actifs étant dans l’onshore. Autre illustration : le raffinage. La SIR, seul raffineur africain équipé d’un hydrocraqueur, suscite l’intérêt de la partie algérienne, qui envisage d’investir dans ce type d’équipements. Autant de passerelles qui dessinent une coopération plus équilibrée qu’il n’y paraît. Bamba Mafoumgbé
L’ambassadeur Aly Touré, Porte-parole des pays producteurs de l’Organisation internationale du cacao (Icco) et Michel Arrion, Directeur exécutif de cette organisation étaient face à la presse ce mardi 31 Mars 2026, à Abidjan. Une rencontre qui a portée sur baisse des cours mondiaux du cacao. Face à la déprime des cours qui n’est pas sans conséquences négatives sur les petites productions, le collège des producteurs, représentant près de 95 % de la production mondiale au sein de l’Organisation internationale du cacao, se réunira les 8 et 9 avril 2026 en zoom pour examiner la situation préoccupante du marché mondial. De l’avis de l’ambassadeur Aly Touré, Représentant permanent de la Côte d’Ivoire auprès des Organisations internationales de produits de Base, basé à Londres, cette rencontre sera suivie d'une autre plus grande au mois de juin en présentiel à Bruxelles. Cette rencontre stratégique intervient dans un contexte marqué par une forte volatilité des cours, aux conséquences directes sur les économies des pays producteurs et les revenus des agriculteurs. Selon lui, au menu des échanges, la question de la baisse des prix du cacao occupera une place centrale. Cette tendance, jugée préoccupante par les acteurs de la filière, fragilise les producteurs, en particulier dans les pays fortement dépendants de cette culture. Face à cette situation, les participants entendent explorer plusieurs pistes de solutions. Il s’agira notamment aux dires de M. Aly Touré, d’identifier des mesures concrètes, à court et à long terme, pour soutenir efficacement les producteurs et stabiliser les cours. Toutefois, la mise en œuvre de telles stratégies reste complexe. « Elle soulève des enjeux politiques et commerciaux majeurs, notamment en matière de respect des règles internationales, telles que les lois antitrust, les principes de concurrence et la protection des consommateurs. » L’un des défis majeurs réside dans la nécessité de garantir une plus grande transparence du marché. « Le volume de broyage, indicateur clé pour évaluer la demande industrielle, devra être au centre des analyses afin d’assurer une meilleure lisibilité des dynamiques du secteur. Pour les producteurs, l’équité dans la chaîne de valeur demeure une revendication essentielle. », a-t-il soutenu. Au-delà des discussions techniques, cette réunion se veut également un message de solidarité. Le Collège des producteurs entend réaffirmer son soutien à l’ensemble des producteurs de cacao d’Afrique, d’Asie et des Amériques, confrontés à des défis croissants dans un environnement économique incertain. Pour sa part, Michel Arion, Directeur exécutif de l’ Icco a donné des précisions des négociations et discussions entre pays producteurs et industriels. «En tant que Pays producteurs, nous avons ouvert le dialogue sur les vraies causes du problème, pour nous rendre compte des questions de durabilité environnementale et sociale. A la base, il y avait la question de la durabilité économique. En 2019, on ne pouvait parler des prix. Aujourd’hui, tout le monde en parle et nous arrivons à nous mettre d’accord sur les faits et la réalité des faits. La question de la transformation est une préoccupation majeure au niveau de l’Icco. Nous aidons les investisseurs et les banques à calculer la rentabilité dans le secteur du cacao. Rien que ça. », a dit en substance, M. Michel Arion. Aussi, le Directeur exécutif de l’Icco a ajouté qu’il a été mis en place des groupes de travail qui planchent sur la sécurité sanitaire…Nous avons dans ce sens un groupe de travail avec la Commission de l’Union Européenne sur la sécurité sanitaire. « Nous discutons pesticide par pesticide. Des avancées énormes ont été obtenues, grâce au dialogue et à travers les discussions constructives. Sans oublier l’accès au financement allant des producteurs jusqu’ aux industriels locaux. Pour non seulement obtenir des financements pour construire une usine, mais acheter et constituer un stock des fèves de cacao pour les approvisionner. Par ailleurs, il a levé un coin de voile la stratégie d’adaptation des chocolatiers qui repose sur trois tripiers dont la diminution du taux de la transformation du cacao et réduire la plaquette. Rappelons que depuis le pic de fin 2024, les cours du cacao ont perdu environ 70%. Le marché mondial selon des prévisions enregistre un surplus sur 2025/2026, né du bond des récoltes et surtout de la destruction structurelle de la demande : reformulation industrielle permanente(moins de cacao, graisses de substitution, shrinkflation) La « shrinkflation » (ou réduflation) qui est une pratique commerciale consistant à réduire la quantité ou le poids d'un produit tout en maintenant, voire en augmentant, son prix de vente. Bamba Mafoumgbé
Le Directeur général de CI-ENERGIES, Nomoury Sidibé, a apporté des précisions sur les perturbations récemment enregistrées dans la fourniture d’électricité en Côte d’Ivoire, lors d’une émission télévisée consacrée à la situation du réseau électrique national. Selon lui, ces perturbations ne concernent pas l’ensemble du territoire national. Sur environ 190 communes et villes que compte le pays, seules 22 sont actuellement impactées. Ces incidents touchent principalement des zones caractérisées par une forte expansion démographique et une pression accrue sur les infrastructures existantes de distribution. Le premier responsable des infrastructures électriques a tenu à souligner que la situation observée n’est pas liée à un déficit de production d’électricité. Elle relève plutôt de contraintes techniques sur le réseau de distribution, particulièrement sollicité en cette période marquée par une hausse de la demande énergétique. L’augmentation des besoins en électricité, combinée aux températures élevées, accentue la pression sur les équipements du réseau. « Dans ces conditions, la chaleur ambiante complique le refroidissement naturel des câbles électriques, qui produisent eux-mêmes de la chaleur lors du transport de l’énergie. Lorsque l’environnement est déjà fortement chauffé, les capacités de refroidissement deviennent limitées, ce qui peut entraîner la défaillance de certaines lignes après une sollicitation prolongée », a-t-il expliqué. Face à cette situation, Nomoury Sidibé a indiqué que des investissements importants, estimés à 700 milliards de Fcfa, sont en cours afin de renforcer les infrastructures électriques et d’introduire davantage de marges d’exploitation sur le réseau. Ces travaux, rendus possibles grâce aux financements mobilisés par l’État de Côte d’Ivoire, visent notamment à développer des lignes de secours permettant, à terme, de basculer l’alimentation vers d’autres circuits en cas d’incident sur une ligne principale. À cet effet, des travaux de maintenance pilotés par CI-ENERGIES et la Compagnie Ivoirienne d’Électricité ont débuté le samedi 28 mars 2026 afin de stabiliser le réseau électrique national. Ce programme d’investissement prévoit notamment le déploiement de 300 kilomètres de câbles et la mise en service de 250 postes de transformation. Ces infrastructures visent à accompagner la forte croissance démographique observée dans plusieurs zones urbaines, notamment à Abidjan, afin de garantir une fourniture d’électricité fiable et durable aux populations. Tout en exprimant la compassion des acteurs du secteur envers les populations affectées, le Directeur général de CI-ENERGIES a assuré que les investissements engagés permettront progressivement d’améliorer la résilience du réseau électrique face à la croissance de la demande et aux contraintes techniques observées. Bamba Mafoumbe avec Sercom CIE Cette adresse courriel est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Face à la presse ce mardi 31 Mars 2026, au siège de l’Organisation mondiale du Cacao,( Icco) à Abidjan, l’ambassadeur Aly Touré, porte-parole des pays producteurs et l’ambassadeur Michel Arion, Directeur Exécutif de l’Icco) ont exposé sur la crise que traverse l’économie cacaoyère mondiale, non sans annoncer les enjeux de la rencontre qui aura les 08 et 09 avril 2026…. Son discours introductif. « Monsieur le Directeur Exécutif de l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO) Mesdames et Messieurs les journalistes de la presse Nationale et Internationale, Mesdames et Messieurs, en vos rangs, grades et qualité, Le cycle 2023-2025 avait redonné de l’air aux économies cacaoyère avec comme corollaire, des recettes d’exportation records, une fenêtre politique inédite. Cette fenêtre s’est brutalement refermée. Depuis le pic de fin 2024, les cours ont perdu environ 70% ; Le marché mondial selon des prévisions enregistre un surplus sur 2025/2026, né du bond des récoltes et surtout de la destruction structurelle de la demande : reformulation industrielle permanente( moins de cacao, graisses de substitution, shrinkflation) La « shrinkflation » (ou réduflation) est une pratique commerciale consistant à réduire la quantité ou le poids d'un produit tout en maintenant, voire en augmentant, son prix de vente. La chute prononcée des prix du cacao(le cours à la tonne est passé de plus de 11 000 dollars en début 2024 à environ 2900 dollars en mars 2026) a provoqué d’énormes chocs macroéconomiques dans les pays exportateurs dépendants du cacao. Le manque à gagner qui en résulte dans les finances publiques a assombri les perspectives de croissance économique et exercé des effets négatifs sur les plans d’investissement et les programmes sociaux. La crise a touché plus particulièrement des millions de petits cacaoculteurs, qui ont subi une diminution considérable de leurs revenus déjà maigres. C’est le lieu d’indiquer que la filière mondiale du cacao génère environ 100 milliards de dollars, mais les producteurs ne reçoivent qu'une part infime, souvent estimée entre 3 % et 10 %. Ce déséquilibre structurel laisse la majorité de la valeur aux transformateurs et distributeurs. Voici les points clés concernant la répartition des revenus du cacao : • Faible part aux producteurs : Sur les 100 milliards de dollars du marché mondial, seuls 5 à 10 % reviennent aux producteurs, selon des estimations souvent citées par les acteurs du secteur. Certaines sources font même état de chiffres inférieurs, comme 3 % ou 6 %. • Répartition inégale de la valeur : Environ 70 % de la valeur totale et 90 % des marges générées reviennent aux deux derniers acteurs de la chaîne : les marques et les distributeurs de chocolat. • Revenus des pays producteurs : Les pays producteurs, qui fournissent la majeure partie du cacao mondial (la Côte d'Ivoire en produit plus de 40 %), ne reçoivent que 18,6 % de la valeur totale et moins de 7,5 % des marges cumulées. • Impact du prix du cacao : Bien que les prix aient augmenté récemment, permettant à une plus grande proportion de producteurs d'atteindre un revenu vital (24 % en 2024 contre 13 % auparavant), la majorité reste sous le seuil de pauvreté. Souvenez-vous de la crise de 2017 ou nous avions assisté à un effondrement des prix du cacao sur le marché, ce qui a amené les états membres de l’ICCO à envisager une révision de l’Accord international de 201O sur le cacao qui aujourd’hui est l’accord de 2026. L’un des principaux objectifs de l’Accord International de 2010 sur le Cacao (AIC 2010) était de << s’efforcer d’obtenir des prix justes générant des recettes équitables pour les producteurs et les consommateurs au sein de la chaine de valeur du cacao, et contribuer à un développement équilibré de l’économie cacaoyères mondiale dans l’intérêt de tous les membres>>. En effet, nous pays producteurs avions estimé l’Accord de 2010 ne prenait pas en compte les aspects économiques et restait essentiellement un accord administratif. Les quatre priorités de l’Accord international sur le cacao de 2026 La mise en œuvre de l’Accord international sur le cacao de 2026 doit s’articuler autour de quatre axes majeurs : • Le revenu vital des producteurs, à travers l’atteinte d’une durabilité économique fondée sur des prix justes et rémunérateurs ; • La répartition équitable de la valeur, en encourageant les pays producteurs à ajouter davantage de valeur aux fèves de cacao, notamment grâce à la transformation locale ; • La réduction des barrières commerciales et l’amélioration de l’accès au marché, en limitant l’impact des obstacles tarifaires et surtout non tarifaires sur les revenus des producteurs ; • L’élargissement de la base des membres de l’ICCO, ainsi que la multiplication des activités de l’organisation sur la scène internationale. L’Accord international sur le cacao de 2026 améliorera considérablement l’économie mondiale du cacao s’il est mis en œuvre de manière complète et volontariste. Nous avons toujours indiqué que sans les producteurs de cacao, il n'y aurait ni industrie du cacao, ni chocolat, ni les nombreuses confiseries que le monde entier apprécie. Pour conclure, je dirai que la chute des prix en 2026 n’est pas une parenthèse ; elle relève des rapports de force. Les industriels ont structurellement reconfiguré leurs produits- ils ne reviendront pas en arrière. La demande mondiale du cacao est durablement affaiblie. Dans ce contexte, la seule variable d’ajustement disponible est l’unité des pays producteurs et leur capacité à sortir du rôle de vendeurs contraints de fève brute. La baisse du prix dans l’ensemble des pays producteurs est une réponse directe à la chute des cours mondiaux du cacao début 2026, provoquée par une baisse de la demande. Cette énième crise dans la filière appelle à une coordination stratégique des actions des pays producteurs en vue de consolider les acquis entre autres : - La sécurisation des revenus : capacité des mécanismes de régulation à garantir un prix stable aux producteurs malgré la volatilité des marchés mondiaux - Le différentiel de Revenu décent : un supplément de prix de 400 dollars US par tonne imposé par la Cote d’Ivoire et le Ghana, depuis octobre 2020, sur leurs ventes de cacao. Ce mécanisme vise à garantir un revenu plus juste aux producteurs en s’ajoutant au prix du marché, afin de lutter contre la pauvreté dans le secteur cacaoyer. Voilà pourquoi le collège des producteurs (23) qui représente 95% de la production mondiale de cacao de l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO) se réunira les 08 et 09 avril 2026 en vue d’analyser la situation du marché, de proposer des pistes de solutions, et d’explorer plusieurs options stratégiques pour soutenir le cours du cacao. Néanmoins, la mise en œuvre de ces stratégies pose des défis politiques et commerciaux pour les pays membres de notre organisation commune. L’objectif de cette réunion est de discuter de l’évolution actuelle du marché, en particulier de la question de la baisse des prix du cacao, de son effet négatif sur les revenus des cacaoculteurs et des pays producteurs qui dépendent du cacao ainsi que des mesures visant à affronter ces défis tout en assurant la pleine conformité aux lois antitrust et aux lois sur la concurrence internationale, et la protection des consommateurs. Nous devons être en mesure de déterminer des actions à court et long terme de soutien aux producteurs. Il nous faut la transparence du marché et une bonne dose d’équité, car l’indicateur principal de référence pour estimer la demande industrielle est le volume de broyage. Au nom du collège des pays producteurs de l’ICCO, je voudrais clore ses propos liminaires en manifestant tout notre soutien à tous les productrices et producteurs de cacao d’Afrique, des Amériques et de l’Asie Merci de votre aimable attention SEM Aly TOURE Porte-parole des pays producteurs de l’Organisation Internationale du Cacao(ICCO)
Le ministre de l’Agriculture, du développement rural et des productions vivrières, Bruno Nabagné KONÉ, a présidé, ce lundi 30 mars 2026, au 23ᵉ étage de l’immeuble CAISTAB, au Plateau, une séance de travail réunissant le Conseil du Café-Cacao, l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) Café-Cacao et l’Association des producteurs de Café-Cacao de Côte d’Ivoire. Dans une démarche d’écoute, le ministre a recueilli les préoccupations de l’ensemble des parties afin de diagnostiquer l’origine du désaccord. À l’issue d’échanges francs et constructifs, il a obtenu un accord entre les parties prenantes portant sur la consolidation du stock de 100 000 tonnes de la grande campagne. En d’autres termes, le ministre a exhorté les différentes parties prenantes à renforcer leur collaboration avec le Conseil du Café-Cacao, en vue de clarifier la situation des stocks inventoriés des 100.000 tonnes et d’accélérer leur enlèvement dans les meilleurs délais. Des orientations claires ont ainsi été définies pour favoriser un retour rapide à la sérénité dans les prochains jours. Rassurée, l’Association des producteurs de Café-Cacao de Côte d’Ivoire, par la voix de son président, M. Sermé KARIM, a exprimé sa satisfaction et sa confiance, assurant que les stocks de cacao inventoriés feront l’objet d’un enlèvement diligent dans les jours à venir. B. M
Vie politique ivoirienne : l’heure du retour à l’essentiel Dans l’architecture fragile des démocraties contemporaines, les crises ne naissent pas toujours des ruptures visibles. Elles s’installent plus discrètement, lorsque les institutions continuent de fonctionner, que les indicateurs économiques demeurent favorables, mais que le lien entre le politique et le citoyen commence à se distendre. La Côte d’Ivoire offre aujourd’hui une illustration singulière de cette tension. Présentée comme l’un des pôles de stabilité et de croissance en Afrique de l’Ouest, elle incarne une trajectoire de redressement souvent citée en exemple. Mais cette réussite, si réelle soit-elle, ne saurait masquer une interrogation plus profonde : celle de la qualité du lien démocratique et de la finalité de l’action politique. Car au cœur de toute République ne se trouve pas seulement la performance économique ou la solidité institutionnelle, mais une exigence plus fondamentale : la capacité des acteurs politiques à demeurer au service de l’intérêt général. Or, dans de nombreux systèmes politiques, y compris les plus dynamiques, une dérive récurrente s’observe : celle d’un glissement progressif des partis, de leur fonction de représentation vers des logiques internes de consolidation, d’influence et parfois de captation. La Côte d’Ivoire n’échappe pas à cette tendance. Car l’essentiel, dans une République, n’est ni la conquête du pouvoir, ni la conservation des positions, ni la multiplication des alliances circonstancielles. L’essentiel, c’est le service : le service de l’État, le service du peuple, le service du bien commun. Or, à mesure que la vie politique s’intensifie, une dérive s’installe insidieusement : celle d’une politique capturée par des intérêts privés, catégoriels, parfois claniques, qui éloignent les partis de leur vocation première. Un parti politique n’est pas une propriété. Ce n’est pas un héritage à défendre. Ce n’est pas un espace de positionnement individuel. C’est un instrument au service de la nation. Dans toute démocratie vivante, les partis sont des médiateurs. Ils traduisent les attentes des citoyens, structurent les idées, organisent le débat et préparent l’avenir. Mais lorsque ces partis se replient sur eux-mêmes, lorsqu’ils deviennent des espaces fermés, dominés par des logiques internes, ils cessent de représenter le peuple. Ils parlent entre eux, se disputent entre eux, se recomposent entre eux. Pendant ce temps, le peuple observe. Et il attend. Il attend des solutions concrètes, un mieux-être, une politique qui le concerne réellement. Le danger le plus insidieux n’est pas toujours visible. Il ne se manifeste pas dans les crises spectaculaires, mais dans les habitudes silencieuses. Lorsque les partis deviennent des réseaux de fidélité, lorsque les décisions se prennent dans des cercles restreints, lorsque la loyauté à un groupe prime sur la compétence et l’intérêt général, alors la politique se transforme. Elle cesse d’être une mission pour devenir un système. Et ce système, nourri à la sève des clans, produit toujours les mêmes effets : exclusion, frustration, perte de confiance. Une nation ne se divise pas seulement par les discours. Elle se fragilise aussi par les pratiques. La Côte d’Ivoire n’est pas en crise. Mais elle est confrontée à une dérive plus subtile, plus profonde : celle d’une politique qui, parfois, s’éloigne du peuple pour se rapprocher d’elle-même. Des partis qui s’organisent, négocient et rivalisent, mais qui oublient progressivement leur finalité. Et pourtant, cette finalité est simple : servir. Revenir à l’essentiel exige de réaffirmer des principes clairs. Un parti fort n’est pas un parti fermé. Un parti crédible n’est pas un parti dominé. Un parti durable est un parti utile — utile au pays, utile aux citoyens, utile à l’avenir. Cela suppose des règles internes transparentes, une gouvernance équilibrée, une ouverture aux compétences et une capacité réelle à écouter et à intégrer. Un parti politique doit être une école de responsabilité, pas une arène de rivalités permanentes. Il est également temps de rappeler une évidence trop souvent négligée : les partis ne tiennent pas par leurs dirigeants seuls. Ils tiennent par leurs militants. Ces hommes et ces femmes, anonymes mais engagés, sont les véritables artisans du lien politique. Ils tissent, au quotidien, la relation entre le parti et le peuple. Mais trop souvent, ils sont sollicités dans les moments décisifs et oubliés dans les moments de décision. Or un parti qui oublie ses militants oublie ses fondations. Et sans fondations solides, aucune construction politique ne dure. Le peuple ivoirien, lui, n’est pas indifférent. Il observe, il comprend, il compare. Il voit les querelles internes, il ressent les logiques d’exclusion, il perçoit les décalages entre les discours et les réalités. Mais surtout, il attend. Il attend des réponses à ses préoccupations quotidiennes : l’emploi, le coût de la vie, l’accès aux services, la justice sociale. Une politique qui ne répond pas à ces attentes finit toujours par perdre son sens. Dans cette quête de retour à l’essentiel, l’houphouëtisme demeure une boussole. Non pas comme un héritage à brandir, mais comme une méthode à pratiquer. Dialogue, inclusion, responsabilité, recherche du consensus. Félix Houphouët-Boigny n’a pas construit un pays en opposant les uns aux autres. Il l’a construit en organisant leur coexistence. Cette intelligence de l’équilibre, cette culture du compromis, cette discipline du rassemblement doivent redevenir des pratiques vivantes. Cet appel dépasse les clivages politiques. Il concerne l’ensemble de la société. Aux responsables de partis, il dit : ouvrez, structurez, équilibrez. Aux militants : exigez, mais construisez. Aux intellectuels et aux médias : éclairez, ne divisez pas. À la jeunesse : engagez-vous avec lucidité. Car une nation ne se transforme pas uniquement par ses institutions. Elle se transforme par la qualité de ses pratiques. La Côte d’Ivoire a tout pour réussir. Mais cette réussite ne sera durable que si elle repose sur des fondations solides : des partis forts, des partis ouverts, des partis responsables. Des partis qui ne servent pas des intérêts privés, mais qui portent une ambition collective. Revenir à l’essentiel, c’est remettre la politique au service du peuple. Et un pays qui sert son peuple est un pays qui se construit dans la durée. ?? Des partis forts ne sont pas des partis fermés. Ce sont des partis enracinés dans le peuple. Et une nation qui remet l’essentiel au centre se donne les moyens de durer. Par Norbert KOBENAN
Un autre grand coup pour la Côte d’Ivoire qui gagne, sur la scène internationale, en ce qui concerne la Protection de l’environnement. A l’issue de la 44ᵉ réunion de son Conseil d’administration tenue du 25 au 28 mars 2026 à Incheon, en Corée du Sud, le Fonds vert pour le climat (Fvc) a officiellement désigné Abidjan pour accueillir son bureau régional Afrique. Selon des sources officielles, ce bureau couvrira l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale ainsi qu’une partie de l’Afrique du Nord, marquant une avancée majeure pour la Côte d’Ivoire sur la scène internationale en matière de gouvernance climatique. Selon le gouvernement ivoirien, ce choix traduit la confiance du Fvc dans la stabilité du pays, son dynamisme économique ainsi que son engagement en faveur de la lutte contre les effets du changement climatique. Il consacre également le positionnement de la Côte d’Ivoire comme un acteur clé de l’action climatique sur le continent. Cette décision intervient sous le leadership du Président Alassane Ouattara et du Premier ministre Robert Beugré Mambé, et ouvre de nouvelles perspectives en matière de financement climatique et de développement durable. Avec cette implantation stratégique, le Fonds vert pour le climat entend renforcer la coordination de ses projets, améliorer l’accompagnement technique des États et faciliter l’accès aux financements dédiés à la lutte contre le changement climatique. L’installation de ce bureau régional devrait également générer des retombées économiques significatives, notamment en termes de création d’emplois et de développement d’une expertise locale dans le domaine du financement climatique. Par ailleurs, cette présence renforcée du Fvc en Côte d’Ivoire devrait contribuer à soutenir des initiatives dans des secteurs clés tels que l’agriculture durable, les énergies renouvelables, la gestion des ressources naturelles et la résilience face aux changements climatiques. Dans le cadre de l’extension de son réseau mondial, le Conseil d’administration du Fonds vert pour le climat a également désigné d’autres villes hôtes pour ses bureaux régionaux, notamment Nairobi pour l’Afrique de l’Est et australe, Panama City pour l’Amérique latine et les Caraïbes, ainsi que la Jordanie pour l’Europe de l’Est, l’Asie centrale et le Moyen-Orient. À travers cette désignation, la Côte d’Ivoire réaffirme son engagement à jouer un rôle de premier plan dans la mise en œuvre et la coordination des politiques climatiques en Afrique. Bamba Mafoumgbé, Cette adresse courriel est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Légende photo : Abou Bamba, ministre de l'Environnement et de la transition écologique.
De nouveaux témoignages accablants relancent une affaire déjà explosive. Après Sandrine Yapi, une deuxième nourrice brise le silence. Elle vient de démissionner. Et ce qu’elle a dit devant officier assermenté explique pourquoi. Il y a quelques semaines, Sandrine Yapi, ancienne nourrice de Colline Euchin, propriétaire du riad Maison Nalos, situé à Marrakech, rendait public son témoignage. Deux ans de service, seize à vingt heures de travail par jour, sept jours sur sept, sans contrat, sans repos, avant d’être abandonnée sans salaire et sans toit dans un pays étranger, contrainte de rentrer en Côte d’Ivoire les mains vides. Ce témoignage n’était pas le dernier. Le 26 mars 2026, une nouvelle nourrice employée par Colline Euchin a choisi de parler. Non pas à un journaliste. Devant un officier ministériel assermenté auprès du tribunal de cour d’appel de Marrakech. Ses déclarations ont été consignées dans un constat officiel, dressé en présence d’une traductrice assermentée auprès du ministère de la Justice, document à valeur probatoire devant les juridictions compétentes. Elle vient de démissionner. Et ce qu’elle a dit explique pourquoi. “C’était mon devoir de parler” Ce qui a conduit cette nourrice à franchir le pas n’est pas seulement sa propre situation. C’est ce qu’elle a vu. Ce qu’elle a vécu au quotidien aux côtés d’un enfant dont elle était, de fait, la seule présence stable et responsable. Colline Euchin sortait régulièrement jusqu’à trois ou quatre heures du matin. Certaines nuits, elle ne rentrait pas du tout. Pour surveiller son fils à distance pendant ses absences, une caméra avait été installée dans la chambre de l’enfant. C’est la nourrice qui, seule, depuis sa propre chambre, en surveillait le sommeil nuit après nuit. Le week-end, le schéma se répétait. Colline Euchin partait le samedi soir et rentrait le dimanche matin, laissant l’enfant sous la seule responsabilité de la nourrice, sans que celle-ci puisse la joindre en cas d’urgence. Elle ne répondait ni aux appels ni aux messages. La directrice de l’école de l’enfant a signalé qu’il avait manqué huit cours en quatre mois. La raison : personne ne pouvait le lever à temps le matin. Au-delà de sa propre situation, cette nourrice témoigne que cet enfant de quatre ans a été régulièrement confronté à des situations auxquelles aucun enfant de cet âge ne devrait être exposé. C’est cette conviction qui l’a conduite à parler. Ce n’est pas une négligence ponctuelle. C’est un fonctionnement. Vingt heures par jour, enfermée, sans salaire versé Comme Sandrine Yapi avant elle, cette nourrice décrit des conditions de travail qui n’ont de travail que le nom. Environ vingt heures de présence quotidienne, enfermée dans l’appartement du matin au soir, sans jour de repos, sans possibilité de voir sa famille, sans liberté de mouvement. Son dernier salaire ne lui a toujours pas été versé à l’heure où ces lignes sont écrites. Elle a tenu. Puis elle n’a plus pu. La démission n’était pas un choix : c’était une question de survie psychologique. Aujourd’hui encore choquée par ce qu’elle a vécu et par ce à quoi elle a assisté, elle a choisi de ne plus se taire. Ce courage a un prix. Un schéma qui se répète, une affaire qui s’élargit Deux nounous. Deux témoignages. Le même employeur. Le même schéma : isolement, surcharge de travail, absence de contrat, salaires impayés, enfant livré à lui-même, et des femmes réduites au silence par leur vulnérabilité. L’affaire Colline Euchin n’est plus anecdotique. Elle pose une question qui dépasse le cadre d’un riad à Marrakech : jusqu’où peut-on exploiter des femmes venues d’ailleurs, sans papiers, sans recours, sans voix, avant que la justice ne se saisisse de ces faits ? Au moment où nous publions ces lignes, nous n’avons toujours pas reçu de réaction de Colline Euchin. Nous nous tenons à sa disposition si elle souhaite répondre aux témoignages rendus publics dans le cadre de cette enquête. De leur côté, les nounous concernées ont décidé de s’unir et d’engager une démarche collective devant les juridictions compétentes, aussi bien au Maroc qu’en France. Sandrine Yapi est rentrée en Côte d’Ivoire. Elle est prête à témoigner devant toute autorité compétente. La deuxième nourrice, elle, est encore choquée. Mais elle a parlé. L’invisibilité a une limite. Elle s’appelle la vérité. Par Tara Ndiaye, correspondance particulière

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