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Les Mardis de Nk/Quand tout un peuple chante d’une seule voix - Des Éléphants à la Grande Côte d’Ivoire : le sens de la Nation dans un monde en quête d’exemples
PLUS QU’UN MATCH, UNE LEÇON DE NATION
Il existe des moments où le sport cesse d’être un simple spectacle pour devenir un miroir. Un miroir dans lequel une nation aperçoit son visage, ses forces, ses fragilités, mais surtout ce qu’elle pourrait devenir si elle décidait de marcher dans la même direction.
Le premier match des Éléphants de Côte d’Ivoire lors de cette Coupe du monde appartient à cette catégorie particulière d’événements qui dépassent largement le cadre sportif. Bien sûr, les analystes commenteront le score, les performances individuelles, les choix tactiques ou les statistiques. Mais l’essentiel se trouvait peut-être ailleurs, dans ces quelques instants suspendus qui ont précédé le coup d’envoi.
Lorsque les joueurs ivoiriens, la main posée sur le cœur, ont commencé à chanter l’Abidjanaise, quelque chose de plus grand que le football est apparu. Dans les tribunes, des milliers de voix leur ont répondu. Devant les écrans, des millions d’Ivoiriens ont partagé la même émotion. Pendant quelques minutes, les différences se sont effacées derrière un même drapeau.
Il n’y avait plus de majorité ni d’opposition.
Plus de Nord ni de Sud.
Plus de générations qui s’observent avec méfiance.
Plus de catégories sociales séparées par leurs préoccupations quotidiennes.Il n’y avait qu’un peuple.
Une seule voix.
Une seule âme.
Une seule espérance.
Et peut-être est-ce là la plus belle victoire de la soirée.
Car les nations ne deviennent pas grandes uniquement lorsqu’elles remportent des trophées. Elles deviennent grandes lorsqu’elles découvrent ce qui les unit profondément.
LE STADE, CETTE ÉCOLE OÙ LA NATION APPREND À SE REGARDER
Le football possède une vertu rare : il simplifie les vérités essentielles.
Sur un terrain, personne ne demande à son partenaire son origine avant de lui adresser une passe décisive. Aucun défenseur ne protège son camp selon son appartenance politique. Aucun attaquant ne marque pour sa région ou pour son groupe d’intérêt.
Tous jouent pour le même maillot.
Tous courent vers le même objectif.
Tous acceptent de mettre leur talent individuel au service d’une ambition collective.
Cette réalité sportive contient une immense leçon pour les nations modernes.
Une équipe gagne lorsque les individualités acceptent de servir le collectif.
Une nation progresse lorsque les intérêts particuliers acceptent de s’effacer devant l’intérêt général.
Les Éléphants nous rappellent ainsi une vérité fondamentale : la grandeur ne naît jamais de l’addition des égoïsmes. Elle naît toujours de la convergence des volontés.
La force d’un pays ne réside pas dans l’absence de différences. Elle réside dans sa capacité à transformer ces différences en complémentarités.
Une nation ressemble à une cathédrale. Chaque pierre possède sa forme propre, son histoire et sa fonction. Pourtant, aucune ne peut prétendre porter seule l’édifice. C’est leur assemblage harmonieux qui crée la grandeur de l’ensemble.
LE CHANT DE L’HYMNE : LA MÉTAPHORE D’UN DESTIN COMMUN
L’hymne national est souvent perçu comme un simple rituel protocolaire. En réalité, il est bien davantage.
Il est une mémoire chantée.
Une promesse collective.
Une conversation silencieuse entre les générations qui ont bâti la Nation et celles qui en portent désormais l’avenir.
Lorsque l’Abidjanaise résonne dans un stade mondial, ce n’est pas seulement une mélodie qui s’élève. C’est l’écho d’une histoire commune. C’est la voix des pionniers, des bâtisseurs, des enseignants, des paysans, des ouvriers, des fonctionnaires, des entrepreneurs, des artistes et de tous ceux qui ont contribué à construire le pays.
L’image est saisissante. Elle ressemble à un immense fleuve nourri par une multitude de ruisseaux.
Chaque citoyen représente une goutte d’eau.
Chaque région constitue un affluent.
Chaque culture apporte sa richesse.
Chaque communauté ajoute sa couleur.Mais toutes ces eaux finissent par former le même courant.
C’est cela, une Nation.
Transformer la diversité en mouvement.
Transformer les différences en richesse.
Transformer les singularités en destin commun.
LA LEÇON ADRESSÉE AUX RESPONSABLES POLITIQUES
Cette image devrait inspirer tous ceux qui exercent une responsabilité publique.
Partout dans le monde, les peuples sont fatigués des querelles permanentes, des affrontements stériles et des divisions entretenues. Ils recherchent des raisons de croire en l’avenir. Ils recherchent des exemples.
Imagine-t-on la force symbolique d’une photographie réunissant, autour des intérêts fondamentaux du pays, des responsables politiques de sensibilités différentes ?
Imagine-t-on le message envoyé à la jeunesse ivoirienne ?
Imagine-t-on la puissance d’une image montrant que l’amour de la patrie est plus fort que les rivalités du moment ?
Les peuples ne demandent pas l’unanimité.
Ils demandent la maturité.
Ils savent que les divergences sont naturelles dans une démocratie. Mais ils attendent de leurs dirigeants qu’ils soient capables de dépasser ces divergences lorsque l’essentiel est en jeu.
Le stade nous rappelle aujourd’hui ce que la République attend de ses élites : non pas penser pareil, mais avancer ensemble.
DE LA CAN 2023 À LA COUPE DU MONDE : L’ÂGE DU SOFT POWER IVOIRIEN
La CAN 2023 a marqué un tournant historique dans le rayonnement de la Côte d’Ivoire.
Le monde a découvert un pays moderne, organisé et capable d’accueillir un événement continental d’envergure. Les infrastructures ont impressionné. L’hospitalité a séduit. L’organisation a rassuré.
Mais la plus grande réussite fut sans doute ailleurs.
La Côte d’Ivoire a gagné quelque chose qu’aucun investissement financier ne peut acheter directement : une image positive.
Or, dans le monde contemporain, l’image est devenue une ressource stratégique.
Chaque victoire des Éléphants contribue désormais à renforcer ce capital immatériel.
Chaque performance sportive participe au rayonnement du pays.
Chaque émotion partagée construit ce que les spécialistes appellent le soft power.
Les Éléphants ne représentent plus seulement une équipe de football.
Ils représentent une marque nationale.
Une histoire.
Une ambition.
Une vision.
Ils sont devenus les ambassadeurs d’une Côte d’Ivoire qui souhaite être admirée autant pour ses réalisations que pour ses valeurs.
LA GRANDE CÔTE D’IVOIRE COMMENCE PAR UNE GRANDE ÂME
La victoire contre l’Équateur est importante. Mais elle n’est qu’une étape.
Le véritable enjeu est ailleurs.
Il réside dans la capacité de la Côte d’Ivoire à conserver cet esprit d’unité au-delà du stade. À faire vivre cette communion nationale dans les écoles, les administrations, les entreprises, les partis politiques et les familles.
La Grande Côte d’Ivoire dont nous rêvons ne se construira pas uniquement avec des ponts, des ports, des routes ou des indicateurs économiques.
Elle se construira d’abord avec une conscience collective.
Elle naîtra du jour où chaque citoyen comprendra que son destin personnel est lié au destin national.
Elle naîtra du jour où la réussite de l’autre cessera d’être perçue comme une menace pour devenir une victoire commune.
Elle naîtra du jour où nous regarderons plus loin que les échéances immédiates pour bâtir un héritage durable.
Un peuple debout.
Une seule voix.
Une seule âme.
Une même espérance.
Une même ambition.
Car au fond, les nations les plus admirées ne sont pas celles qui ne connaissent jamais les désaccords. Ce sont celles qui savent les transformer en énergie créatrice.
Et lorsque l’Histoire regardera notre époque, elle ne retiendra pas le nombre de nos querelles.
Elle retiendra notre capacité à construire ensemble.
Car au soir des nations comme au soir des hommes, ce ne sont jamais les cris qui demeurent. Ce sont les œuvres.
Et les peuples qui marquent durablement l’Histoire sont toujours ceux qui apprennent à chanter d’une seule voix avant de marcher vers un même destin.
Norbert KOBENAN
Chroniques de la Grande Côte d’Ivoire – Quand le sport révèle l’âme d’une Nation et éclaire le chemin de son destin.
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